Pour Donald Trump, la guerre n’est plus qu’un jeu vidéo
Le 14 février 2018, lorsqu'un adolescent de 17 ans était entré dans son ancien lycée à Parkland avec une arme semi-automatique, Donald Trump était en fonction dans son premier mandat depuis un peu plus d’un an. Le jeune homme avait alors tué 17 personnes et en avait blessé autant.
Le président avait rapidement trouvé un responsable: les jeux vidéo. Fâché, Donald Trump avait déclaré:
Sur ce point, il même rejoignait Bill Clinton, honni. En 1999, après la fusillade de Columbine, le président démocrate avait alors tiré des conclusions similaires.
Depuis, les recherches sur ces divertissements s’accorde majoritairement à dire que cette explication est trop simpliste et qu'il est difficile d’attribuer des attentats à la seule consommation de violence virtuelle.
On ne sait plus séparer la réalité de la fiction
Au cours de son second mandat les jeux vidéos sont ironiquement devenus un moyen de justifier les propres violences de Donald Trump. Il y a une semaine sur les réseaux sociaux, la Maison-Blanche a diffusé des vidéos esthétisant la guerre contre l’Iran, en mêlant des images de combats réels à des séquences de jeux vidéo.
Sur TikTok, on peut par exemple voir une scène du jeu de tir à la première personne Call of Duty, dans laquelle une main saisit un code de lancement, puis une scène réelle montrant le départ d’une fusée, suivie de l’impact sur un camion.
@whitehouse Stay frosty
♬ original sound - The White House
Dans une autre vidéo, dans un univers plus simpliste de Nintendo, sur une musique entraînante, un personnage du jeu Wii Sports balance un swing en golf. Le bonhomme pixélisé frappe la balle, qui sort du cadre, puis, transition vers la réalité, où une base militaire est touchée de plein fouet par un missile. La voix du jeu annonce:
UNDEFEATED. pic.twitter.com/Jt69bcag5y
— The White House (@WhiteHouse) March 12, 2026
Sur Twitter, les internautes n'ont pas tardé à réagir. «C’est répugnant», a notamment estimé l’archevêque de Chicago. D’autres internautes ont employé des termes encore plus durs: «Obscène», «Absolument de mauvais goût!». Et le commentaire qui revient le plus souvent, comme celle de la sénatrice Amy Klobuchar:
This is not a video game. It isn’t bowling or football or golf. It is war. Our Service members are putting their lives on the line. People are dying. https://t.co/5gYHzxfpbj
— Amy Klobuchar (@amyklobuchar) March 13, 2026
Trump a franchi un pas
La fusion entre esthétique vidéoludique et couverture réelle de la guerre marque un tournant dans la communication politique. La guerre n’est plus expliquée ni justifiée, elle est mise en scène comme un spectacle divertissant.
Un jeu est censé être amusant, on y joue pour passer le temps. Lorsque des enfants jouent, il n’y a souvent pas d’objectif clair. Et c’est aussi ce qui semble manquer, si l’on écoute Donald Trump et ses ministres, dans la guerre contre l’Iran.
Un changement de régime, la destruction du programme nucléaire ou encore un message adressé à la Chine ont été avancé pour justifier le conflit. Mais les déclarations et les actes trop contradictoires du gouvernement américain ne permettent pas d'avancer une explication solide.
Trump sait ce qu'il fait
Donald Trump mélange guerre et jeu en une bouillie propre aux réseaux sociaux. La conduite de la guerre et celle des jeux vidéo semblent effectivement se rapprocher de plus en plus.
D’un côté, les graphismes vidéoludiques deviennent toujours plus réalistes – des scènes de Call of Duty ou de Arma ont déjà été utilisées pour diffuser de fausses informations sur des guerres.
De l’autre, les équipements militaires se commandent de plus en plus comme des jeux vidéo. Des drones peuvent être pilotés à des kilomètres du lieu d’intervention. On ne met pas sa vie en danger, seulement le doigt sur la gâchette.
La confusion devient problématique lorsqu’il n’est plus possible de distinguer ce qui relève du jeu et ce qui relève de la guerre. Donald Trump abolit délibérément cette frontière, et reconfigure de fait la façon politique d'évaluer les jeux vidéo.
Ce qui était autrefois dénoncé comme une cause de violence sert aujourd’hui d’outil esthétique pour mettre en scène la violence réelle, tout en permettant de s’en distancier émotionnellement.
Traduit de l'allemand et adapté par Joel Espi
