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Une ombre russe plane sur la présidentielle française

Une menace russe plane sur la présidentielle française

Les ingérences russes se multiplient sur les réseaux sociaux en France à l'approche des élections. Des élus réclament des mesures pour s'en prémunir, et ciblent notamment Tik Tok.
06.08.2026, 16:5406.08.2026, 16:54
Sophie DEVILLER, paris / afp

A huit mois de la présidentielle française, les ingérences russes visant des candidats s'intensifient en France même si elles restent peu visibles. Le gouvernement rappelle qu'il a récemment présenté un projet de loi, mais une partie de la gauche demande aussi de cibler les plateformes comme TikTok ou X.

«Si on ne fait rien pour se protéger, l'élection peut être faussée», s'est inquiété jeudi sur la radio RTL Gabriel Attal, ancien premier ministre de la majorité du président Emmanuel Macron, directement visé, accusant «la Russie de vouloir voler» ce scrutin aux Français. Une série d'opérations de déstabilisation, attribuées à des réseaux prorusses, ont ciblé en quelques jours trois candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle.

epa12444736 President of French Renaissance party Gabriel Attal arrives at the Elysee Palace for a meeting with French President Emmanuel Macron in Paris, France, 10 October 2025. The French president ...
Gabriel AttalKeystone

Le candidat de centre droit Edouard Philippe a été calomnié sur son état de santé, l'eurodéputé de gauche Raphaël Glucksmann a été visé à travers sa compagne, la journaliste Léa Salamé, accusée d'avoir soudoyé des médias pour favoriser la candidature de son mari. Quant à Gabriel Attal (centre droit), il a été présenté comme potentiellement atteint de la maladie de Parkinson.

Même si ces opérations sont restées peu visibles d'après une source sécuritaire, il s'agit des premières visant directement depuis le début de la campagne des prétendants à la présidence.

Des «menaces lourdes sur l'élection»

Mercredi soir, le premier ministre Sébastien Lecornu a réagi en rappelant que le gouvernement avait présenté fin juillet un projet de loi en Conseil des ministres. Le texte prévoit un durcissement des peines pour les personnes ayant diffusé des fausses informations dans un contexte électoral: d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende, elles seront portées à trois ans et 45 000 euros. Et elles pourront aller jusqu'à six ans de détention lorsque l'altération du scrutin a été réalisée «pour servir les intérêts d'une puissance, d'une entreprise ou d'une organisation étrangères».

L'exécutif a aussi présenté un décret prévoyant la création d'une «commission d'information» qui aura pour mission d'informer le public et les candidats en cas d'ingérences. Le premier ministre avait reçu en juin les partis politiques, évoquant des «perspectives de menaces lourdes sur l'élection présidentielle».

Interpellé par le leader de La France insoumise (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon, qui déplorait que son mouvement ait depuis envoyé des propositions au gouvernement sans recevoir «de nouvelles», Sébastien Lecornu a indiqué souhaiter poursuivre «à la rentrée» ce «travail en commun» avec les formations politiques.

Un précédent en Roumanie

Mais une partie de la gauche estime que le gouvernement ne va pas assez loin et souhaite aussi cibler les plateformes étrangères comme TikTok ou X. Raphaël Glucksmann demande ainsi aux autorités françaises et européennes de ne pas avoir «la main qui tremble» s'il faut sanctionner ces réseaux.

Et de rappeler les soupçons entourant le candidat d'extrême droite Calin Georgescu lors de la présidentielle de 2024 en Roumanie. Arrivé à la surprise générale en tête du premier tour, il a été accusé par les autorités roumaines d'avoir bénéficié d'une campagne de soutien illicite orchestrée par Moscou, notamment sur TikTok.

L'élection a été annulée et le pro-européen Nicusor Dan a finalement remporté le scrutin quelques mois plus tard. «Il n'y a pas eu de sanctions prises contre TikTok», a déploré Raphaël Glucksmann.

epa12523846 Co-president of French center-left party Place publique (PP) Raphael Glucksmann attends a ceremony marking a decade since the November 2015 Paris attacks at the 'Jardin du 13 novembre ...
Raphaël GlucksmannKeystone

La patronne des Ecologistes Marine Tondelier va encore plus loin proposant de suspendre en France des réseaux comme X le temps de la campagne «en cas d'ingérences constatées en amont».

Silence de la droite et l'extrême droite

Depuis qu'il a racheté Twitter devenu X, en 2022, le milliardaire américain Elon Musk multiplie les messages politiques sur sa plateforme. Début juillet, il a notamment qualifié la candidature de Marine Le Pen (Rassemblement national, extrême droite) de «dernier espoir pour la France».

Face aux opérations de déstabilisation des derniers jours, droite et extrême droite restent à ce stade silencieuses. Politiquement, le sujet est sensible pour le Rassemblement national en raison des liens passés du parti avec la Russie à travers notamment un prêt contracté auprès d'une banque russe dans les années 2010.

En 2025, le président du parti, Jordan Bardella, avait toutefois durci son discours, qualifiant Moscou de «menace multidimensionnelle» pour la France et évoquant notamment les ingérences russes. Pour Raphaël Glucksmann «la campagne de 2027 sera marquée par des ingérences massives».

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Pourront-elles avoir des conséquences dans l'isoloir ? Leur impact demeure «difficile à déterminer», soulignait y a quelques mois Laurent Cordonier, directeur de la recherche de la Fondation Descartes, lors d'une table ronde au Sénat consacrée aux risques de manipulations numériques à l'approche des échéances électorales. (ats/afp)

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