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Comment la Turquie cherche à éviter la guerre à tout prix

Erdogan veut à tout prix éviter la guerre
Recep Tayyip Erdogan veut à tout prix éviter la guerre, mais ne veut pas non plus qu'Israël triomphe.

Pourquoi la Turquie redoute un effondrement de l'Iran

Le président turque Recep Tayyip Erdogan redoute une mobilisation de combattants kurdes contre Téhéran poussés par les États-Unis. Et cela pourrait avoir des conséquences pour l’Europe.
06.03.2026, 10:1606.03.2026, 10:16
Susanne Güsten, Istanbul / ch media

La Turquie craint de sortir perdante de la guerre contre l’Iran. L’interception d’un missile iranien dans le sud du pays montre avec quelle rapidité elle pourrait être entraînée dans le conflit qui se déroule chez son voisin.

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Des informations évoquant des projets américains visant à envoyer les Kurdes combattre Téhéran renforcent le malaise à Ankara. Mais surtout, le président Recep Tayyip Erdogan redoute qu’Israël, rival régional, ne profite de la guerre pour étendre sa domination au Moyen-Orient.

Pour Erdogan, il ne fait aucun doute quant aux responsabilités dans la guerre contre l’Iran. Selon le président turc, les attaques contre la République islamique auraient commencé après une «provocation» du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Son allié ultranationaliste, Devlet Bahceli a, lui, qualifié Israël d’«Etat terroriste barbare».

Le gouvernement Erdogan fait pourtant tout pour maintenir la Turquie à l’écart de la guerre. Même après l’interception mercredi d’un missile iranien au-dessus de la province de Hatay, Ankara n’envisage pas de solliciter l’aide de l’Otan ni d’invoquer la clause de défense collective. Selon des responsables gouvernementaux, le missile ne visait pas la Turquie et se serait probablement écarté de sa trajectoire alors qu’il se dirigeait vers Chypre.

La Turquie préfère un Iran affaibli

Ces dernières semaines, la Turquie avait même tenté de jouer les médiateurs dans le différend nucléaire entre l’Iran et les Etats-Unis, proposant notamment une rencontre de clarification à Istanbul. Erdogan n’a toutefois pas pu empêcher le déclenchement de la guerre.

Malgré ses critiques à l’égard d’Israël, Ankara ne se range pas aux côtés de Téhéran. Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a ainsi accusé l’Iran d’avoir adopté «une stratégie incroyablement erronée» en bombardant les Etats arabes du Golfe.

Même avant la guerre, la Turquie et l’Iran, héritiers d’empires rivaux, n’étaient pas des alliés. Depuis le début de la guerre à Gaza il y a plus de deux ans, Ankara a profité de l’affaiblissement de l’Iran, qui lui offrait une marge de manœuvre accrue dans la région, en particulier en Syrie.

Dans le même temps, Téhéran restait un partenaire économique important pour la Turquie. L’Iran est le troisième fournisseur de gaz du pays et envoie chaque année des millions de touristes à Istanbul et dans d’autres villes turques.

Un Iran affaibli convient donc à la Turquie, mais pas l’effondrement du régime, comme l’explique le politologue turc et spécialiste de l’Iran Arif Keskin explique:

«Si le régime iranien s’effondrait, une guerre civile pourrait éclater, l’Iran pourrait se fragmenter et des groupes terroristes pourraient en profiter»

La stratégie américaine inquiète

Le gouvernement d'Erdogan surveille de près sa frontière de 500 kilomètres avec l’Iran. Au cours des dernières décennies, les guerres dans les pays voisins du sud, l’Irak et la Syrie, ont poussé des millions de réfugiés vers la Turquie.

Selon Arif Keskin, un scénario comparable pourrait désormais se produire en Iran. Le politologue:

«Et il ne s’agirait pas seulement d’Iraniens. Plusieurs millions d’Afghans vivent en Iran. Ils pourraient tenter de rejoindre l’Europe. C’est pourquoi l’effondrement de l’Etat iranien ne serait pas non plus dans l’intérêt de l’Europe.»

Contrairement à ses critiques à l’encontre d’Israël, Recep Tayyip Erdogan évite de formuler publiquement des accusations contre les Etats-Unis, car il ne veut pas compromettre sa bonne relation avec Donald Trump.

Mais les projets américains visant à déployer des Kurdes iraniens armés contre le système théocratique de Téhéran inquiètent désormais les responsables politiques turcs. Selon certains médias, la CIA a commencé à entraîner et à armer en Irak des groupes d’exilés kurdes iraniens.

En cas de besoin, ces groupes pourraient être envoyés en Iran pour déstabiliser le régime de Téhéran par un soulèvement. C’est pourquoi les forces armées iraniennes bombardent avec des missiles des bases de ces Kurdes en exil en Irak.

Pour la Turquie, qui cherche à régler son propre conflit avec les Kurdes par un processus de paix, ce projet américain est alarmant. Arif Keskin estime:

«L’Amérique et Israël veulent ouvrir un nouveau front avec les Kurdes. C’est une initiative très risquée»

(trad. joe)

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