L’aide de Trump à l’Ukraine s’effondre de 99% et un nouvel acteur émerge
Le chiffre brut est spectaculaire: en 2025, l’aide militaire des Etats-Unis à l’Ukraine s’est effondrée de 99%. C’est ce que révèle le dernier «Ukraine Support Tracker» de l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale. Par rapport à la moyenne annuelle observée depuis l’invasion russe de 2022, Kiev a dû, l’an dernier, mener sa guerre défensive avec 13% de moyens étrangers en moins.
Si l’arrêt de facto de l’aide militaire américaine ne s’est pas transformé en désastre total, c’est uniquement grâce à l’Europe. Les engagements militaires européens ont augmenté de 67% par rapport à la moyenne annuelle des années 2022 à 2024, tandis que l’aide financière et humanitaire a progressé de 59% en termes réels.
Ces chiffres récents alimentent le soupçon selon lequel le président Donald Trump, par son orientation politique, joue délibérément le jeu de Vladimir Poutine et ne verrait dans la résistance ukrainienne qu’une opportunité financière. L’effondrement spectaculaire de l’aide militaire américaine coïncide en effet avec la première année de mandat de Trump depuis son retour à la Maison-Blanche.
Depuis son investiture en janvier 2025, son administration n’a plus approuvé de nouveaux paquets d’armes via la «Presidential Drawdown Authority», l’instrument qui permettait à son prédécesseur Joe Biden de prélever régulièrement du matériel militaire dans les stocks américains.
L'UE, principal bailleur de fonds de l'Ukraine
A la place, Washington, sous l’impulsion de Trump, mise désormais exclusivement sur des ventes d’armes via des partenaires de l’Otan. En 2025, des Etats alliés européens ont acheté pour 3,7 milliards d’euros d’armements américains destinés à l’Ukraine, dont des lance-roquettes multiples Himars et des systèmes de défense antiaérienne Patriot. Mais le soutien militaire direct des Etats-Unis est resté quasiment nul.
Un déplacement structurel est perceptible au sein de l’Europe: l’Union européenne elle-même est devenue le principal pourvoyeur de fonds. Alors qu’en 2022 environ la moitié des aides financières et humanitaires étaient organisées au niveau de l’UE, elles représentent en 2025 près de 90%, soit 35,1 milliards d’euros.
Directeur de l’Ukraine Support Tracker, le professeur Christoph Trebesch explique:
Cela ne vaut toutefois que pour les aides financières. En matière de soutien militaire, les engagements bilatéraux des Etats demeurent dominants, avec une répartition nettement inégale.
L’Europe occidentale et l’Europe du Nord supportent l’essentiel de l’effort militaire. En 2025, l’Europe occidentale a fourni environ 62% de l’aide militaire européenne, après un recul temporaire en 2023. L’Allemagne et le Royaume-Uni ont, à eux seuls, assuré près des deux tiers de l’aide militaire d’Europe occidentale entre 2022 et 2025.
L’Europe du Nord est devenue le deuxième pilier du soutien. Sa part est passée de 18% en 2022 à 36% en 2023 et se maintient depuis à un niveau élevé. L’écart entre poids économique et engagement est frappant: l’Europe du Nord ne représente qu’environ 8% du produit intérieur brut des 31 pays européens donateurs recensés, mais assume près d’un tiers de l’aide militaire.
L’aide militaire à l'Ukraine se concentre sur quelques pays
A l’inverse, l’Europe de l’Est et l’Europe du Sud ont nettement réduit leurs contributions. La part de l’Europe de l’Est est passée de 17% en 2022 à seulement 2% en 2025; celle de l’Europe du Sud de 7 à 3%.
Au final, le rapport dresse un constat contrasté: l’Europe a nettement renforcé son soutien et empêché que l’Ukraine ne se retrouve totalement démunie après le retrait de facto des Etats-Unis. Dans le même temps, l’aide militaire globale recule et se concentre sur un petit groupe d’Etats particulièrement engagés.
Les chiffres de Kiel montrent ainsi à quel point le déplacement des équilibres géopolitiques s’est accéléré depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche. Tandis que l’Europe s’efforce d’afficher son unité et de continuer à soutenir l’Ukraine, Washington se désengage de sa responsabilité directe.
Pour Kiev, la conséquence est claire: la dépendance à l’égard de l’Europe s’accroît et la fiabilité stratégique des Etats-Unis est plus que jamais mise en doute. (trad. hun)
