L'alt-right américaine nous avait habitués au pire. Les sorties lunaires, les théories du complot fumeuses, les attaques infondées, les fake news les plus crades. Et pourtant, cette semaine, une poignée de figures MAGA a réussi l'exploit de creuser encore plus bas.
Mais d'abord, un poil de contexte.
Mercredi soir, à Chicago, en pleine convention démocrate. Sur la scène de l'United Center, Tim Walz est sur le point d'accepter sa nomination en tant que colistier de Kamala Harris. Mais tandis que les projecteurs se braquent sur le gouverneur de 60 ans, c'est un autre membre de l'assemblée qui capte tous les regards: son fils cadet, Gus Walz, 17 ans.
Et pour cause, l'adolescent ne prend pas la peine de dissimuler ses larmes au cours de l'allocution de 16 minutes de son paternel. Un discours que Tim Walz a conclu en clamant son amour et sa gratitude pour sa famille, installée dans les tribunes. Gus bondit alors de son siège, pointe son index et clame: «Je t'aime, papa!», suivi peu après de:
May we all be fortunate enough to love and be loved by a child like Gus Walz. pic.twitter.com/a1N3bYaHP1
— Wonky Muse (@wonkymuse) August 22, 2024
Le clan des Walz enfin réuni sur scène, le jeune homme a finalement pu étreindre son père, le visage enfoui dans son épaule, sous les yeux humides et ravis de la foule, des journalistes et des caméras du monde entier.
Evidemment, il n'en fallait pas plus pour que cette scène entre père et fils devienne virale, accueillie avec autant d'adoration que d'émoi sur Internet. Même la très conservatrice Fox News, touchée, s'est surprise à partager un extrait sur son compte TikTok: «Gus Walz vole la vedette lors du discours de remerciement de son père.» Les commentaires extrêmement positifs n'ont pas tardé à affluer.
Il faut savoir que le fils du candidat à la vice-présidence est atteint de TDAH, c'est-à-dire d'un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité, mais aussi de trouble de l'apprentissage non verbal et d'anxiété. Un diagnostic que ses parents ont évoqué sans détours lors d'une interview pour le magazine People.
Si la joie du lycéen était encore en vogue jeudi sur les réseaux sociaux et saluée pour avoir attiré l'attention sur les difficultés des personnes souffrant de troubles de l'apprentissage, elle a aussi suscité quelques commentaires particulièrement aberrants - dont la plupart de figures de la droite dure pro-Trump.
A commencer par la machine à scandale et provocatrice d'extrême droite, la chroniqueuse Ann Coulter, qui a relayé la réaction de l'adolescent dans un tweet moqueur: «C'est bizarre». Une référence évidente à l'expression chérie de Tim Walz, qui a popularisé l'idée selon laquelle les personnes MAGA sont «bizarres».
C'est seulement après qu'on a fait remarquer à la chroniqueuse que Gus Walz était neurodivergent qu'elle s'est décidée à supprimer sa publication. Sans présenter la moindre excuse pour autant. «J'ai retiré mes propos dès que quelqu'un m'a dit qu'il était autiste», a-t-elle précisé en commettant, au passage, une erreur dans le nom du diagnostic.
Même rétropédalage de l'animateur radio Jay Weber, qui s'était initialement fendu d'un tweet assassin («Si les Walzs représentent l'homme américain d'aujourd'hui, ce pays est foutu»), désormais supprimé. Il a été capturé et partagé par le superviseur du conseil du comté de Milwaukee pour demander des comptes à son auteur. Lequel s'est excusé, ajoutant qu'il n'avait pas réalisé que Gus Walz était atteint d'un handicap.
En revanche, pas d'excuses de la part du partisan de Trump et podcasteur de droite, Mike Crispi, qui s'est moqué du «fils stupide et en pleurs» de Tim Walz.
La publication a disparu de son profil depuis.
Précisons que tous les conservateurs ne sont pas des abrutis finis. Plusieurs figures du parti républicain se sont insurgées contre ces remarques abjectes. C'est le cas d'Ana Navarro, commentatrice républicaine de CNN, qui a raconté avoir brunché avec Gwen Walz, l'épouse du gouverneur et la mère de Gus, au lendemain de ces images virales. «On pouvait voir l'émotion qu'elle ressentait face aux attaques contre son fils adolescent, qui a des besoins particuliers», a témoigné la journaliste lors d'un panel de CNN.
So happy to be telling @GwenWalz & Gus Walz in person how much I appreciate them. pic.twitter.com/N2ed8Npfvi
— Ana Navarro-Cárdenas (@ananavarro) August 23, 2024
«Il y a beaucoup de républicains, beaucoup de républicains partisans de Trump, qui sur les réseaux sociaux lancent d’horribles attaques contre un enfant qui a vécu hier un magnifique moment de fierté et d’amour authentique pour son père et qui est devenu ému», a-t-elle poursuivi jeudi sur CNN.
Citons aussi Matt Walsh, commentateur du média conservateur The Daily Wire, qui a pris la défense du fils du gouverneur.
Et c'est sans compter l'énorme vague de soutien générale qui a afflué sur Gus Walz. L'adolescent pourra notamment se consoler avec le soutien de Michelle Obama, la seule et l'unique, qui s'est exprimée au moment même où Kamala Harris acceptait la nomination de son parti à la présidence des Etats-Unis. «J'ai été touchée de voir la joie de Gus Walz lorsque son père est monté sur scène hier soir», a déclaré l'ancienne première dame, sur X. «Je vous remercie de nous avoir montré à tous à quoi ressemble le véritable amour, Gus.»
Avant de conclure: «Soyons une nation qui accepte ce genre de chaleur et de vulnérabilité, au lieu d'en rire ou de s'en moquer. Nous pourrions tous utiliser l'exemple de Gus dans nos propres vies.» Il n’est pas difficile de déduire à qui la pique était visée.