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La mort de Lionel Jospin marque la fin d'une certaine gauche

le Premier ministre Lionel Jospin (G), au côté du député PS de Haute-Garonne, Patrick Lemasle (C), encourage les joueurs de football de la rencontre opposant Cintegabelle à l'équipe de Matignon,  ...
Lionel Jospin, alors premier ministre, dans sa commune de Cintegabelle (Haute-Garonne), le 14 juillet 1999.Image: AFP
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Jospin, le début de la fin

L'ancien premier ministre français Lionel Jospin, décédé dimanche, fut la dernière incarnation d'un socialisme en quelque sorte insouciant. Tout bascula un certain 21 avril 2002. Sa disparition peut être vue comme le deuil ou un nouveau départ pour ce qu'il reste de la gauche «républicaine» opposée à celle de Mélenchon.
23.03.2026, 11:5923.03.2026, 17:10

Il ne manquera pas de commentaires – celui-ci ne fait pas exception – pour signaler le symbole qu’est la mort de l’ancien premier ministre Lionel Jospin le jour où la gauche française apparaît déchirée comme jamais. Comme si sa disparition, à l’âge de 88 ans, dimanche 22 mars, alors que se déroulait le second tour des élections municipales, était en elle-même l’adieu à un idéal républicain, en l’occurrence de gauche.

Le plus symbolique, peut-être, est que cet homme, respecté et qui s'en tenait à des principes, incarne la transition entre une gauche unie et une gauche éclatée, entre une gauche encore laïque et universelle et une gauche virant, d’une part, vers le communautarisme, de l’autre, vers le souverainisme.

Ce dimanche 21 avril 2002, personne ne peut imaginer que Lionel Jospin, candidat socialiste au premier tour de la présidentielle, dont l'austère assurance péchait par excès de confiance, dira-t-on après coup, ne sera pas au second tour face au candidat de la droite, Jacques Chirac, qui l'avait déjà battu une première fois en 1995. Or, c’est Jean-Marie Le Pen, du parti d’extrême droite Front national, premier surpris, qui se qualifie pour la suite, offrant sur un plateau la victoire au président sortant avec 82% des voix – le barrage républicain, né ce jour-là, fonctionne alors massivement.

Funeste 21 avril

Au soir de ce funeste 21 avril, Lionel Jospin prononce face à ses soutiens l’une des phrases les plus célèbres de la Ve République:

«J’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant de la vie politique»
Lionel Jospin, 21 avril 2002

Stupeur et cris dans l'assistance. Il ne reviendra pas sur sa décision – un homme de principes, a-t-on dit.

Deux concurrents dans le camp de la gauche lui avaient pris les voix qui lui manquèrent cruellement: Christiane Taubira, la Guyanaise, futur héraut du mariage pour tous, dont la candidature portait un biais communautaire, et Jean-Pierre Chevènement, l’exact inverse de Christiane Taubira sur le papier, chantre du souverainisme de gauche, en lutte contre Bruxelles.

Au temps de la confiante «gauche plurielle»

La dernière et unique victoire nationale de Lionel Jospin, aux législatives de 1997, menant à la cohabitation avec le président Jacques Chirac, avait été celle de la gauche «plurielle», qui réunissait toutes les tendances de cette grande famille politique, communistes et écologistes compris, à l'aube des 35 heures de travail hebdomadaire, une mesure dont la France ne saurait plus se dépatouiller par la suite.

Nommé premier ministre, Jospin, l’homme de Cintegabelle, du nom d’une commune de la Haute-Garonne, territoire socialiste s’il en est, eut l’autorité pour mener sa majorité, mais pas suffisamment pour convaincre Chevènement et Taubira de ne pas se présenter face à lui à la présidentielle de 2002 – il était tellement acquis qu’il figurerait au second tour...

La gauche, à partir de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle de 2012, lequel n'avait pas l’autorité d’un Lionel Jospin, ne cessera de s’autodétruire, par la faute de frondeurs croyant à des lubies, par la faute, aussi, de Jean-Luc Mélenchon, qui crée alors son propre parti, une sorte de Parti communiste bis, qui deviendra la France insoumise en 2016.

«Gauche caviar»

Jospin en voudra à Mélenchon, ancien trotskyste comme lui, un «populiste» auquel il reprochera de cultiver le «clivage» et la «radicalité» et d’être ainsi un obstacle à une gauche de gouvernement crédible.

Celui qui avait été premier secrétaire du PS de 1981 à 1988, puis de 1995 à 1997, formait avec son épouse, la philosophe Sylviane Agacinski, un couple «gauche caviar» aux yeux de ses détracteurs. Pour un ancien trotskyste, il était surtout un homme «droit», pas le genre à se vendre pour un plat de lentilles.

Alors ministre de l'Education nationale sous le second mandat de François Mitterrand, il avait en 1989 décidé de ne pas décider dans la polémique du «voile de Creil» (ville de la grande banlieue parisienne remportée dimanche par LFI). Face à cette première irruption d’une revendication portée par des islamistes dans le milieu scolaire, il avait laissé aux directions d’établissements le soin de régler elles-mêmes la question du voile des écolières – une loi votée en 2004 interdirait le voile à l’école.

Son indécision lui fut reprochée par les tenants d’une République laïque et universelle, courant historique de la gauche française, dont est sans conteste son épouse, une féministe universaliste, critique de l'islamisme et du communautarisme.

Avec Lionel Jospin, s’en va une gauche qui n’est pas celle de Mélenchon. La disparition de l'ancien premier ministre peut être vue comme le fin ou l'amorce d'un renouveau pour pour elle.

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