JD Vance, l’ultime hypocrite?
Dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal, JD Vance couvrait Donald Trump d’éloges, assurant que celui-ci ne lancerait jamais de guerre interminable. Le voilà désormais contraint de trouver une issue à un conflit de cette nature.
Catholique fervent, le vice-président Des Etats-Unis doit désormais également défendre son patron dans sa querelle absurde avec le pape. On en oublierait presque qu’il avait autrefois qualifié Trump d’«héroïne culturelle» et de «Hitler de l’Amérique», avant de devenir l’un de ses plus fidèles soutiens.
Du hillbilly à la Maison-Blanche
Contrairement à Trump, Vance n’est pas né avec une cuillère en or dans la bouche. Il a grandi dans la pauvreté, au sein de cette classe ouvrière déshéritée du Midwest industriel que l’on appelle les «hillbillies». Il a raconté son ascension vers les cercles du pouvoir dans son best-seller très remarqué Une ode américaine.
Un nouveau livre de Vance paraîtra en juin prochain. Intitulé Communion: Finding My Way Back to Faith, il retrace son retour à la foi catholique en 2019. Il explique en amont de sa publication:
Il rajoute: «Je n’ai pas toujours pensé ainsi, et je veux, à travers mon parcours, aider d’autres personnes – catholiques, protestants ou autres – en quête de réconciliation avec Dieu»
Donald Trump, on le sait, se fie à son instinct et se tient à distance des livres. JD Vance, lui, cultive une image d’intellectuel à la Maison-Blanche: lecteur assidu, soucieux de précision, attentif à la langue. Il se voit comme l’un des penseurs de la droite postlibérale, appelé à prendre un jour la tête du Parti républicain.
Il a notamment été influencé par Patrick Deneen, professeur à l’université de Notre Dame. Celui-ci est l’auteur de Why Liberalism Failed, un ouvrage très influent chez les ethnonationalistes. Il y combine «un conservatisme social rigoureux et un républicanisme avec un antilibéralisme et un antélitisme virulents», comme l’explique Laura Field dans son livre Furious Minds: The Making of the MAGA New Right.
JD Vance ne s’est pas contenté de renouer avec la foi ni d’adhérer au nationalisme chrétien. Il ambitionne également de succéder à Donald Trump à la Maison-Blanche. En tant que vice-président, il se trouve en position favorable.
Ambitieux, il multiplie les apparitions publiques: marche pour la vie, Conférence de sécurité de Munich, échange tendu avec Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale ou déplacement sur la glace du Groenland — le vice-président est omniprésent. «Vance est partout, tout le temps – il saisit chaque occasion pour rappeler aux Américains à quel point il est central pour l’administration Trump», écrit la chroniqueuse conservatrice Kimberley Strassel dans le Wall Street Journal.
Le vice-président bénéficie aussi de soutiens influents, à l’image d’Erika Kirk, veuve de Charlie Kirk, fondateur de Turning Point, un mouvement conservateur qui a rencontré un large écho auprès des jeunes.
Mais cet activisme ne fait pas l’unanimité. Kimberley Strassel elle-même, pourtant proche de la mouvance MAGA, se montre critique:
Le président, de son côté, ne souhaite pas voir émerger un successeur désigné. Comme d’autres dirigeants autoritaires, Donald Trump sait qu’une telle perspective affaiblirait immédiatement son pouvoir. Il n’hésite donc pas à mettre en concurrence son vice-président avec son secrétaire d’Etat Marco Rubio, lui aussi candidat potentiel à la Maison-Blanche.
Plus encore, Donald Trump expose régulièrement son vice-président à des situations délicates. Il l’a ainsi envoyé à Budapest soutenir Viktor Orban en pleine campagne électorale, alors même que le Premier ministre hongrois était en difficulté. L’initiative s’est soldée par un revers, jugé particulièrement embarrassant.
Dans son rôle de négociateur en chef avec l’Iran, JD Vance se retrouve également en première ligne. Donald Trump ironisait en amont:
Parallèlement, le vice-président doit tenter une médiation délicate entre Donald Trump et Léon XIV. Une tâche qu’il aborde avec maladresse. Converti au catholicisme depuis seulement sept ans, il s’est permis de donner des leçons de théologie au pape, notamment sur la question de la «guerre juste» — un domaine dans lequel Léon XIV dispose d’une expertise sans commune mesure.
Lors d’une conférence organisée par Turning Point, JD Vance a ainsi déclaré: «De la même manière qu’il est important pour moi, en tant que vice-président des Etats-Unis, de choisir soigneusement mes mots en matière de politique, je pense qu’il est très important que le pape fasse de même lorsqu’il s’exprime sur des questions théologiques. (…) C’est en tout cas ce que j’attends des prêtres, qu’ils soient catholiques ou protestants.»
Ces propos ont suscité de vives réactions, y compris parmi le public pourtant acquis à cette conférence conservatrice. JD Vance a été hué et interrompu à plusieurs reprises.
Traduit de l'allemand par Tim Boekholt.
