Elle n'avait que 25 ans et laisse pourtant derrière elle des souvenirs marquants. L'ambulancière ukrainienne Irina Tsyboukh, connue pour son engagement et ses apparitions dans les médias, a été tuée lors d'une attaque russe dans la région de Kharkiv, au nord-est de l'Ukraine.
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Plusieurs mois avant l'attaque, Irina Tsyboukh, dont le nom de guerre était «Tcheka», avait rédigé une lettre d'adieu, que son frère vient de publier.
L'ambulancière y a écrit des mots émouvants sur son rapport à la mort et son quotidien en temps de guerre.
«Bonjour, acceptez mes condoléances, je n'aime pas vous voir tristes», commence Tsyboukh dans sa lettre. Le désespoir lié à sa mort s'estompera, assure l'ambulancière. Elle poursuit:
Tsyboukh a rédigé ces lignes il y a plus d'un an, bien consciente qu'elle pouvait perdre la vie à tout moment:
Elle adopte ensuite un ton pensif et déplore «que seule la mort puisse nous permette de vivre dans une liberté absolue». L'ambulancière confie:
Selon elle, peu importe aujourd'hui ce que quelqu'un dit d'elle et de ses paroles. «Que ces phrases soient appréciées ou rejetées, l'opinion des autres ne m'intéresse pas, je suis morte.»
La liberté est la valeur suprême, poursuit la jeune femme.
Lorsque Tsyboukh rédigeait ces lignes, elle était sur le point de fêter son 25e anniversaire. Le 1er juin 2024 - soit trois jours seulement après sa mort - elle aurait eu 26 ans. Dans sa lettre, elle se remercie elle-même, ses parents, son frère, sa famille et ses amis de lui avoir permis d'être libre et de vivre la vie qu'elle voulait.
Les dix dernières années de sa vie ont été marquées par la guerre. Dès 2014, elle a travaillé bénévolement à plusieurs reprises pour l'organisation Hospitallers. Elle a également réalisé un film sur les enfants qui ont grandi dans les régions de Donetsk et de Louhansk en proie à la guerre. Après l'invasion totale de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022, elle s'est portée volontaire et a travaillé comme ambulancière sur le front.
L'invasion à grande échelle de la Russie l'a amenée à «ne plus être esclave de [ses] peurs», écrit Tsyboukh dans sa lettre d'adieu. Elle n'a pas pu s'en séparer complètement, mais elle espère qu'elle y parviendra et que cette lettre l'y aidera.
«Aujourd'hui, ici dans la région de Donetsk, je suis sur mon chemin, je suis moi-même et je fais ce que je veux», écrit-elle. Il n'y a rien de plus important, «c'est pourquoi cette lettre est si simple - en ce moment, et même si cela arrive, je ne suis pas triste de mourir, car je vis enfin la vie que je veux». Mais pour ressentir cette «indispensable et véritable liberté, je vais devoir passer par plus d'une séance de thérapie, d'angoisses et de larmes».
Elle a également adressé quelques lignes manuscrites à son frère. «Si je le peux, je te soutiendrai depuis le ciel», peut-on y lire.
Elle ajoute que son frère Jurij devrait chérir ces souvenirs et ne pas les laisser l'énerver. «Seuls les courageux trouvent le bonheur et il vaut mieux mourir que de pourrir vivant.»
En juillet 2022, elle avait déjà accordé une interview à l'édition ukrainienne du magazine Elle, dont elle avait également fait la couverture. Elle avait alors déclaré que les guerres se caractérisaient par une grande «liberté de mouvement». La guerre est un «combat sans règles», a-t-elle ajouté.
«Je n'ai jamais voulu faire la guerre. Je déteste tout ce qui nous arrive», a déclaré Tsyboukh à Elle. Elle s'est décrite comme «une fille qui aime voyager et mener des projets éducatifs pour les enfants». Elle n'a toutefois pas rêvé toute sa vie d'être ambulancière.
Hospitallers Paramedics, l'organisation pour laquelle Tsyboukh travaillait, a consacré un article à l'ambulancière sur Facebook. «Cela ressemble à un rêve», peut-on y lire. «Tcheka» serait décédée pendant sa rotation sur le front dans la région de Kharkiv:
(Traduit et adapté par Chiara Lecca)