L'Ukraine va recevoir 90 milliards et c'est un échec pour Zelensky
Ce jeudi 18 décembre a eu lieu la rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne à Bruxelles.
Au terme d’un marathon de négociations éprouvant de 16 heures, l’UE s’est mise d’accord dans la nuit de jeudi à vendredi pour accorder à l’Ukraine un prêt sans intérêts de 90 milliards d’euros. Mais ce succès cache un échec retentissant. Analyse en cinq points.
L'Ukraine abandonnée
90 milliards d’euros, c’est beaucoup, mais c’est le strict minimum pour permettre à l’Ukraine de maintenir son armée et son Etat en vie au cours des deux prochaines années. Il lui faudrait encore un tiers de plus. D’où viendront ces 45 milliards d’euros supplémentaires? La question reste ouverte. En revanche, une chose est sûre: les 210 milliards d’euros d’avoirs gelés de la Banque centrale russe ne seront pas touchés.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky espérait un autre résultat. Pour lui, il ne s’agissait pas seulement d’une obligation morale de faire payer la Russie: ces fonds l’auraient aussi renforcé dans les négociations avec les Etats-Unis. Mais l'Europe l'a abandonné.
La grande défaite du chancelier allemand
Le chancelier allemand Friedrich Merz est le grand perdant de ce sommet. Soutenu par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, il a été l’un des plus fervents défenseurs de l’utilisation des avoirs russes. Mais il a trop peu tenu compte des autres Etats, en particulier la Belgique.
A Bruxelles, beaucoup commencent à le voir comme un politicien qui brasse de l'air: les belles paroles ne valent rien sans actes qui suivent derrière.
Sa prédécesseure, Angela Merkel, ne se serait jamais permis un tel amateurisme politique. Certes, elle manquait de vision pour l’avenir de l’Europe, ce qui posait aussi problème. Mais elle n’a jamais dû rentrer à Berlin la queue entre les jambes.
Pour Merz, la situation est d’autant plus grave que l’accord de libre-échange Mercosur avec l’Amérique du Sud a, pour l’instant, échoué. Il s’agit de sa deuxième défaite, très personnelle.
L'Europe au bord de la rupture
Le grand vainqueur est le Premier ministre belge Bart De Wever. La pression était énorme, mais il n’a pas cédé. La petite Belgique s’est imposée face à la grande Allemagne et à la puissance de l’UE.
Au final, le clivage habituel entre le nord et le sud de l’Europe l’a aussi aidé. Dans le sud, on n’a aucun problème avec la dette commune, parce qu'on sait que ce sont les Etats membres riches du nord qui paieront les intérêts de ces prêts soi-disant «sans intérêts».
Le conservateur flamand De Wever qui pousse l’UE vers de nouvelles dettes dans l’intérêt des pays du Sud, c'est assez ironique. D'habitude, il est bien plus proche du nord que du sud au niveau politique.
Ce qui est remarquable, c'est que ce soit De Wever qui arrive aujourd’hui à unir toute la Belgique derrière lui. Lui qui souhaiterait volontiers que la Flandre soit indépendante du reste du pays réussit à souder la nation. Il a pourtant failli faire exploser l’Europe.
De Wever minimise la colère des pays nordiques. Au final, ce qui compte, c'est que l’Ukraine reçoive l’argent dont elle a besoin. On va pas chipoter sur les détails.
Vladimir Poutine satisfait
Le Premier ministre belge, historien de formation et clairement engagé en faveur de l’Ukraine, se réjouira par contre moins du fait que ce sont précisément les adversaires de Kiev qui l’applaudissent. A savoir le Premier ministre hongrois Viktor Orban, bien sûr, tout comme ses alliés pro-Poutine de Slovaquie et de Tchéquie, qui n’ont pas à participer au crédit accordé à l’Ukraine.
Mais au Kremlin aussi, on affiche une grande satisfaction, comme l'a écrit Kirill Dmitriev, négociateur en chef russe pour les pourparlers sur l’Ukraine, sur Telegram:
La décision de Bruxelles constituerait un coup dur pour les «va-t-en-guerre». Le monde entier aurait assisté à l’échec de l’UE, selon Dmitriev.
Une démonstration de faiblesse
Au final, ce sommet présenté comme décisif laisse l’image d’une Union européenne affaiblie. Fatigués, les dirigeants européens approchent de la fin de l’année sans avoir atteint leur objectif: démontrer unité et détermination.
Ils se sont eux-mêmes interdit l’accès aux milliards de la Banque centrale russe. Qu’est-ce qui empêche le président américain Donald Trump et le dirigeant russe Vladimir Poutine de se partager ces fonds dans un accord bilatéral?
Traduit de l'allemand par Anne Castella
