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Le choix crucial de Macron pour le poste de premier ministre

Sous pression, Emmanuel Macron pourrait nommer le nouveau premier ministre la semaine prochaine déjà. watson a mesuré les avantages et désavantages de trois papables souvent cités pour occuper le post ...
Bernard Cazeneuve, Lucie Castets et Xavier Bertrand sont en compétition pour devenir premier ministre. Image: watson

La culottée, le notable ou le Ch'ti: Macron doit choisir son premier ministre

Sous pression, Emmanuel Macron pourrait nommer le nouveau premier ministre la semaine prochaine déjà. watson a pesé les avantages et désavantages de trois papables souvent cités pour le poste: Lucie Castets, Benard Cazeneuve et Xavier Bertrand.
15.08.2024, 18:5501.09.2024, 12:48
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Emmanuel Macron l’avait dit le 23 juillet dans une interview à la télévision: il désignerait son nouveau premier ministre à la mi-août, après la fin des JO et avant le début des paralympiques. Nous y sommes. L’annonce pourrait tomber la semaine prochaine. La pression s’accroît sur le président de la République pour qu’il ne diffère pas sa décision de plusieurs semaines encore. Le quotidien Libération, marqué à gauche, titrait mercredi:

«Un mois sans gouvernement: fini de jouer»

Dans l’affaire, c'est bien la gauche qui semble être la plus pressée. Elle tient sa candidate au poste en la personne de Lucie Castets, une haute fonctionnaire directrice des finances et des achats à la mairie de Paris. D’autres noms sont cités pour Matignon, siège du chef du gouvernement. Voyons les avantages et désavantages de trois d’entre eux.

Lucie Castets, 37 ans, l'inconnue culottée

Lucie Castets.
Lucie Castets.image: capture

Avantages

C’est une femme, dans la trentaine. Un genre et une jeunesse qui, indépendamment du positionnement politique de l’intéressée, peuvent jouer en sa faveur. Avant elle, il n’y a eu en France que deux femmes cheffes de gouvernement: Edith Cresson au début des années 1990 et dernièrement Elisabeth Borne. C’est peu. L’âge, ensuite. Au sortir des Jeux olympiques, qui ont été une ode à la jeunesse et qui se sont révélés si profitables aux sportifs français, nommer une personne de 37 ans pourrait avoir un sens symbolique fort. On resterait dans la dynamique imprimée par Gabriel Attal, premier ministre démissionnaire de 35 ans.

Coming out

Est-ce un avantage? La semaine dernière dans l’hebdomadaire Paris Match, Lucie Castets a fait son coming-out, révélant être mariée à une femme et avoir un enfant. Les Français pourraient lui être reconnaissants de cette franchise. Certains y voient l’argument dernière chance de celle qui n’a pas su imposer son nom sur des critères politiques stricto sensu. Notons que ce coming out a été fait dans un média Bolloré, du nom du milliardaire propriétaire de CNews, la chaîne proche du Rassemblement national. Mais Paris Match reste le passage people obligé des prétendants au pouvoir en France.

Lucie Castets, dont le nom pour Matignon est sorti du chapeau le 23 juillet, une heure avant l’interview ce soir-là d’Emmanuel Macron, peut se prévaloir d’avoir derrière elle à l’Assemblée nationale la coalition politique la plus fournie en sièges, 182. Celle du Nouveau Front populaire (NFP), qui regroupe La France insoumise (LFI), les socialistes, les écologistes et les communistes. Le NFP s’estime légitime pour gouverner du fait de cette «majorité». Mais que vaut-elle sur un total de 577 sièges?

Décidée

De façon à maintenir la pression les JO terminés, Lucie Castets a adressé lundi une lettre à tous les parlementaires (sauf aux élus Rassemblement national), où elle expose une sorte de discours de la méthode gouvernementale du NFP. Sa détermination sera-t-elle payante?

Désavantages

Jusqu’ici, Emmanuel Macron n’a donné aucun signe pouvant laisser penser qu’il pourrait nommer Lucie Castets à Matignon. La jeune femme présente un certain nombre de faiblesses.

Elle reste grandement inconnue des Français. Elle n'a jamais exercé le moindre mandat politique. Elle passe pour une candidate par défaut, le NFP, une famille déchirée, ayant été auparavant incapable de se mettre d’accord sur un nom de premier ministrable. Lucie Castets donne l'impression de faire le forcing: ses déplacements médiatisés, façon première ministre qu'elle n'est pas, auprès d'ouvriers d'usine, ont un côté factice, un brin ridicule.

Le boulet LFI

Avant – c’est tout récent – de concéder qu’elle aurait à bâtir des majorités au-delà de son camp si elle était nommée à Matignon, Lucie Castets a dit qu’elle entendait appliquer le programme du NFP, au motif que le NFP est sorti vainqueur des élections législatives anticipées du juin. Une déclaration contraire à tout bon sens, puisque la gauche, avec ses 186 sièges, est en réalité minoritaire à l’Assemblée nationale.

Mais c’est surtout la présence du groupe LFI dans le NFP qui rend très improbable la désignation de Lucie Castets à Matignon. Les élus LFI sont perçus comme des factieux par leurs nombreux adversaires, dont certains, on pense à des socialistes, sont rattachés de fait au NFP. Or Lucie Castets n’a jamais exclu la présence de ministres LFI dans un gouvernement qu’elle dirigerait. Dans cette hypothèse, les chances de survie d'un tel cabinet seraient probablement nulles.

Bernard Cazeneuve, 61 ans, le notable de gauche

epa05473080 French Interior Minister Bernard Cazeneuve arrives for the Defense Council with French President Francois Hollande in Paris, France, 11 August 2016. EPA/ETIENNE LAURENT
Bernard Cazeneuve.Image: EPA

Avantages

Bernard Cazeneuve a un côté teddy bear, nounours rassurant. Cet ancien premier ministre de décembre 2016 à mai 2017, avant cela ministre de l’Intérieur, plus tôt encore, du Budget, le tout sous la présidence socialiste de François Hollande, n’est pas familier des coups d’éclat.

Sans mandat politique depuis 2017, mais actif comme avocat au sein d’un cabinet d’affaires spécialisé dans les contentieux, Bernard Cazeneuve s’est en quelque sorte mis en réserve de la République. Cet ancien socialiste (il a quitté le parti) incarne la social-démocratie gestionnaire. Il n’effraie pas les marchés – pour une gauche plus à gauche, «la gauche de gauche», disait le sociologue Pierre Bourdieu, Bernard Cazeneuve est tout simplement de droite.

Un côté fait pour le job

Aux yeux d’Emmanuel Macron – qui entend bâtir une coalition, sinon une entente tacite allant des socialistes à la droite républicaine en passant bien sûr par le pôle central macronien Ensemble, deuxième force de l’Assemblée nationale, à 27 sièges du NFP – l’ex-premier ministre de François Hollande semble bâti pour le job.

Sur la question des valeurs et des principes, Bernard Cazeneuve, qui fut ministre de l’intérieur lors des grands attentats islamistes de 2015, se situe clairement dans le camp laïque, à l’unisson d’une majorité des Français. A ce titre, il est l’exact opposé des insoumis et d'une partie des écologistes. De La France insoumise qu'il déteste (c'est réciproque), il dit qu'«elle fabrique des votes d'extrême droite en quantité industrielle».

Homme coquet, ce veuf père de deux enfants, au verbe contrôlé, rarement un mot plus fort que l’autre, a une image de droiture et de fermeté tranquille. Il s’est dit prêt à reprendre du service à Matignon.

Désavantages

L’impression d’un déjà-vu. Sur un plan social, Bernard Cazeneuve est associé à cette gauche «social-traître», accusée de trahison par des électeurs de gauche. Ils lui reprochent les «cadeaux» accordés aux entreprises, au premier chef la loi travail de 2016, adoptée face à l'opposition de la rue. Elle introduisait de la «flexibilité» dans le contrat du travail, au seul profit des patrons, protestaient ses opposants.

Sur un plan politique, Bernard Cazeneuve est l'image de la gauche qui perd. En 2017, l’année de la victoire d’Emmanuel Macron, François Hollande, voyant sa cote au plus bas dans les sondages, avait renoncé à se représenter, une première sous la Ve République pour un président au terme de son premier mandat.

Xavier Bertrand, 59 ans, le Ch'ti roublard

French employment minister Xavier Bertrand leaves the Elysee Palace following the weekly cabinet meeting in Paris, Wednesday Jan. 4, 2012. (AP Photo/Remy de la Mauviniere)
Xavier Bertrand.Image: AP

Avantages

Serait-ce enfin son heure? Il a une bonne bouille, l’œil malin, la tchatche facile. Xavier Bertrand fait «peuple». Son étiquette d’ancien agent d’assurance, le métier qu’il exerçait avant d’entamer une carrière politique à plein temps, le situe du côté de ceux qui mouillent la chemise. A mi-chemin entre le pingre invoquant la clause cachée dans le contrat et le généreux versant le dédommagement au sinistré des eaux.

Une étiquette de candidat idéal pour la présidence de la République, il n’est jamais parvenu à se hisser à la première place parmi ses pairs de la droite républicaine. C’est peut-être aujourd’hui pour lui un bon point. Au fond, Xavier Bertrand, tout sauf neuf en politique, n’a jamais servi comme patron d’un exécutif national.

«Bienvenue chez les Ch’tis»

Autre avantage, il préside la région des Hauts-de-France, associé dans la mythologie française aux mines de charbon, à la leur fermeture, à la crise, au foot, à la bière, aux frites, à la dignité, au film Bienvenue chez les Ch’tis, à la montée inexorable du Rassemblement national. Moralité, pour tenir les Hauts-de-France, il faut être un bonhomme.

En plus, Quotidien, l’émission d’infotainment de Yann Barthès diffusée sur TMC, l’a à la bonne. Elle le croque souvent en président autoritaire, mais drôle, du Conseil régional.

Xavier Bertrand sait ce qu’il doit à la gauche: c’est grâce à elle si, alors opposé à Marine Le Pen, il a été élu à la tête des Hauts-de-France en 2015. Cet ancien ministre du travail dans des gouvernements de droite, de tendance gaulliste, c’est-à-dire sociale, est a priori disposé aux compromis. Cela tombe bien: il faudra en faire.

Désavantages

Certains lui trouvent une tête de «faux-cul». Il n’est arrivé qu’en quatrième position à la primaire de la droite de 2021 en vue de la présidentielle de 2022. Il a fait des siennes: démissionné des Républicains avant de reprendre sa carte. Son ambition transpire par tous les pores de sa peau. Si ses adversaires politiques lui reconnaissent un côté «bosseur» et une proximité avec le «peuple», ils lui reprochent un bilan écologique «catastrophique», même si cet ami des chasseurs n’est pas climato-sceptique.

En résumé, Xavier Bertrand a peut-être plus d’amis en dehors qu’à l’intérieur de son parti. Cela peut être un handicap, dès lors qu’il s’agira, comme premier ministre, de négocier en permanence des compromis avec son parti, qui tient à garder ses distances avec les macronistes.

D'autres noms, tous situés à droite ou au centre-doit, circulent pour occuper Matignon: Valérie Pécresse, Gérald Darmanin, Michel Barnier, Jean-Louis Borloo, Jean-Yves Le Drian, Richard Ferrand, etc. La liste est longue.

Cet athlète est médaille d'or de tricot
Video: watson
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