Le Kremlin prive les Russes de leurs portables par intermittence
A Tver, une cité historique à deux heures de route de Moscou, les habitants ont pris l'habitude de devoir parfois se passer de téléphone portable. Une des conséquences de la guerre avec l'Ukraine, comme l'inquiétude causée par les attaques de drones.
Dans de nombreuses régions occidentales de la Russie, les autorités coupent systématiquement l'internet mobile lors d'attaques ukrainiennes, une stratégie qui permet de perturber les systèmes de navigation des drones.
Après presque quatre ans de guerre, ces attaques sont devenues de plus en plus fréquentes des deux côtés du front. Moscou frappe régulièrement les infrastructures électriques ukrainiennes, mais Kiev cible avec ses drones les raffineries de pétrole russes.
Une partie du quotidien
Les autorités russes avaient d'abord introduit ces coupures téléphoniques il y a quelques mois à titre expérimental, par crainte de déclencher une réaction hostile de la population. Elles font désormais partie du quotidien.
«Le seul inconvénient c'est l'absence d'internet. Tout le reste, on peut s'en accommoder», dit Antonina, comptable de 42 ans qui réside dans cette ville de 400 000 habitants à 180 km au nord-ouest de Moscou.
Sans surprise, le soldat Ivan Noulev, en permission, approuve ces mesures, qui peuvent durer parfois pendant de longues heures lors desquelles seuls les services essentiels continuent de fonctionner.
Une autre habitante, Natalia, directrice d'entreprise, estime même que «parfois, l'absence d'internet est très bonne pour nos enfants».
«Beaucoup de tension»
Depuis le début de l'offensive lancée par la Russie en février 2022, plusieurs réseaux sociaux occidentaux ont été interdits dans le pays, tels X, Instagram ou Facebook. Même la messagerie Whatsapp est dans le viseur des législateurs. Et malgré l'apparente imperturbabilité ambiante, certains signes montrent que les nerfs sont à vif.
«Dans l'ensemble, il y a beaucoup de tension dans la société. Bien sûr, on la ressent davantage ici qu'à Moscou», explique Maxime, développeur de logiciels de 39 ans originaire de la capitale russe, qui séjourne dans sa maison de campagne près de Tver. «Je pense que tout le monde ressent les conséquences négatives» du conflit, ajoute-t-il avec réticence.
Le mois dernier, des débris de drone ukrainien ont provoqué un incendie dans un immeuble d'habitation de la ville, blessant sept personnes. Tôt mardi, le gouverneur régional a signalé par erreur qu'une personne avait été tuée lorsqu'un drone ukrainien s'était écrasé sur un immeuble d'habitation. Il s'est avéré qu'il s'agissait d'une explosion de gaz domestique.
Le ministère russe de la Défense a malgré tout rapporté que six drones ukrainiens avaient été abattus au-dessus de la région de Tver, située à plus de 400 kilomètres de l'Ukraine. «Bien sûr que ce n'est pas sûr. Je m'inquiète à propos des drones», confie Olga, une habitante de Tver, interrogée sur la situation en ville.
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Comme d'autres personnes interrogées, elle a refusé de donner son nom de famille, alors que toute critique des autorités et de l'offensive russe en Ukraine peut valoir de lourdes sanctions.
Fatigue face à la guerre
Selon un sondage d'opinion de décembre 2025 du centre indépendant Levada – déclaré «agent de l'étranger» par les autorités russes – le soutien de la population aux forces armées reste élevé, à 73%, mais diminue depuis plusieurs mois.
Signe d'une certaine fatigue face à la guerre, la proportion de ceux qui voudraient des négociations de paix atteint 66%, tandis que la proportion de ceux qui voudraient la poursuite des combats (25%) est à son plus bas niveau, selon cet institut. (jzs/afp)
