La France secouée par une polémique autour d’un banquet
Grande bouffe inoffensive ou banquet très politique? Le Canon français est au centre d’une polémique depuis la diffusion, lundi, d’un reportage de la radio France Inter. Instaurées en 2021, pendant la période Covid, par un duo de jeunes entrepreneurs, ces agapes géantes réunissent à chaque fois des milliers de convives, hommes et femmes, en différents lieux de l’Hexagone.
Depuis 2024, la société compte parmi ses investisseurs le très catholique Pierre-Edouard Stérin, un milliardaire œuvrant à l’«union des droites», l’extrême et la républicaine, comme on les désigne en France.
«Le cochon fait fuir. Avec du cochon, tu es tranquille»
La prochaine édition du Canon français aura lieu le 30 mai à Colmar, avec pour thème, cela va de soi, un «Banquet alsacien». Mais c’est le «Banquet normand» du 18 avril à Caen qui fait grand bruit depuis lundi. Plus de 4000 personnes étaient rassemblées au Parc des expositions de la préfecture du Calvados. Micro caché, l’équipe de France Inter qui s’y trouvait en infiltration a constaté ce qu’elle subodorait: le Canon français a un fumet identitaire marqué.
@lecanonfrancais 🔥4150 canonniers réunis pour mettre le feu en Normandie ! #banquet #normandie ♬ son original - Le Canon Français
Sur son site, Radio France, le groupe auquel appartient France Inter, relate:
Alors que la Marseillaise retentit, l’un d’eux est filmé en train de faire un geste s’apparentant à un salut nazi, rapporte la radio publique. Un autre se livre à une diatribe:
Le geste s'apparentant à un salut nazi👇
🔴Le “Canon français”, une initiative créée il y a cinq ans, organise des banquets géants pour célébrer les produits locaux et le patrimoine français. De nombreux dérapages racistes sont aussi au menu. #JT20h pic.twitter.com/k9PpOLjFOJ
— Le20h-France Télévisions (@le20hfrancetele) May 4, 2026
«Une campagne de harcèlement»
Le 30 avril dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, Géraud de la Tour et Pierre-Alexandre de Boisse, le duo concepteur du Canon français, réagissaient à un premier article paru dans la presse régionale relatant des débordements qui seraient survenus à Caen:
A la suite du reportage de France Inter confirmant visiblement ce que rapportait la presse régionale, le binôme dirigeant du Canon français a condamné le racisme et réaffirmé qu’il fait «de l'événementiel, pas de la politique», les participants aux banquets devant signer une charte par laquelle ils s'engagent à ne pas faire de prosélytisme durant ces moments festifs. L’événement sentant le souffre, des «municipalités (…) ont décidé ces derniers mois d'annuler les banquets du Canon français qui étaient prévus dans leur commune, ce qui a suscité des vagues de haine sur les réseaux sociaux», rapporte le site France Info.
Bérets, marinières et bretelles
Au Canon français, les bérets et les marinières font chez certains office de costumes et les bretelles d'accessoires. Pour 80 euros la place, on y célèbre la convivialité et la mixité homme-femme, au son des standards de la variété, Delpech, Sardou, Aznavour. Des «marqueurs identitaires», dirait un sociologue. Une «France éternelle» comme en opposition à la «France halalisée» – l’expression d’Eric Zemmour, le leader du parti d’extrême droite Reconquête. Un nom en forme de programme politique dans une République en pleine «bataille culturelle».
En 2014, à Hayange, en Moselle, le maire récemment élu Fabien Engelmann, du Rassemblement national, avait créé la Fête du cochon, quand sa ville industrielle sinistrée comptait plusieurs commerces halal. Dans son esprit, c’était une «reconquête par le cochon».
Les organisateurs du Canon français visent manifestement une clientèle plus haut de gamme – 80 euros la place au banquet –, mais on peut appréhender leurs événements comme la volonté de marquer le territoire de l'idée qu'ils se font de la France.
