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Immersion dans le quotidien de deux SDF à Paris, en plein hiver

Un sans-abri dort sur un trottoir sous une couverture dans le centre de Paris, le 27 décembre 2025.
Un sans-abri dort sur un trottoir sous une couverture dans le centre de Paris, le 27 décembre 2025.Image: DIMITAR DILKOFF / AFP

«Le froid entre dans les os»: SDF à Paris, ils racontent

A Paris, deux sans-abris survivent à l’hiver grâce à une discipline mêlant marches nocturnes, superposition de vêtements et surveillance des calendriers de distribution de nourriture.
01.01.2026, 18:5201.01.2026, 18:52
Djilali BELAID, Paris / AFP

Sur la place de la République à Paris, le thermomètre affiche 0°C et un vent froid balaie l'esplanade. Sylvain et Danish entament leur marche nocturne, une activité de précision qui constitue leur seul rempart contre l'engourdissement.

Leur parcours est calé sur les rotations de ce qu'ils appellent les «organisations de solidarité». Pour eux, la «distribution» commence chaque soir à 18h30 à la gare de l'Est pour les repas.

Des vies rythmées par les rations et la météo

Le calendrier est strict: République les mardis, jeudis et samedis; gare de l'Est les lundis, mercredis et vendredis. Sylvain, 52 ans, indique:

«On a une montre dans la tête. Si tu arrives avec dix minutes de retard, il ne reste pas grand-chose»

Sur leurs épaules, ils portent des sacs de 70 litres contenant des duvets et des vêtements de rechange. Ce chargement de quinze kilos impose une marche cadencée. Danish, 50 ans, confie:

«S'arrêter, c'est laisser le froid entrer dans les os. Tant qu'on marche, on fabrique notre propre chaleur»
Ici, un sans-abri vit sous une ligne de métro aérienne.
Ici, un sans-abri vit sous une ligne de métro aérienne.Image: JOEL SAGET / AFP

Chaque soir, ils scrutent les prévisions météo sur l'écran d'un téléphone. Alors que le mercure doit «descendre à -3°C la semaine prochaine», Sylvain explique:

«On regarde les degrés pour savoir comment se préparer»

Une question de survie

Pour s'isoler du froid, Sylvain superpose six épaisseurs sur le haut de son corps: t-shirt, pull, polaire, gilet et deux blousons. Il indique:

«L'astuce, c'est de laisser de l'air entre les couches. Si tu es trop serré, l'isolation marche pas trop.»

Le bas est protégé par des collants sous le pantalon et deux paires de chaussettes. Sa tête est couverte d'un bonnet, d'une casquette et d'une chapka. Il ajoute:

«On perd la chaleur par le crâne, alors je ferme tout»

Tous deux refusent l'alcool, car «ça engourdit et tu sais plus si tu as froid et tu peux y passer pendant la nuit».

A l'origine de leur situation, des coups durs

Danish est arrivé du Pakistan il y a trente ans avec son père. Après des années en salle dans un restaurant de Créteil, un conflit avec son patron qui le logeait l'a mis à la rue il y a trois mois. Il confie:

«La honte est parfois lourde. Je ne veux pas que ma famille me voie dans cet état»

Sylvain, originaire de Drancy (banlieue parisienne, nord-est), a lui basculé après une séparation. Lorsqu'il parle de ses trois enfants, il cite les âges qu’ils avaient à son départ, il y a trois ans: 8, 12 et 16 ans. Il explique:

«Je sais qu’ils ont 11, 15 et 19 ans aujourd'hui, mais je n'arrive pas à les voir autrement. Le temps s'est arrêté le jour où j'ai dû partir.»

Il leur dissimule sa situation lors de ses appels hebdomadaires:

«Je leur dis que je loge chez un ami, je ne veux pas qu’ils soient traumatisés ou qu'ils s'inquiètent»

Dans la rue, les corps s'usent

La rue marque les corps brutalement. Dimanche soir, Sylvain s'est lui-même extrait deux incisives avec un mouchoir pour stopper une rage de dents «qui rend fou parce que tu ne peux plus manger ni dormir». Il montre ses gencives sans émotion:

«Ça lançait trop jusque dans le crâne. J'ai tiré un bon coup dessus et maintenant c'est fini, il n'y a plus de douleur.»

La confiance entre voisins de trottoir est rare. Danish se souvient du vol de son duvet le mois dernier.

«Il y en a qui récupèrent les dons pour les revendre. C'est la misère qui profite de la misère»
Certaines association, comme «La Mie du Pain» permet aux personnes dans le besoin de savourer un repas chaud.
Certaines associations, comme «La Mie du Pain» permet aux personnes dans le besoin de savourer un repas chaud.Image: ALAIN JOCARD / AFP

L’hiver dernier, Sylvain a connu une situation identique. Il raconte:

«Quand on te vole ton duvet en plein froid, c’est la cata. Tu n’as pas d’autre choix que de monter dans le Noctilien (Réd: le bus de nuit) et d’attendre le jour en faisant le tour de Paris.»

Vers minuit, les deux amis se mettent en marche avec leurs sacs, direction la gare de Lyon pour charger leurs téléphones et s'installer à leurs places, abritées du vent. Sylvain conclut:

«On somnole d'un œil mais on garde l'autre sur les affaires. A l'aube, la sécurité nous fait dégager et tout le manège recommence.»
Les images contenues dans le dossier Epstein
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Les images contenues dans le dossier Epstein

Ghislaine Maxwell, Bill Clinton et Kevin Spacey.

source: sda
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