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Cuba

Les Etats-Unis ne pourront pas se battre éternellement, dit un expert

Trump ne pourrai pas se battre sur tous les fronts

«Les Américains n’ont pas des munitions illimitées»

La politique erratique de Donald Trump met le monde à mal. Après le Moyen-Orient, le président américain lorgne Cuba. Mais selon cet expert, il ne pourra pas continuer indéfiniment à ce rythme.
09.03.2026, 05:3309.03.2026, 05:33
Natasha Hähni

Que ce soit en Amérique du Sud, dans les Caraïbes ou au Moyen-Orient, l’actualité internationale ne pourrait guère être plus chaotique. Derrière la plupart des foyers de crise se trouve actuellement un homme: Donald Trump.

Sa guerre contre l’Iran dure désormais depuis plus d'une semaine. Ce week-end, des avions de combat israéliens ont bombardé des cibles à Téhéran et Beyrouth, tandis que l’Iran poursuivait ses attaques de représailles contre des Etats de la région.

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L’expert militaire Carlo Masala explique quel est le principal problème de cette nouvelle guerre et pourquoi l’Europe doit se préparer à des conséquences désagréables.

Carlo Masala est professeur de politique internationale à l’Université de la Bundeswehr.
Carlo Masala est professeur de politique internationale à l’Université de la Bundeswehr (armée allemande).Image: imago

Il y a un peu plus d'une semaine, Donald Trump a attaqué l’Iran. Quel objectif poursuit-il avec cette guerre?
Carlo Masala: On ne le sait pas, parce qu’il change sa vision à chacune de ses déclarations. Après les premières frappes aériennes, il a dit qu’il y avait trois objectifs: détruire le programme nucléaire iranien — reconnaissant ainsi qu’il ne l’avait pas détruit en juin —, détruire le programme de missiles balistiques et créer les conditions d’un changement de régime. Il s’est ensuite progressivement éloigné de l'objectif de changer de régime, disant qu’il pourrait également vivre avec un mollah «amical».

Trump va donc laisser l'Iran décider de son propre avenir?
Tout dépendra donc du choix que feront les dirigeants iraniens. La semaine dernière, le président américain a également émis un avis positif quant à un possible soutien aux Iraniens kurdes, qui pourraient jouer un rôle dans la guerre.

«En fin de compte, Donald Trump modifie constamment les objectifs. Cela montre en réalité qu’il n’y a pas d’objectif clair et que l’on ne sait pas vraiment quel est le but»

A quel point est-ce problématique?
En principe, il ne faudrait jamais recourir à l’armée si l’on n’a pas d’objectif politique clairement défini. Cela pourrait-il malgré tout bien se terminer pour la population iranienne? Théoriquement, oui. Il reste possible que le gouvernement soit renversé de l’intérieur. Mais pour l’instant, rien n’indique vraiment que le régime soit aussi affaibli que certains l’espèrent.

A quoi le voyez-vous?
A la capacité du régime à mener des opérations militaires, à sa capacité de toujours désigner un successeur et à l’absence de manifestations de masse. Les gens restent plutôt chez eux, soit parce qu’ils vivent dans des régions où l’on bombarde – dans ce cas, moi non plus je ne descendrais pas dans la rue –, soit parce qu’ils attendent simplement de voir ce qui va se passer.

Donald Trump a déclaré la semaine dernière que le pire scénario serait que le successeur de l’ayatollah Khamenei soit pire que lui. Le favori pour la succession est actuellement le fils de Khamenei, qui suit une ligne dure. Le pire scénario s’est-il réalisé?
Donald Trump a encore déclaré que cet homme ne lui plaisait pas du tout et a insisté pour être, en quelque sorte, impliqué dans le choix d’un successeur, ce qui est absurde. Mais sur les affaires internes iraniennes, je ne peux rien dire.

Les Américains espèrent obtenir le soutien de groupes kurdes armés. Dans quelle mesure pourraient-ils être utiles dans la lutte contre le régime?
Nous parlons, selon les estimations, de 3000 à 5000 personnes potentiellement armées dans un pays immense.

«Il ne faut pas oublier que le régime iranien dispose de plus d’un million de personnes sous les armes: les Gardiens de la révolution, des milices, ainsi que l’armée»

Tous ont quelque chose à perdre, car ils craignent, en cas de changement de régime, de perdre leur position ou de se retrouver devant un tribunal. Face à eux, il y a quelques milliers de Kurdes. Ce n’est pas une bonne situation de départ. Mais avec Donald Trump, nous savons aussi qu’il pourrait mettre fin à l’opération demain et la présenter comme une victoire.

Les Iraniens sont en train d'étendre le conflit. La semaine dernière, la Turquie, un pays membre de l'Otan, a abattu un missile. Quelles conséquences cette guerre pourrait-elle avoir pour l’Europe?
La probabilité que des personnes fuient l’Iran est relativement élevée. Bien sûr, l’Europe pourrait alors être l’une de leur destinations. A cela s’ajoute le fait que l’Iran, comme par le passé, menace d’activer ce que l’on appelle des cellules dormantes, qui existeraient partout. Je ne peux pas vous dire si ces cellules dormantes sont réelles, mais les services de sécurité réagissent actuellement contre leur menace. Des commandements de l'Otan en Europe ont par exemple demandé à leurs collaborateurs de ne pas se déplacer en uniforme en dehors des casernes.

L’attention de Trump ne semble déjà plus se concentrer uniquement sur l’Iran. Cette semaine, il a envoyé un commando en Equateur et a de nouveau évoqué un changement de régime à Cuba. L’île doit-elle se préparer à une intervention américaine?
Nous ne le savons pas. A Cuba, une opération limitée avec des forces spéciales paraît toutefois plus probable. Peut-être avec l’aide d’opposants ou de certaines factions du régime. Je ne pense pas que nous assisterons à une vaste opération militaire.

Pourquoi pas?
Il faut le dire clairement: ce que les Etats-Unis tirent actuellement dans le Golfe persique pose un problème. Ils ne disposent pas de munitions illimitées. Les stocks d’intercepteurs pour la défense aérienne et de missiles se vident rapidement.

Les Américains pourraient donc manquer d’armes?
Les stocks sont réapprovisionnés, mais les Etats-Unis ne disposent pas de réserves infinies leur permettant de mener pendant des mois et sur plusieurs fronts le même type d’opérations.

Les Américains ont demandé de l’aide à l’Ukraine pour la défense anti-drones. Auraient-ils dû mieux se préparer?
Le problème est qu’ils peuvent relativement bien intercepter les missiles balistiques. On le voit dans toute la région: le taux d’interception dépasse parfois 90%.

«Mais en même temps, la plupart des pays ne disposent pas de systèmes suffisants pour se défendre contre les drones»

C’est une lacune générale, y compris en Europe. Lorsque nous discutons du réarmement, la question de la défense contre les drones est l’une des plus urgentes, car nous voyons à quel point leur utilisation peut être efficace. (trad. joe)

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