International
Guerre contre l'Ukraine

L'UE débloque 90 milliards d'euros pour l'Ukraine

L'UE débloque une aide à l'Ukraine «jamais vue dans l'histoire»

Faute d'accord sur les avoirs russes gelés, les dirigeants de l'Union européenne ont décidé d'un prêt commun pour financer l'effort de guerre ukrainien. Montant: 90 milliars d'euros.
19.12.2025, 08:1419.12.2025, 08:14
Olivier BAUBE, bruxelles/afp

Les Européens ont décidé vendredi de financer l'effort de guerre de l'Ukraine pendant au moins deux ans via un emprunt en commun de 90 milliards d'euros, mais sans recours aux avoirs russes faute d'accord sur cette solution inédite.

Les dirigeants des 27 Etats membres devaient coûte que coûte trouver une solution durable pour Kiev, qui risquait d'être à court d'argent dès le premier trimestre 2026. Ils s'étaient engagés à assurer l'essentiel du soutien financier et militaire après la fermeture du robinet américain décidée par le président Donald Trump.

«C’est un message décisif pour mettre fin à la guerre, car (Vladimir) Poutine ne fera des concessions que lorsqu'il comprendra que sa guerre ne lui rapportera rien»", a assuré le chancelier allemand Friedrich Merz à l'issue de cet accord arraché au milieu de la nuit à Bruxelles.

epa12602202 Chancellor of Germany Friedrich Merz speaks to the media at the end of first day of the EU Council Summit in Brussels, Belgium, 19 December 2025. EU leaders met to discuss the latest devel ...
Friedrich MerzKeystone

Le dirigeant allemand soutenait pourtant depuis des mois une utilisation des avoirs gelés russes en Europe pour financer ce prêt. Il a quitté Bruxelles sans avoir eu gain de cause, et contraint par ailleurs d'accepter un report de la signature d'un accord de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur, obtenu par la France et l'Italie.

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«Il s'agit d'un soutien important qui renforce véritablement notre résilience», a réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s'était déplacé à Bruxelles pour mieux marteler son message, en remerciant les dirigeants européens.

«Il est important que les actifs russes restent immobilisés et que l'Ukraine ait reçu une garantie de sécurité financière pour les années à venir»
Zelensky sur X

Zelensky n'a été que partiellement entendu, après avoir lui aussi plaidé sans relâche pour faire payer la Russie. L'Ukraine reste toutefois assurée d'avoir les fonds nécessaires alors que les combats continuent en dépit d'intenses négociations en cours.

«Promesse tenue»

Faute d'accord sur ce recours aux avoirs de la banque centrale russe, totalement inédit et à haut risque, les 27 se sont ralliés à un emprunt commun. «Nous nous sommes engagés, nous avons tenu promesse», s'est félicité devant la presse le président du Conseil européen Antonio Costa, qui a mené les travaux de ce sommet.

«Garantir 90 milliards d’euros à un autre pays pour les deux prochaines années, je ne crois pas que cela se soit jamais vu dans notre histoire», a jugé la première ministre danoise Mette Frederiksen, dont le pays assure la présidence du Conseil de l'UE jusqu'à la fin de l'année.

epa12602246 Danish Prime Minister Mette Frederiksen (L), European Council President Antonio Costa (C) and European Commission President Ursula von der Leyen (R) at the end of the EU Council Summit in  ...
Mette Frederiksen, Antonio Costa et Ursula von der LeyenKeystone

Maintenant, «il va redevenir utile de parler à Vladimir Poutine», a de son côté jugé le président français Emmanuel Macron.

Un prêt à taux zéro

Les besoins de financement de Kiev ont été estimés à 137 milliards d'euros, l'UE s'engageant à prendre en charge les deux tiers, soit 90 milliards d'euros. Le reste devant être assuré par les autres alliés de l'Ukraine, comme la Norvège ou le Canada.

Les 27 vont accorder à Kiev un prêt à taux zéro, financé par le budget de l'Union européenne, que l'Ukraine n'aura à rembourser que si la Russie lui paie des réparations, a précisé devant la presse la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. «Après de longues discussions», il est clair que le recours aux avoirs russes «nécessite davantage de travail», avait reconnu dans la nuit de jeudi à vendredi un responsable européen, sous couvert d'anonymat.

Un accord butait depuis des semaines sur la vive réticence de la Belgique, où se trouve l'essentiel de ces avoirs gelés, soit quelque 210 milliards d'euros. L'idée était d'y recourir pour financer un «prêt de réparation» de 90 milliards en faveur de l'Ukraine.

Des heures de tractations, entre diplomates puis au niveau des dirigeants européens, réunis jeudi soir en conclave, n'ont pas permis de dégager un compromis.

Trois pays exemptés

Le premier ministre belge Bart De Wever avait dès octobre exigé de ses partenaires des garanties quasi illimitées pour parer le risque d'un remboursement anticipé ou de représailles russes. Et si les autres pays de l'UE se sont dit prêts à être solidaires, pas question néanmoins pour eux de signer un chèque en blanc à la Belgique.

«Les jeux sont faits, tout le monde est soulagé», a déclaré le chef du gouvernement belge, tout sourire, à l'issue de ce sommet à haut risque.

L'accord sur l'emprunt a été trouvé à 27 mais l'opération ne se fera qu'à 24, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque - trois pays réticents à soutenir financièrement l'Ukraine - en étant exemptés. Le président américain s'est à nouveau impatienté jeudi, invitant l'Ukraine à «bouger rapidement», avant que la Russie ne «change d'avis».

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