L'électorat américain attendait cette épreuve de force: la vice-présidente Kamala Harris et l'ancien président Donald Trump croiseront le fer verbalement mardi soir à Philadelphie. Il s'agit du premier et jusqu'à présent du seul débat télévisé prévu entre la candidate démocrate à la présidence et son adversaire républicain. Il s'agit aussi de la première rencontre personnelle entre Harris et Trump.
Elle symbolise également le «revirement» de la campagne électorale américaine car, fin juin, Donald Trump s'était encore disputé avec le président Joe Biden. Sous la forte pression de son parti, ce dernier a fait acte de faiblesse et s'est retiré en faveur de sa vice-présidente.
L'entrée en campagne de Kamala Harris a été fulgurante et provoqué une véritable euphorie au sein de l'électorat démocrate - bien que plus froidement accueillie par le grand public, si l'on se base sur les sondages. La course entre la démocrate et le républicain reste très serrée. C'est aussi pour cette raison que le duel télévisé revêt une énorme importance.
Le débat se tiendra mardi à 21h (mercredi, 3h du matin en Suisse), au National Constitution Center de Philadelphie. Difficile d'imaginer un lieu plus symbolique, puisque ce bâtiment à l'architecture plutôt douteuse, situé sur l'Independence Mall, est une sorte de sanctuaire pour la Constitution des Etats-Unis. Philadelphie a été la première capitale de la république fondée il y a bientôt 250 ans et est aujourd'hui la plus grande ville de Pennsylvanie.
L'Etat fédéral, avec ses 19 voix d'électeurs, pourrait décider de l'élection du 5 novembre. La campagne électorale est donc très intense. C'est également en Pennsylvanie qu'a eu lieu l'attentat contre Donald Trump le 13 juillet.
Le débat dure 90 minutes et est retransmis sans public en direct, par la chaîne de télévision ABC. Un choix qui a mécontenté Trump, mais il a fini par s'y plier. Aucune aide extérieure n'est autorisée. Harris et Trump se tiendront devant un pupitre et ne pourront prendre que des notes. A la fin, ils auront chacun deux minutes pour conclure.
L'équipe de campagne de Trump a obtenu gain de cause sur un point: le micro sera coupé à la fin de chaque déclaration. Kamala Harris avait plaidé pour des microphones ouverts, s'attendant à ce que Trump la coupe constamment, comme lors du premier débat avec Joe Biden en 2020. Joe Biden avait alors répliqué par la remarque mémorable:
Pour de nombreux Américains, Kamala Harris est une inconnue. Elle s'est lancée tardivement dans la course et en 2019, elle avait jeté l'éponge avant le début des primaires démocrates. Dans le dernier sondage du New York Times, 28% des personnes interrogées ont déclaré en savoir trop peu sur cette femme de 59 ans. C'est ce désavantage qu'elle doit affronter dans le débat.
Ce ne sera pas chose facile.En tant que vice-présidente de Biden, elle est quasiment la «tenante du titre». Elle doit défendre la politique du président impopulaire tout en s'en distançant autant que possible. Kamala Harris s'est donc préparée en conséquence. Selon le New York Times, elle s'est «retranchée» pendant cinq jours dans un hôtel de Pittsburgh.
C'est là qu'auront lieu les répétitions. Le conseiller politique Philippe Reines joue le double de Trump, comme en 2016 pour Hillary Clinton, y compris le costume carré et la longue cravate. En tant qu'ancienne procureure ayant l'expérience des contre-interrogatoires, Kamala Harris est en principe bien armée, mais elle n'a participé à aucun débat depuis qu'elle a affronté le vice-président Mike Pence en 2020.Sa priorité est donc de se présenter comme sereine et présidentielle, tout en irritant Trump au point de lui faire perdre son sang-froid.
Hillary Clinton, qui avait attaqué Trump il y a huit ans en le qualifiant de raciste misogyne. C'est ce «piège» que Harris veut manifestement éviter.
Donald Trump se prépare à la joute contre Kamala Harris de manière plutôt disciplinée pour lui. S'il ne suit pas d'entraînement au débat, à proprement parler, il est selon le New York Times plus engagé à l'œuvre qu'en 2016 et 2020. Il renonce à faire appel à une actrice de Harris, mais il se laisse «troubler» par le député Matt Gaetz qui lui pose des questions difficiles.
Trump devra toutefois surmonter quelques obstacles. Le plus important est peut-être un mépris apparemment profond pour sa rivale. Alors qu'il respectait Hillary Clinton en tant que travailleuse intelligente et acharnée, il considère la Californienne comme limitée. En privé, il s'exprime avec mépris sur Harris. Il devra essayer de réprimer cette aversion.
L'homme de 78 ans devrait présenter son premier mandat comme un «âge d'or» où tout allait bien dans le monde. Alors que Joe Biden et sa vice-présidente auraient semé le chaos. Sur deux sujets au moins, cependant, il est vulnérable: l'avortement et le «Big Lie», selon lequel il aurait été trompé il y a quatre ans.
Trump tergiverse sur ces sujets, car une nette majorité de la population américaine est en principe favorable à l'interruption de grossesse et considère Joe Biden comme un président légitime. Selon le New York Times, ses conseillers et ses soutiens le pressent donc de ne pas se montrer grossier dans le débat, mais de se comporter en «happy Trump». La question est de savoir s'il pourrait tenir le coup.
Après l'attentat, il a voulu agir de manière plus conciliante et plus étatique. Il y est parvenu pendant une demi-heure lors de son discours de nomination à la convention du parti républicain à Milwaukee.
Ensuite, il s'est à nouveau laissé aller à la vulgarité habituelle. C'est peut-être la plus grande chance de Kamala Harris. Donald Trump semble avoir pris conscience du danger. Il aurait envisagé à plusieurs reprises en privé de se retirer du débat, mais cela aurait été interprété comme un signe de faiblesse. On ne sait pas s'il y aura d'autres rencontres.
Pour l'instant, une seule est prévue entre les vice-prétendants J.D. Vance et Tim Walz, le 1er octobre à New York.