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Guerre contre l'Ukraine

Des médecins ukrainiens racontent l'horreur de la guerre

Des médecins militaires ukrainiens et des organisateurs participent à une séance d'activités motrices dans le cadre du programme RePower, une retraite en montagne destinée à favoriser le rétablis ...
Des médecins militaires ukrainiens et des organisateurs participent à une séance d'activités motrices dans le cadre du programme RePower, une retraite en montagne destinée à favoriser le rétablissement psychologique et le bien-être mental des médecins militaires ukrainiens.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

«Les odeurs, ce n'est pas le pire»: des médecins ukrainiens racontent

Epuisés par la guerre et la mort omniprésente, des soignants militaires ukrainiens suivent une retraite thérapeutique dans les Carpates pour tenter d’apaiser leurs traumatismes avant leur retour au front.
02.01.2026, 07:0502.01.2026, 07:05
Barbara WOJAZER, Ukraine / AFP

Roma Zukh, soignant militaire au sein de l'armée ukrainienne, a appris une triste leçon après bientôt quatre ans d'invasion russe: ne pas trop s'attacher à ses frères d'armes, car ils peuvent être tués à tout moment.

Cet ancien chauffeur routier aux yeux bleus et à la barbe rousse a perdu trop d'amis pour en voir de nouveaux subir le même sort. L'homme de 37 raconte:

«On se souvient de chacun d'entre eux (…) ceux avec qui on a été blessé, ceux qui se sont enrôlés en même temps (…) et ceux qu'on ne reverra jamais.»

Protéger sa santé mentale

Pour éviter de nouveaux traumatismes, Zukh s'efforce désormais de garder ses distances, après avoir récemment rejoint un nouveau bataillon. Il énonce:

«Je ne m'assois pas à la même table pour déjeuner, par exemple»

Le lourd bilan de la guerre est une dure réalité quotidienne pour les centaines de soignants ukrainiens, dont la santé mentale est fortement affectée par les images, les sons et les odeurs du front.

Un séjour en colonie pour se ressourcer

A plus de 1000 kilomètres du champ de bataille, au cours d'une retraite de dix jours à la montagne pour l'aider à se remettre de ce qu'il a vécu, Roma Zukh a vu sa règle d'or être mise à l'épreuve.

Organisé dans des chalets en bois dans les Carpates, dans l'ouest de l'Ukraine, le programme RePower ressemble fortement à un camp de vacances pour enfants, avec des cours de poterie, des randonnées et même des ateliers de préparation de sushis. Pour certains, le soulagement a été immédiat.

Le médecin militaire ukrainien Roman Zukh, qui participe ici à une séance d'activités motrices dans le cadre du programme RePower.
Le médecin militaire ukrainien Roma Zukh, qui participe ici à une séance d'activités motrices dans le cadre du programme RePower.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

Lorsque la voiture transportant Dmytro Kunytskiï a commencé à gravir les montagnes, cet homme de 20 ans a été submergé par un sentiment longtemps oublié. Il se remémore:

«Nous avons ouvert les fenêtres et l'air s'est rempli de l'odeur des pins. Nous étions tout simplement très heureux, comme de petits enfants»

Pour autant, laisser complètement le front derrière soi n'est pas chose aisée. Kunytskiï était souvent au téléphone, déléguant des tâches à son équipe restée là-bas.

Apprendre à vivre avec de très lourds souvenirs

Il occupe depuis deux ans un poste qui l'oblige à récupérer et à examiner les corps de ses camarades tués au combat. Il raconte, les yeux encore cernés de rouge:

«J'ai des flashbacks. L'odeur du sang (…) vous n'avez aucune chance de vous laver immédiatement. Et à chaque respiration, vous sentez l'odeur du sang.»
«Mais les morts, les odeurs, ce n'est rien comparé à la perte de tant d'amis»

Les psychologues qui travaillent avec les soignants dans le camp reconnaissent qu'ils sont confrontés à des cas difficiles. Ils vont bientôt retourner au front, ce qui rend risquée toute thérapie approfondie. Le docteur Andriï Anpleïev explique:

«Nous avons besoin de temps pour stabiliser les gens. C'est quelque chose de nouveau: travailler sur un traumatisme alors que les conditions traumatisantes sont toujours présentes.»

Ils doivent donc recourir à des méthodes créatives.

Sur cette photo, le médecin militaire ukrainien Dmytro Kunytskyi attend patiemment les séances de yoga et de thérapie par le son.
Sur cette photo, le médecin militaire ukrainien Dmytro Kunytskyi attend patiemment les séances de yoga et de thérapie par le son.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

Au cours d'une expérience de «guérison par le son», une dizaine de soignants militaires étaient allongés sur des tapis de yoga, se relaxant au son des vagues qui clapotaient sur une plage et de forêts remplies d'oiseaux qui gazouillaient.

Soudain, un ronflement grandissant a failli briser la tranquillité : Roma Zukh s'était endormi. Allongés sous leurs couvertures, les autres ont réprimé un sourire, essayant de rester dans l'instant présent.

Les horreurs de la guerre dans toutes les têtes

Après des séances en soirée avec un psychologue, ils dînent dans un restaurant local décoré de peintures de montagnes et de guirlandes lumineuses.

La guerre domine même ces moments de détente, comme pendant un jeu qui consiste à tenter de faire deviner un certain mot à ses coéquipiers sans pouvoir le prononcer. «Nous n'en avons pas assez», tente l'un des participants. «Du sang!», répond immédiatement son équipe.

Une tentative de mimer le mot «short» en coupant un pantalon imaginaire a échoué. «Des garrots!», a proposé l'équipe, pensant aux dispositifs qui s'attachent autour de membres pour stopper les hémorragies graves.

Les participants d'adonnent ici à un cours de fabrication de pysankas, l'art traditionnel ukrainien de décoration d'œufs.
Les participants d'adonnent ici à un cours de fabrication de pysankas, l'art traditionnel ukrainien de décoration d'œufs.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

En quelques jours seulement, les soignants se sont rapprochés, créant un groupe WhatsApp pour rester en relation une fois de retour au front.

Roma Zukh s'est également engagé à garder le contact, même s'il ne peut pas se débarrasser de son inquiétude. Il conclut:

«Comment ne pas m'inquiéter pour eux? Bien sûr que je m'inquiète, mais ils s'en sortiront. Je l'espère»
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