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Guerre Iran-USA: un conflit long et incertain selon Nico Lang

In the picture, from left: Nico Lange, political scientist and security expert, GER, Berlin, studio, guest on Caren Miosga s political talk show, TV, format, with presenter, Das Erste, from Adlershof  ...
Nico Lange est le fondateur et directeur de l’Institut d’analyses des risques et de sécurité internationale (IRIS).Image: www.imago-images.de

«Les Américains se tirent une balle dans le pied»

Nico Lange explique pourquoi Donald Trump joue la montre dans le conflit avec Téhéran, et pourquoi le régime des mollahs pourrait malgré tout détenir l’avantage.
02.05.2026, 07:0402.05.2026, 07:04
Natasha Hähni

La stratégie américaine face à l’Iran pourrait se retourner contre Washington. C’est l’analyse de l’expert en sécurité internationale et ancien responsable au ministère allemand de la Défense Nico Lange. Entre négociations lentes et pression économique, les Etats-Unis peinent à imposer leur rythme, laissant un avantage au régime iranien.

Depuis le 8 avril, un cessez-le-feu est officiellement en vigueur dans la guerre en Iran. Selon Donald Trump, les négociations se déroulent actuellement par téléphone. Avez-vous encore espoir d’un accord?
Nico Lange: J’ai de l’espoir pour un accord, mais pas pour un accord rapide. Deux cultures de négociation très différentes s’affrontent. Trump, qui dit toujours: «Bon, maintenant, il faut conclure un accord tout de suite». Et les Iraniens, dont on sait qu’ils négocient de manière tenace et lente.

«Trump a obtenu certains résultats avec cette guerre, mais il n’a pas réussi à rendre les représentants du régime iranien incapables d’agir»

Ils peuvent toujours bloquer le détroit d’Ormuz et attaquer les Etats du Golfe ainsi qu’Israël avec des drones et des missiles. C’est pourquoi Trump doit désormais s’engager dans ces négociations laborieuses.

Quelle partie détient l’avantage?
Les Etats-Unis sont bien plus puissants que l’Iran. Accroître la pression financière est une stratégie prometteuse, car le régime iranien n’a qu’un objectif: se maintenir au pouvoir. Et pour cela, il lui faut de l’argent. Dans cette mesure, il est possible que cela entraîne un changement de position de l’Iran. Mais cela ne se fera pas rapidement. Nous sommes tous pris en otage par la situation autour du détroit d’Ormuz. Cela pourrait encore durer longtemps. Quant au contenu d’un éventuel accord, il est encore impossible de le déterminer.

People wave Iranian flags during a state-organised rally in Tehran, Iran, Wednesday, April 29, 2026, celebrating the birthday of Imam Reza, the 8th Shiite Muslims' Imam, and showing their support ...
Des Iraniens agitent des drapeaux à Téhéran lors d’un rassemblement pro-régime pour l’anniversaire de l’imam Reza.Keystone

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré cette semaine que le style de négociation des dirigeants iraniens était «incroyablement bon». Qu’en pensez-vous?
J’ai du mal à faire l’éloge des dirigeants iraniens.

«L’Iran dispose, avec le blocage du détroit d’Ormuz, d’un instrument de pouvoir majeur»

A la place de l’Allemagne, je réfléchirais plutôt à la manière de contribuer moi-même à accroître la pression sur l’Iran. Car, en réalité – Trump ou non – tout le monde a intérêt à ce que cela réussisse: que la libre navigation dans le détroit d’Ormuz redevienne possible et que l’Iran ne dispose pas de la bombe atomique.

Comment l’Europe devrait-elle agir concrètement?
D’un point de vue économique, il serait moins coûteux d’aider autant que possible les Etats-Unis à parvenir à un accord avec l’Iran. Ne pas le faire, se contenter de commenter, puis tenter d’atténuer les conséquences de ces crises à coups d’argent public ou d’endettement, pourrait coûter très cher. Nous ne devrions pas donner l’impression que l’Europe et les Etats-Unis peuvent être divisés sur ce dossier.

Les tensions entre l’Europe et les Etats-Unis ne cessent de croître. Trump menace désormais de retirer des troupes d’Allemagne. Qu’est-ce que cela signifierait?
Eh bien, Friedrich Merz a commis ce que l’on appellerait au tennis une «faute directe». Lors d’une visite, il a laissé entendre que Trump n’avait pas de plan. Or Trump reste Trump. Il riposte et estime devoir immédiatement faire payer les Allemands pour cette remarque. En tant que chancelier allemand, on pourrait s’épargner ce genre de commentaire, et éviter d’avoir à en gérer les conséquences. Quant au retrait des troupes américaines d’Allemagne, je prendrais ces menaces avec calme. Les forces américaines en Allemagne ne sont pas là pour défendre le pays. Elles servent les intérêts stratégiques des Etats-Unis:

«Les Américains se tireraient une balle dans le pied s’ils les retiraient»

Vladimir Poutine a publiquement assuré son soutien à l’Iran cette semaine. Comment voyez-vous son rôle?
Dans la phase la plus intense de la guerre, Poutine n’a rien fait pour l’Iran, ni pour le Venezuela. Et les systèmes russes de défense aérienne ont été rapidement neutralisés tant au Venezuela qu’en Iran. Maintenant que les Etats-Unis rencontrent des difficultés et que des tensions apparaissent entre Américains et Européens, il tente de semer la discorde. C’est typique de Poutine. Il n’y a pas de grande stratégie iranienne derrière cela du côté russe.

Poutine ne cherche donc pas vraiment à aider l’Iran?
Toute division entre Américains et Européens profite à Poutine. Il cherchera donc toujours à encourager cette fracture. Et s’il peut jouer un double jeu, c’est-à-dire soutenir l’Iran tout en proposant à Trump de l’aider sur ce dossier, il devient incontournable dans cette affaire. Je pense que c’est son objectif.

Pour l’instant, rien n’indique que les Américains et les Iraniens parviendront rapidement à un accord. Qui tiendra le plus longtemps dans ce jeu de patience?
Je crains que l’Iran n’ait un avantage dans ce jeu, car ce régime de mollahs se soucie tout simplement très peu du sort de sa population. Les Iraniens vivent déjà dans des conditions difficiles. Si la situation se dégrade encore, cela importe peu au régime. Son seul objectif est de rester au pouvoir, tandis que le président américain doit réagir à la hausse des prix et à la nervosité des marchés mondiaux.

Le mécontentement en Iran ne pourrait-il pas à nouveau éclater, comme en début d’année?
Malheureusement, les Iraniens n’ont pas les moyens de renverser le régime. Je ne fonderais donc pas ma stratégie sur cette hypothèse, aussi amère soit-elle. Quant à la pression financière, il se pourrait que cela prenne du temps. Car la devise du gouvernement iranien est la suivante:

«L'essentiel est que l’autre camp souffre davantage»

Les Etats-Unis disposent-ils de suffisamment de missiles pour une guerre longue?
Nous avons tous un problème avec la défense contre les missiles et les drones. Si l’on consomme beaucoup de munitions au cours des premières semaines d’une guerre et que la production suit lentement, des pénuries apparaissent. C’est un problème que nous rencontrons, je pense, partout dans le monde.

«Il est difficile d’évaluer le nombre de missiles dont dispose encore l’Iran et sa capacité à en produire, car de nombreuses installations sont souterraines.»

Ce que nous avons toutefois constaté, c’est que l’Iran a été capable, pendant de longues phases du conflit, de tirer chaque jour un certain nombre de drones et de missiles. C’est bien là le problème pour les Etats-Unis.

Imaginons que Trump déclare unilatéralement la victoire en Iran dans les prochaines semaines et retire ses troupes. L’Iran en sortirait renforcé. Quelles en seraient les conséquences pour le monde?
Dans un premier temps, cela ne serait peut-être pas si absurde si Trump l’avait déjà fait, car il ne dispose plus de bonnes options militaires. Je n’exclurais pas encore cette possibilité. Peut-être qu’aucun accord ne sera conclu. L’Iran ne renoncera guère à la carte du blocage du détroit d’Ormuz comme nouvel instrument de pouvoir. Un engagement international sera nécessaire.

A quoi cela pourrait-il ressembler?
Un retour à la situation antérieure est exclu, car l’Iran cherchera toujours à utiliser le levier de la menace de blocage. L’après-guerre dépendra des négociations. Plusieurs scénarios sont envisageables à ce stade, et aucun n’est vraiment satisfaisant: il faudra peut-être payer l’Iran pour pouvoir naviguer dans le détroit d’Ormuz. Une interdiction pour les navires israéliens est aussi possible.

«On peut également imaginer que des escortes militaires deviennent nécessaires pour les navires»

Se posera alors la question de savoir quels pays pourront se le permettre. Plusieurs Etats coopéreront-ils pour s’organiser? Outre les Européens, l’Inde, le Japon et de nombreux autres pays ont intérêt à la sécurité du passage maritime. Nous n’en sommes qu’au début des réflexions. Une chose est claire: les Etats du Golfe joueront un rôle majeur.

Qu’est-ce que cela signifie pour la région?
Que tous les Etats de la région vont se réarmer: les Emirats arabes unis ou l’Arabie saoudite ne se laisseront pas attaquer par l’Iran sans réagir. Ils vont s’équiper pour mieux se défendre, probablement à un niveau leur permettant aussi de riposter contre l’Iran en cas de nouvelles attaques de drones et de missiles, comme au début de la guerre.

De nouvelles escalades sont donc à craindre.
Il faut toutefois garder à l’esprit que la cause principale de ces problèmes régionaux est le régime des mollahs en Iran. Nous avons tous intérêt à ce que les mollahs quittent le pouvoir, que les Iraniens puissent vivre libres et que cette volonté d’acquérir l’arme nucléaire cesse. (trad. tib)

Des manifestations, en Iran et ailleurs
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source: epa / sedat suna
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