Liens de Credit Suisse avec les nazis: UBS malmené aux Etats-Unis
La commission judiciaire du Sénat américain a mené mardi un interrogatoire musclé des dirigeants d'UBS, accusés de retenir des documents clés sur le recel par Credit Suisse des biens juifs spoliés par les nazis. La banque s'est défendue en évoquant la crainte de poursuites judiciaires qu'elle juge illégitimes.
Neil Barofsky, l'ancien procureur fédéral chargé par cette commission d'enquêter sur les biens spoliés aux victimes de l'Holocauste, a déclaré qu'au moins 150 documents sont bloqués par le géant bancaire suisse, qui a racheté le Credit Suisse en 2023 après sa banqueroute.
L'ancien procureur a déjà révélé l'existence de nombreux comptes de Credit Suisse liés à des responsables nationaux-socialistes, jusqu'ici inconnus. Il a également retracé le parcours des fonds de nombreux nazis ayant fui en Argentine.
Le verrou sur ces documents constitue un nouvel obstacle dans une enquête parsemée de tensions: Credit Suisse, qui avait accepté de coopérer, avait fini par évincer cet enquêteur indépendant en 2022, avant qu'il ne soit réintégré par UBS en 2023.
Selon Barofsky, «la coopération d'UBS était exemplaire» jusqu'à ce nouveau différend apparu en novembre autour de ces documents qui, selon lui, contiennent des listes de clients allemands, des informations sur des oeuvres d'art et des objets de valeur pillés.
Un «règlement définitif»
La directrice juridique d'UBS, Barbara Levi, a assuré devant la commission que la banque s'engageait à la transparence. Mais elle a invoqué une «menace active» de poursuites émanant du Centre Simon-Wiesenthal et d'autres ONG, que la banque juge contraire à un accord historique noué en 2000.
UBS et Credit Suisse font partie des signataires de cette transaction à 1,25 milliard de dollars entre les banques suisses et plus d'un demi-million de plaignants sur les biens spoliés aux juifs pendant la seconde guerre mondiale. Levi a expliqué que cet accord constituait un «règlement définitif pour les parties», couvrant les réclamations passées et futures.
«Nous pensons qu'il est extrêmement important de révéler ces informations», a déclaré la dirigeante. Mais «il n'est pas possible qu'à chaque nouvelle information révélée, nous soyons menacés de litige», a-t-elle ajouté. «Quel serait alors l'intérêt pour une institution financière d'enquêter sur son passé et de rendre ces informations publiques?»
«Une querelle inutile»
Le 28 janvier, UBS a demandé au juge fédéral américain Edward Korman une ordonnance visant à «clarifier la portée de l'accord». L'audience a été fixée au 12 mars.
Pour le sénateur démocrate Sheldon Whitehouse, ce différend «semble être une querelle inutile qui entrave le travail de M. Barofsky et ternit la réputation de la banque». Son homologue républicain Charles Grassley, qui présidait l'audience, a qualifié l'attitude d'UBS de «honte historique qui survivra à l'audience d'aujourd'hui». (jzs/ats)
