Israël expulse tous les militants étrangers après un scandale
Des militants propalestiniens de la «Flottille pour Gaza» expulsés d'Israël sont arrivés jeudi à l'aéroport international d'Istanbul à bord d'un premier avion, au lendemain du tollé international provoqué par une vidéo les montrant se faire humilier en détention. Les militants suisses ayant participé à l'expédition ont font partie.
Ils ont été accueillis à l'aéroport par un large comité de soutien, avec de nombreux militants agitant des drapeaux palestiniens. Plusieurs militants de la flottille présentaient des blessures et certains ont été évacués en ambulance.
La vidéo qui fait scandale
les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens», a raconté à sa descente d'avion Bulal Kitay, un Turc qui compte repartir dès le prochain convoi. Les militants ont passé deux jours dans une prison militaire sur un bateau, formée de conteneurs et de barbelés, a décrit à l'AFP par téléphone Safa Chebbi, une militante canadienne.
Outre des humiliations et le manque de sommeil, «nous étions sous une menace constante, des balles en plastique ont été tirées sur la foule, un des passagers a été blessé», a-t-elle indiqué.
Les quelque 430 membres d'équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés lundi par l'armée israélienne en Méditerranée, à l'ouest de Chypre, avaient été amenés de force en Israël puis détenus à la prison de Ktziot (sud), selon l'organisation israélienne de défense des droits de l'Homme Adalah, qui assure leur représentation légale et leur défense.
La vidéo en question 👇
Ils ont «tous été expulsés», a indiqué le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Oren Marmorstein, sans préciser s'ils avaient été jugés.
Pas au tribunal
Adalah avait indiqué, mercredi soir, qu'ils devaient être déférés en vue d'être expulsés mais un porte-parole de l'organisation contacté par l'AFP, Moatassem Zeidan, a indiqué qu'ils ne seraient finalement «pas présentés devant les tribunaux».
Selon cette source, ils ont été transférés vers l'aéroport de Ramon (près d'Eilat, dans le sud) avant d'être expulsés. Les militants égyptiens et jordaniens ont eux été transférés vers leurs pays, à Taba et Aqaba, près des frontières avec Israël.
La Turquie a annoncé que trois vols spéciaux étaient prévus au départ de Ramon mercredi pour rapatrier ses citoyens et ceux de pays tiers. D'après plusieurs médias turcs, 78 des quelque 430 militants de la flottille sont des ressortissants turcs.
Les 37 ressortissants français ont aussi été expulsés par ces vols et ils seront pris en charge à leur arrivée à Istanbul par l'ambassade de France pour un rapatriement dès que possible, a indiqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères français, Pascal Confavreux, lors d'une conférence de presse.
Vidéo des militants
Une militante germano-israélienne embarquée sur le même convoi, parti de Turquie après l'interception en avril par Israël d'une précédente «flottille pour Gaza» au large de la Grèce, doit elle être déférée devant un tribunal à Ashkelon, au sud de Tel-Aviv.
Les militants de la «Global Sumud Flotilla» («sumud» signifie «résilience» en arabe) briser le blocus maritime qu'Israël impose la bande de Gaza.
Mercredi, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a provoqué un tollé à l'étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées.
Une jeune femme qui crie «Libérez la Palestine» au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité. «Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous», lance-t-il, triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram.
«Inadmissible»
Les images diffusées ne sont «pas conformes aux valeurs d'Israël», a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant Ben Gvir d'avoir «sciemment nui» à l'image du pays avec «ce spectacle honteux». L'intéressé a défendu au contraire «une grande source de fierté». Les réactions, particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n'ont pas tardé.
- Le traitement réservé aux détenus a été jugé «inadmissible» par Rome qui a exigé «des excuses» et demandé jeudi à l'Union européenne d'imposer des sanctions au ministre Ben Gvir.
- En Pologne, le ministre des affaires étrangères Radoslaw Sikorski a dit qu'il souhaitait le déclarer persona non grata, après la convocation du chargé d'affaires israélien.
C'est «bien de condamner Ben Gvir pour l'humiliation infligée aux membres de la Flottille», a déclaré sur X la rapporteuse spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'Homme dans les Territoires palestiniens occupés, l'Italienne Francesca Albanese.
Ce qu'ont subi ces militants est «un traitement de luxe par rapport à ce qui est infligé aux Palestiniens dans les prisons israéliennes», a-t-elle affirmé, appelant l'Italie à cesser «de s'opposer à la suspension de l'accord (d'association) UE-Israël.»
Des Suisses aussi
Le Département fédéral des affaires étrangères «déplore le traitement inacceptable réservé à certains participants, qui semble incompatible avec les assurances reçues des autorités israéliennes quant au respect du droit international et des droits fondamentaux», a-t-il écrit sur X mercredi soir.
L'artiste lausannoise Anne Rochat et la conseillère générale sédunoise Marie Morard figurent parmi les sept Suisses interceptés en mer. Le Conseil municipal sédunois se dit jeudi préoccupé par les conditions de détention de la politicienne valaisanne. Dans un communiqué, Sion appelle les autorités suisses, dépositaires des Conventions de Genève, à intervenir avec la plus grande fermeté auprès des autorités israéliennes afin de garantir le respect de la dignité humaine. (jah/ats)
