«Le froid entre dans les os»: SDF à Paris, ils racontent
Sur la place de la République à Paris, le thermomètre affiche 0°C et un vent froid balaie l'esplanade. Sylvain et Danish entament leur marche nocturne, une activité de précision qui constitue leur seul rempart contre l'engourdissement.
Leur parcours est calé sur les rotations de ce qu'ils appellent les «organisations de solidarité». Pour eux, la «distribution» commence chaque soir à 18h30 à la gare de l'Est pour les repas.
Des vies rythmées par les rations et la météo
Le calendrier est strict: République les mardis, jeudis et samedis; gare de l'Est les lundis, mercredis et vendredis. Sylvain, 52 ans, indique:
Sur leurs épaules, ils portent des sacs de 70 litres contenant des duvets et des vêtements de rechange. Ce chargement de quinze kilos impose une marche cadencée. Danish, 50 ans, confie:
Chaque soir, ils scrutent les prévisions météo sur l'écran d'un téléphone. Alors que le mercure doit «descendre à -3°C la semaine prochaine», Sylvain explique:
Une question de survie
Pour s'isoler du froid, Sylvain superpose six épaisseurs sur le haut de son corps: t-shirt, pull, polaire, gilet et deux blousons. Il indique:
Le bas est protégé par des collants sous le pantalon et deux paires de chaussettes. Sa tête est couverte d'un bonnet, d'une casquette et d'une chapka. Il ajoute:
Tous deux refusent l'alcool, car «ça engourdit et tu sais plus si tu as froid et tu peux y passer pendant la nuit».
A l'origine de leur situation, des coups durs
Danish est arrivé du Pakistan il y a trente ans avec son père. Après des années en salle dans un restaurant de Créteil, un conflit avec son patron qui le logeait l'a mis à la rue il y a trois mois. Il confie:
Sylvain, originaire de Drancy (banlieue parisienne, nord-est), a lui basculé après une séparation. Lorsqu'il parle de ses trois enfants, il cite les âges qu’ils avaient à son départ, il y a trois ans: 8, 12 et 16 ans. Il explique:
Il leur dissimule sa situation lors de ses appels hebdomadaires:
Dans la rue, les corps s'usent
La rue marque les corps brutalement. Dimanche soir, Sylvain s'est lui-même extrait deux incisives avec un mouchoir pour stopper une rage de dents «qui rend fou parce que tu ne peux plus manger ni dormir». Il montre ses gencives sans émotion:
La confiance entre voisins de trottoir est rare. Danish se souvient du vol de son duvet le mois dernier.
L’hiver dernier, Sylvain a connu une situation identique. Il raconte:
Vers minuit, les deux amis se mettent en marche avec leurs sacs, direction la gare de Lyon pour charger leurs téléphones et s'installer à leurs places, abritées du vent. Sylvain conclut:
