Trump pourrait réussir là où onze présidents américains ont échoué
On ne peut pas encore dire ce qui se passera dans les jours, les semaines ou les mois qui viennent à Cuba. Mais une chose est certaine: les choses bougent comme elles ne l'avaient plus fait depuis des décennies.
L'île caribéenne, gouvernée depuis 67 ans par les révolutionnaires barbudos et leurs descendants, ne sera plus la même à l'issue de ce processus. Dirigé par les communistes, le pays est désormais contraint de s'ouvrir, face au désastre économique et social sans précédent auquel il se trouve confronté. Ne serait-ce que pour éviter une catastrophe humanitaire.
Par ailleurs, les protestations de la population locale à bout de nerfs s'intensifient de jour en jour. Des manifestants ont ainsi attaqué le siège du Parti communiste dans la ville de Morón, au centre de l'île. Sur la plateforme X, le président Miguel Díaz-Canel a menacé:
Mais le fait que son gouvernement ait désormais accepté d'engager des discussions avec l'ennemi juré à Washington est l'aveu qu'il n'a plus la situation en main.
Une situation sans précédent
Les Etats-Unis, qui ont tenté depuis le début des années 1960 par tous les moyens de renverser le gouvernement de La Havane, dictent désormais leurs conditions à la table des négociations. Il ne s'agit donc pas de discussions entre égaux.
Washington menace et exige, et La Havane doit obéir et tenter d'éviter le pire. Selon toute vraisemblance, le chef d'Etat américain Donald Trump et son secrétaire d'Etat Marco Rubio exigeront la fin du système communiste, une ouverture de l'économie à davantage d'acteurs privés, et notamment à des investisseurs américains.
Ce serait la fin de l'idée révolutionnaire et du mythe cubain. Au passage, Trump réussirait ainsi ce que onze de ses prédécesseurs ont tenté en vain.
Le tragique de la chose serait aussi que la politique d'embargo économique pratiquée depuis 1960 contre l'île aurait finalement porté ses fruits. Aujourd'hui, elle est portée à son paroxysme par le boycott pétrolier qui coupe l'île de son pétrole brut, son artère vitale. Depuis trois mois, aucun pétrolier n'a accosté dans les ports cubains.
Un entêtement qui coûte cher
L'île est ainsi la première au monde à subir ce qu'il se passe lorsqu'il n'y a plus d'or noir. Il n'y a alors plus d'économie, plus d'éducation, plus de soins et plus de production alimentaire.
Si les choses en sont arrivées là, les frères Fidel et Raúl Castro, le reste de la génération de révolutionnaires vieillissants encore en vie, ainsi que l'actuel président Miguel Diaz-Canel en portent une part de responsabilité. Pendant plus d'un demi-siècle, ils n'ont pas saisi les occasions de changement et d'ouverture qui se sont présentées, contribuant ainsi à entraîner les dix millions d'habitants que compte l'île sur la voie de la misère.
Malgré d'abondantes terres agricoles, Cuba importe près de 70% de ses denrées alimentaires. Riz, haricots, poulet, huiles et lait en poudre sont achetés à l'étranger. Quand l'argent est là.
Toujours le moins de réformes possible
Le monde extérieur aux Etats-Unis a longtemps regardé avec bienveillance le modèle cubain et son socialisme tropical. L'Europe surtout, mais aussi de larges pans de l'Amérique latine. Et, bien sûr, des alliés idéologiques comme la Russie apportaient leur soutien. Mais sous la pression des nombreuses crises, notamment l'effondrement de l'Union soviétique en 1989, La Havane n'a toujours accepté que le strict minimum en matière de réformes nécessaires à la survie du système.
Tantôt le dollar a été temporairement admis comme moyen de paiement, tantôt une petite partie du secteur économique a été ouverte aux acteurs privés. Mais le monopole de l'Etat n'a jamais été remis en question jusqu'à ce jour. Encore aujourd'hui, 70% de la main-d'œuvre cubaine est employée dans le secteur public, et l'Etat contrôle toujours 90% des moyens de production.
D'abord la carotte, puis le bâton
Même les Etats-Unis, à l'époque du président Barack Obama (de 2009 à 2017), avaient tenté d'obtenir le changement par le rapprochement. A partir de 2014, Obama a assoupli les échanges de voyageurs et de marchandises entre les Etats-Unis et Cuba, et des représentations diplomatiques furent rouvertes.
Des touristes américains affluèrent alors par milliers sur l'île. Et Obama lui-même se rendit à La Havane en mars 2016, premier président américain à le faire depuis 88 ans. Mais Cuba n'a guère bougé, malgré la stratégie de la carotte d'Obama.
Et voilà que Trump arrive, sort le bâton et mène une politique de pression maximale et d'étranglement économique. Et, contrairement à Obama, il rêve du renversement du gouvernement. Objectif minimal: une prise de pouvoir par un représentant réformateur, la légalisation des partis d'opposition et l'ouverture de l'économie.
