International
Moyen-Orient

La guerre en Iran est un désastre pour Dubaï: les conséquences

La guerre en Iran a fait perdre aux Emirats arabes unis leur réputation de territoire sûr.
La guerre en Iran a fait perdre aux Emirats arabes unis leur réputation de territoire sûr.Image: AP

Les ultrariches «fuient» Dubaï et visent ce tout petit pays

Frappés par la guerre avec l’Iran, les Emirats arabes unis, et en particulier Dubaï, voient vaciller leur modèle de prospérité fondé sur la stabilité et la sécurité, tandis que capitaux, expatriés et touristes fuient en masse.
19.03.2026, 05:3519.03.2026, 05:35
Michael Wrase, Limassol, Chypre / ch media

Depuis leur indépendance il y a 55 ans, les Emirats arabes unis n'ont cessé de se développer. Le moteur de cette ascension: la ville de Dubaï, dont les dirigeants ont su transformer en «or» presque tout ce qu'ils ont entrepris.

«Notre émirat doit toujours être numéro un», telle est la devise du cheikh Mohammed ben Rachid Al Maktoum, l'émir de Dubaï. «Celui qui est deuxième n'intéresse personne.»

👉 L'actu en direct sur la guerre en Iran, c'est par ici

Il y a une semaine encore, l'émir avait encore déambulé ostensiblement dans le luxueux centre commercial Dubai Mall, pour rassurer les clients, leur intimant qu'ils n'avaient rien à craindre. La télévision locale avait montré Al Maktoum en conversation avec un groupe d'Asiatiques, à qui il demandait en souriant s'ils étaient heureux à Dubaï. La réponse fut bien sûr un long et éclatant «Ouiii».

L'émir Mohammed ben Rachid Al Maktoum.
L'émir Mohammed ben Rachid Al Maktoum.Image: Imago

Une image fortement ébranlée par le conflit

En réalité, au moment de cette tournée promotionnelle, des dizaines de drones et de missiles iraniens s'abattaient sur l'émirat: plus de 2200 drones et près de 400 missiles au cours des deux premières semaines de guerre.

Après les frappes américaines sur l'île de Kharg samedi, le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a menacé les Emirats arabes unis de nouvelles attaques, encore plus violentes. Les Etats-Unis auraient en effet bombardé le terminal pétrolier insulaire depuis le territoire arabe voisin de l'Iran.

Ces bombardements incessants, qui ont une nouvelle fois touché l'aéroport international, lundi et mardi, sont une catastrophe pour Dubaï. Le modèle économique de l'émirat reposait sur une idée simple: bien que situé dans une région des plus instables, il avait constitué, pendant 55 ans, un «bastion de la stabilité», à l'abri des guerres et des conflits.

Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi affime que c'est l'Iran qui décidera de la fin de la guerre.
Le ministre des affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi.Keystone

La guerre avec l'Iran a désormais réduit à néant l'idée selon laquelle des gratte-ciel étincelants, une puissance financière concentrée et un goût pour le luxe débridé pourraient servir de rempart infranchissable contre les nombreuses turbulences du Moyen-Orient.

Sévèrement punis pour avoir filmé des missiles

Une grande part du succès de Dubaï reposait «sur la conviction de ne pas se trouver au Moyen-Orient», explique l'expert américain en terrorisme Bernard Hudson. L'émirat aurait désormais été rappelé à la réalité: il vit dans «une partie instable du monde qu'il ne peut pas influencer».

«Dubai is finished», titrait peut-être avec un brin de sensationnalisme le journal britannique Daily Mail en Une, samedi dernier. Le tabloïd londonien citait des expatriés britanniques «traumatisés» qui annonçaient avant leur départ qu'ils ne «reviendraient jamais à Dubaï», notamment car il serait impossible d'y faire des affaires pour une durée indéterminée.

Par ailleurs, plusieurs Britanniques ayant posté en ligne des images de missiles en approche auraient été traités «comme des criminels», déplorait le Daily Mail. Ils devraient désormais purger deux ans de prison et payer une amende de 40 000 livres sterling (42 000 francs).

Une image de la partie endommagée d'un des bâtiments du Centre financier international de Dubaï (DIFC), suite aux débris résultant de l'interception d'une attaque par drone iranien à Du ...
Une image de la partie endommagée d'un des bâtiments du Centre financier international de Dubaï (DIFC), suite aux débris résultant de l'interception d'une attaque par drone iranien, le 13 mars 2026.Keystone

Dire que Dubaï est «finie» serait sans doute exagéré. Il ne fait cependant aucun doute qu'une grande vague d'émigration a commencé. Selon des informations du Wall Street Journal, des gestionnaires de fortune et des avocats reçoivent des appels de clients souhaitant transférer leur argent vers des régions plus sûres, notamment Singapour. Ryan Li, directeur du cabinet d'avocats singapourien Bayfront Law, formule avec diplomatie:

«Personne ne placera plus sa fortune en se berçant de l'illusion qu'il n'y a pas de tensions géopolitiques.»

Une catastrophe pour le secteur hôtelier

Dubaï avait attiré à elle seule 9800 millionnaires rien que l'année dernière. Au total, ce sont plus de 86 000 ultrariches qui ont fait de Dubaï (après Londres, Paris et Milan), la métropole affichant la quatrième plus haute densité de millionnaires au monde.

Les chiffres précis sur l'exode de grandes fortunes amorcé ne sont en revanche pas encore disponibles. La demande de jets privés pour «fuir Dubaï» est cependant extrême, et les listes d'attente semblent longues.

Nombre des plus de 170 hôtels cinq étoiles de l'émirat ont licencié des employés et envisagent de fermer leurs portes si la guerre ne prend pas fin rapidement. Selon la revue spécialisée Tourism Economics, la guerre avec l'Iran pourrait entraîner une baisse de la fréquentation touristique allant jusqu'à 27%, ce qui représenterait une perte de recettes pouvant atteindre 56 milliards de dollars américains.

A black plume of smoke rises from a warehouse at the industrial area of Sharjah City in the United Arab Emirates following reports of Iranian strikes in Dubai, United Arab Emirates, Sunday, March 1, 2 ...
Un panache de fumée s'élève d'un entrepôt situé dans la zone industrielle de la ville de Sharjah (nord-est), aux Emirats arabes unis, après des frappes iraniennes, le dimanche 1er mars 2026.Keystone

Colère des habitants à l'encontre de Trump

La situation sur le marché immobilier est tout aussi dramatique. Les attaques iraniennes ont frappé Dubaï au sommet d'un boom de plusieurs années. Au premier trimestre 2025 seulement, les prix de l'immobilier résidentiel avaient augmenté de 60% selon une note de l'analyste Fitch Ratings.

Le marché serait désormais soumis à une «correction drastique». Les premières estimations font état d'une perte de valeur de 50%. Nabil Milalo, gestionnaire de portefeuille chez Edmond de Rothschild Asset Management, a ainsi formulé sarcastiquement:

«Grâce à l'Iran, la prime de risque géopolitique est désormais élevée et le restera»

Mais la colère des quatre millions d'habitants de Dubaï, dont 90% sont des expatriés, ne vise pas uniquement l'Iran. Dans une publication sur les réseaux sociaux adressée personnellement à Donald Trump, Khalaf al Habtoor, l'un des principaux promoteurs immobiliers de Dubaï, a demandé:

«Sur quelle base vous avez pris une décision aussi dangereuse? Avez-vous réellement calculé les énormes dommages collatéraux avant d'appuyer sur la gâchette?»
Khalaf Al Habtoor.
Le promoteur immobilier Khalaf al Habtoor en veut à Trump.Image: Keystone
Si Dubaï vous fascine, voici d'autres photos
1 / 9
Si Dubaï vous fascine, voici d'autres photos
source: imgur
partager sur Facebookpartager sur X
Iran: quatre dépôts pétroliers frappés à Téhéran et ses environs
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Ce coup de fil ukrainien avec Elon Musk a piégé l’armée russe
Alors que Donald Trump continue de soutenir le chef du Kremlin, Elon Musk a permis à l'Ukraine de remporter un avantage décisif. Tout a commencé par un appel téléphonique particulier à l'ancien ministre ukrainien du Numérique, Mikhaïlo Fedorov, promu depuis ministre de la Défense.
Personne ne se hasarde à parler d'un tournant dans la guerre en Ukraine. Pourtant, l'offensive ukrainienne dans la région de Dnipropetrovsk constitue l'une des premières lueurs d'espoir pour cette région assiégée depuis plus d'un an et demi. Comme l'indique l'Institute for the Study of War dans son analyse quotidienne, l'avancée ukrainienne oblige l'armée russe à se regrouper et à réduire ses propres efforts offensifs.
L’article