La France va protéger l'Europe avec son nucléaire. La Suisse aussi?
La guerre israélo-américaine contre l’Iran des mollahs a fait de l’ombre à l’un des discours les plus importants prononcés par Emmanuel Macron au cours de son double mandat de président de la République. Lundi, à l’Ile-Longue, cette base du Finistère qui abrite les quatre sous-marins constituant la composante océanique de la dissuasion nucléaire française, le chef de l’Etat a instauré le concept de «dissuasion avancée».
Huit pays partenaires
L’idée, rapporte le journal Le Monde, est de «mettre en place (…) une coopération avec sept pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni, avec la possibilité pour les partenaires de se joindre aux exercices militaires de la dissuasion, ou de participer aux opérations dans leur dimension conventionnelle». Les sept pays de l’UE sont l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce, la Suède et le Danemark.
«Cette ouverture vers l’Europe de la doctrine française s’est accompagnée d’une annonce majeure: une augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises (290 actuellement)», ajoute Le Monde. La dissuasion étant l’art du flou, la France ne communiquera plus sur les chiffres de son arsenal nucléaire, «contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé», a dit le président, également chef des armées.
«La bombe nucléaire restera sur l'aile»
La «dissuasion avancée» signifie qu’à l’avenir, la composante nucléaire aérienne française pourra stationner temporairement à l’étranger chez les Etats partenaires. Les explications du général français Nicolas Richoux, joint par watson:
«Premier avertissement» veut dire que la France s’accorde le droit de recourir au feu nucléaire en cas de menace imminente contre ses intérêts vitaux, avant même d'avoir été touchée, donc. La force stratégique proprement dite est celle embarquée à bord des SNLE, chacun d’eux étant muni de seize silos de lancement et pouvant à tout moment, où qu'ils se trouvent en mer, répondre de manière dévastatrice à une attaque elle-même dévastatrice: le principe de la dissuasion.
«1000 fois la puissance»
Emmanuel Macron l'a rappelé lundi, avec, dans son dos, le Téméraire, l’un des quatre SNLE français:
Trump a ouvert les yeux des Européens
Si la France reste entièrement maîtresse de l’engagement du feu nucléaire – ce qui a rassuré l’ensemble de la classe politique française –, on n’assiste pas moins à une évolution de la doctrine nucléaire hexagonale. Le parapluie nucléaire français s’étend désormais officieusement aux huit pays partenaires, le Royaume-Uni disposant par ailleurs de sa propre dissuasion, mais concertée avec les Etats-Unis, là où la France décide seule.
La remise en cause par Donald Trump des liens jusqu’ici indéfectibles unissant militairement les Etats-Unis et leurs partenaires européens au sein de l’Otan a ouvert les yeux. Un diplomate suisse en poste à Bruxelles observe:
Et la Suisse?
La Suisse, qui a officiellement mis fin à son programme de développement d'un armement nucléaire autonome en 1988, un an avant la chute du mur de Berlin, pourrait-elle manifester un intérêt pour le parapluie français? Le diplomate suisse en poste à Bruxelles éteint sur le champ cette hypothèse:
«Déjà dans le Livre blanc sur la Défense de 1972»
Le général Nicolas Richoux, ancien commandant de le 7e brigade blindée, estime que le partenariat nouveau entre la France et huit Etats européens sur le plan nucléaire, «ne change pas grand-chose à l’approche qu’avait déjà la France sur ces sujets en 1972». Le général cite un passage du Livre blanc français sur la Défense paru cette année-là:
«Il manque une missile style Tomahawk à l'Europe»
Qui dit dissuasion nucléaire, dit aussi dissuasion conventionnelle. Comme l’indique à watson le général français Michel Yakovleff, ancien vice-chef d'état-major du Commandement allié Opérations de l'Otan:
C’est pourquoi les Européens, entre autres la France et l’Allemagne, ont lancé les programmes «Jewel», pour intercepter les missiles balistiques, et «Elsa», pour se doter d’un missile de croisière de type Tomahawk, avec une portée de 1000 à 1500 km. «Ces armements, reprend le général Yakovleff, participent de la dissuasion en ce qu’ils offrent des marges de manœuvre conventionnelles supplémentaires, permettant d'éviter d'avoir à entrer trop vite dans la phase nucléaire proprement dite.»
Dans son discours de l'Ile-Longue, Emmanuel Macron a mentionné les programmes «Jewel» et «Elsa», montrant par-là qu'ils étaient appelés à s'insérer dans cette future dissuasion européenne. Si la France continuera de payer seule son armement nucléaire pour garder son indépendances, elle peut espérer que l'Allemagne pour ne pas la nommer paie une bonne part du développement des armes restantes précitées.
