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Bataclan, 11 septembre, pourquoi est-ce si compliqué de juger les attentats?

Ce mercredi s'ouvre le procès géant des attentats de novembre 2015 à Paris. À l'inverse, celui du 11 septembre 2001 ne cesse d'être repoussé. Car faire justice face à de tels actes n'a rien d'évident. C'est pourtant capital, autant pour les victimes que pour notre démocratie.
08.09.2021, 05:5814.10.2021, 09:29
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Hasard du calendrier, le procès du 11 septembre 2001 a repris ce mardi, alors que s'ouvre, ce mercredi, celui des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Et si la France a vu grand avec un tribunal bâti spécialement pour l'occasion et des audiences qui vont durer neuf mois, les Etats-Unis, eux, ne semblent pas pressés d'aboutir à un verdict.

Khaled Cheikh Mohammed, cerveau présumé des attentats d'Al-Qaïda, est détenu depuis 2003, mais n'a jamais été jugé. Passé par plusieurs centres de détention de la CIA, l'homme a été soumis à de multiples sessions de torture. Un argument aujourd'hui utilisé par ses avocats pour faire invalider les preuves contre lui. Année après année, les autorités américaines ne cessent donc de repousser l'échéance.

«Quelque part, le 11 septembre a déjà été sanctionné. Les Américains ont attaqué l'Afghanistan et tué Ben Laden. À quoi sert un procès?»
Olivier Meuwly, juriste et historien

Car rendre justice face à de tels actes n'a rien d'évident à écouter Olivier Meuwly, juriste et historien: «Aux Etats-Unis, on voit clairement qu'ils ralentissent la procédure. Peut-être parce qu'ils pensent que cela peut faire plus de mal que de bien.»

Le risque que le procès soit transformé en tribune

Lui craint notamment que le procès soit instrumentalisé par les accusés pour en faire une tribune pour leurs idées. «Mais on est coincés, on est obligés de les juger pour respecter le droit. C'est l'une des faiblesses normales de notre système démocratique, et nos adversaires s'en servent», analyse-t-il.

«La France se montre très dynamique avec l'espoir naïf d'exorciser le mal. Mais, politiquement, cela ne va rien changer du tout»
Olivier Meuwly, historien et juriste

Si l'expert reconnaît que la logique judiciaire exige qu'un meurtre soit sanctionné, il souligne que les autres dimensions entourant l'événement risquent de poser problème. «On donne au droit une mission qu'il ne peut remplir. Un procès est là pour punir. On ne peut pas lui demander de restaurer la morale.»

Attention à la vindicte populaire

Le juriste s'interroge aussi sur l'impact du procès sur les victimes. «Tout le paradoxe, c'est qu'on va être obligé d'écouter le mal. Car qui dit justice, dit compréhension de l'acte. Au final, peut-être que la peine sera plus nuancée que certains ne l'espèrent, ce qui peut créer d'autres frustrations.»

«C'est une réponse juridique, mais aussi symbolique, cela montre que les terroristes sont des criminels comme les autres»
Frédéric Esposito, Observatoire de la sécurité

Pour Frédéric Esposito, directeur de l'observatoire de la sécurité à Genève, ce risque d'être déçu fait pourtant partie de notre démocratie. «Il faut faire confiance au système judiciaire, sinon c'est la vindicte populaire qui s'exprime.»

«Le procès, c'est aussi une façon pour l'Etat, qui est censé garantir la sécurité de ses citoyens, de regagner sa légitimité»
Frédéric Esposito, Observatoire de la sécurité

Le politologue regrette d'ailleurs que les Etats-Unis se soient enfermés dans une logique extra-judiciaire vis-à-vis du 11 septembre. «L'exécution de Ben Laden résout le problème symbolique, mais ne permet pas de comprendre les ramifications de cet attentat. Le temps judiciaire est aussi celui de la pédagogie.»

Panser les plaies

Psychologue-psychothérapeute spécialisée dans le soutien aux victimes, Patricia Failletaz va dans le même sens. «Un procès donne un sens au traumatisme des victimes et les oblige à se pencher sur le dossier. Cela fait mal, mais cela leur fait aussi du bien d'être reconnues.»

«Les victimes attendent de voir le méchant partir en prison. Cela fait partie du processus de la réparation psychique»
Patricia Failletaz. psychologue

Si elle assure que la peine ne sera jamais à la hauteur de la perte subie, l'experte souligne que la Justice permet également de tourner la page. «Durant les années entre l'attentat et le procès, les gens sont dans l'attente que Justice se fasse. Certains ont beaucoup de peine à poursuivre leur vie sans cette étape cruciale pour passer à autre chose.»

Une partie des victimes du 11 septembre et leurs proches n'ont d'ailleurs jamais cessé de réclamer un procès. Au mieux, celui-ci aura lieu en 2023, soit 22 ans après.

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