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Vote historique au Congrès américain sur les réparations de l'esclavage

C'est le début d'un long processus démocratique dans un contexte tendu par le procès de George Floyd et la mort d'un autre Afro-Américain abattu par une policière.



The sun flares through the camera lens as it rises behind the U.S. Capitol building, Washington Monument and the Lincoln Memorial, Monday, March 22, 2021, in Washington. (AP Photo/J. David Ake)

Le soleil se lève derrière le Capitole américain, le Washington Monument et le Lincoln Memorial. Image: keystone

Une commission du Congrès américain devait se prononcer, mercredi, sur le principe d'une compensation financière pour réparer les méfaits de l'esclavage aux Etats-Unis. Il s'agit d'un premier vote historique dans un pays encore marqué par les discriminations raciales.

«Ce vote historique est destiné à poursuivre un débat national sur la façon de combattre les mauvais traitements subis par les Afro-Américains pendant l'esclavage, la ségrégation et le racisme structurel qui reste aujourd'hui endémique dans notre société»

Le président de la commission judiciaire de la Chambre des représentants, Jerry Nadler

Dans un contexte particulier

Le texte vise à créer une commission d'experts chargés de faire des propositions sur l'indemnisation des descendants des quelque quatre millions d'Africains amenés de force aux Etats-Unis entre 1619 et 1865, date de l'abolition de l'esclavage.

La législation, dont une première version avait été rédigée il y a près de 30 ans, est redevenue centrale depuis que la mort de plusieurs Afro-Américains lors d'interventions policières a poussé le pays à se pencher sur son passé esclavagiste et les multiples discriminations subies par la minorité noire, qui représente près de 13% de la population.

Le vote intervient alors qu'un policier blanc est jugé à Minneapolis, accusé d'avoir tué lors d'une interpellation un quadragénaire noir, George Floyd, devenu un symbole mondial des victimes de violences policières.

Sur ce sujet, lire:

Inégalité économique

En 2019, le revenu médian annuel d'un foyer noir était de 43 771 dollars, contre 71 664 dollars pour un foyer blanc, selon des statistiques officielles. Malgré les avancées de la lutte pour leurs droits civiques dans les années 1960, les Afro-Américains sont toujours moins diplômés, ont une couverture sociale moins bonne et vivent moins longtemps que les blancs. Ils sont aussi incarcérés de manière disproportionnée par rapport au reste de la population américaine.

Un groupe de treize experts devra ainsi faire des propositions de compensations «pour l'institution de l'esclavage et (les) discriminations raciales et économiques contre les Afro-Américains». Ces experts doivent faire des recommandations sur la façon de calculer cette indemnisation, la forme qu'elle devra prendre et qui seront les personnes éligibles.

Quelles chances a le texte?

«Les réparations sont finalement une question de respect et de réconciliation», a déclaré dans le communiqué la démocrate Sheila Jackson Lee, qui soutient le texte. Il devrait passer l'obstacle de la commission judiciaire. La Chambre basse du Congrès, où les démocrates sont majoritaires, devra ensuite, pour la première fois, l'approuver en séance plénière, à une date indéterminée.

Mais le sort du texte est incertain au Sénat, où les démocrates devront obtenir les voix d'au moins dix républicains pour qu'il soit finalement adopté. En 2019, Mitch McConnell, alors chef de la majorité républicaine au Sénat, s'était dit contre l'idée:

«Je ne pense pas que des réparations pour une chose qui est arrivée il y a 150 ans, et dont les personnes aujourd'hui vivantes ne sont pas responsables, soit une bonne idée»

Déjà quelques pionniers

Avant une décision au niveau fédéral, la question des réparations a déjà été abordée au niveau local. La petite ville d'Evanston, près de Chicago, est devenue en mars la première à décider d'indemniser ses habitants noirs à hauteur de dix millions de dollars sur les dix prochaines années. Les habitants correspondant aux critères recevront 25 000 dollars chacun pour financer leur crédit immobilier ou la rénovation de leurs logements.

Et en 2019, les étudiants de la prestigieuse université de Georgetown, à Washington, avaient approuvé symboliquement la création d'un fonds au profit des descendants d'esclaves vendus au XIXe siècle par les jésuites ayant créé l'établissement. (ats/jah)

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