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La France va protéger l'Europe avec son nucléaire. La Suisse aussi?

France's President Emmanuel Macron delivers a speech next to nuclear-powered ballistic missile submarine (SSBN) submarine "Le Temeraire" - S617 during his visit to the Nuclear Submarine ...
Emmanuel Macron, l'Ile-Longue, 2 mars 2026.Image: POOL

La France va protéger l'Europe avec son nucléaire. La Suisse aussi?

Ne pouvant plus compter sur les seuls Etats-Unis, l'Europe de la défense en construction a pris un virage nucléaire avec le discours d'Emmanuel Macron, lundi, sur la «dissuasion avancée». Du jamais vu encore. Deux généraux français et un diplomate suisse ont parlé à watson.
04.03.2026, 05:3404.03.2026, 07:18

La guerre israélo-américaine contre l’Iran des mollahs a fait de l’ombre à l’un des discours les plus importants prononcés par Emmanuel Macron au cours de son double mandat de président de la République. Lundi, à l’Ile-Longue, cette base du Finistère qui abrite les quatre sous-marins constituant la composante océanique de la dissuasion nucléaire française, le chef de l’Etat a instauré le concept de «dissuasion avancée».

Huit pays partenaires

L’idée, rapporte le journal Le Monde, est de «mettre en place (…) une coopération avec sept pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni, avec la possibilité pour les partenaires de se joindre aux exercices militaires de la dissuasion, ou de participer aux opérations dans leur dimension conventionnelle». Les sept pays de l’UE sont l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce, la Suède et le Danemark.

«Les premières étapes de la coopération commenceront dès cette année et pourront inclure des visites de sites stratégiques et des exercices conjoints»
Emmanuel Macron

«Cette ouverture vers l’Europe de la doctrine française s’est accompagnée d’une annonce majeure: une augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises (290 actuellement)», ajoute Le Monde. La dissuasion étant l’art du flou, la France ne communiquera plus sur les chiffres de son arsenal nucléaire, «contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé», a dit le président, également chef des armées.

«La bombe nucléaire restera sur l'aile»

La «dissuasion avancée» signifie qu’à l’avenir, la composante nucléaire aérienne française pourra stationner temporairement à l’étranger chez les Etats partenaires. Les explications du général français Nicolas Richoux, joint par watson:

«Il n’est pas question d’installer de façon permanente, autrement dit de prépositionner à l’étranger des bombes nucléaires françaises. Mais, en cas de crise grave nécessitant de faire parler la dissuasion, des bases alliées pourront accueillir pour une durée limitée des avions français équipés de l’arme nucléaire, dite de premier avertissement.»
Général Nicolas Richoux

«Premier avertissement» veut dire que la France s’accorde le droit de recourir au feu nucléaire en cas de menace imminente contre ses intérêts vitaux, avant même d'avoir été touchée, donc. La force stratégique proprement dite est celle embarquée à bord des SNLE, chacun d’eux étant muni de seize silos de lancement et pouvant à tout moment, où qu'ils se trouvent en mer, répondre de manière dévastatrice à une attaque elle-même dévastatrice: le principe de la dissuasion.

«1000 fois la puissance»

Emmanuel Macron l'a rappelé lundi, avec, dans son dos, le Téméraire, l’un des quatre SNLE français:

«Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est près de 1000 fois la puissance des premières bombes nucléaires.»
Emmanuel Macron

Trump a ouvert les yeux des Européens

Si la France reste entièrement maîtresse de l’engagement du feu nucléaire – ce qui a rassuré l’ensemble de la classe politique française –, on n’assiste pas moins à une évolution de la doctrine nucléaire hexagonale. Le parapluie nucléaire français s’étend désormais officieusement aux huit pays partenaires, le Royaume-Uni disposant par ailleurs de sa propre dissuasion, mais concertée avec les Etats-Unis, là où la France décide seule.

La remise en cause par Donald Trump des liens jusqu’ici indéfectibles unissant militairement les Etats-Unis et leurs partenaires européens au sein de l’Otan a ouvert les yeux. Un diplomate suisse en poste à Bruxelles observe:

«Emmanuel Macron a réussi à faire prendre conscience aux Européens que le parapluie nucléaire américain ne valait que ce qu’en dit le locataire de la Maison-Blanche»
Une diplomate suisse en poste à Bruxelles

Et la Suisse?

La Suisse, qui a officiellement mis fin à son programme de développement d'un armement nucléaire autonome en 1988, un an avant la chute du mur de Berlin, pourrait-elle manifester un intérêt pour le parapluie français? Le diplomate suisse en poste à Bruxelles éteint sur le champ cette hypothèse:

«En aucun cas. Même cachée dans un igloo dans le Pôle Nord, la Suisse ne parlerait pas de cette éventualité. C'est en quelque sorte tabou. Même si, bien évidemment, la Suisse bénéficierait aussi de cette dissuasion nucléaire»

«Déjà dans le Livre blanc sur la Défense de 1972»

Le général Nicolas Richoux, ancien commandant de le 7e brigade blindée, estime que le partenariat nouveau entre la France et huit Etats européens sur le plan nucléaire, «ne change pas grand-chose à l’approche qu’avait déjà la France sur ces sujets en 1972». Le général cite un passage du Livre blanc français sur la Défense paru cette année-là:

«(…) si la dissuasion est réservée à la protection de nos intérêts vitaux, la limite de ceux-ci est nécessairement floue. (…) La France vit dans un tissu d'intérêts qui dépasse ses frontières. Elle n'est pas isolée. L'Europe occidentale ne peut donc dans son ensemble manquer de bénéficier, indirectement de la stratégie française qui constitue un facteur stable et déterminant de la sécurité en Europe.»
Extrait Livre blanc Défense France 1972

«Il manque une missile style Tomahawk à l'Europe»

Qui dit dissuasion nucléaire, dit aussi dissuasion conventionnelle. Comme l’indique à watson le général français Michel Yakovleff, ancien vice-chef d'état-major du Commandement allié Opérations de l'Otan:

«Il manque aujourd’hui à l’Europe deux échelons de défense entre la dissuasion nucléaire proprement dite et l’armement conventionnel au sens où on l’entend, chars, avions, hélicoptères, etc. C’est, d’une part, la défense contre les missiles balistiques et, d’autre part, une arme procurant une réelle profondeur.»
Général Michel Yakovleff

C’est pourquoi les Européens, entre autres la France et l’Allemagne, ont lancé les programmes «Jewel», pour intercepter les missiles balistiques, et «Elsa», pour se doter d’un missile de croisière de type Tomahawk, avec une portée de 1000 à 1500 km. «Ces armements, reprend le général Yakovleff, participent de la dissuasion en ce qu’ils offrent des marges de manœuvre conventionnelles supplémentaires, permettant d'éviter d'avoir à entrer trop vite dans la phase nucléaire proprement dite.»

Dans son discours de l'Ile-Longue, Emmanuel Macron a mentionné les programmes «Jewel» et «Elsa», montrant par-là qu'ils étaient appelés à s'insérer dans cette future dissuasion européenne. Si la France continuera de payer seule son armement nucléaire pour garder son indépendances, elle peut espérer que l'Allemagne pour ne pas la nommer paie une bonne part du développement des armes restantes précitées.

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Video: watson
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