Les «tanks porcs-épics» font leur preuve en Ukraine
Sur les champs de bataille ukrainiens, les chars classiques semblaient ces derniers temps avoir perdu de leur importance. Dans la «zone de la mort» large de 30 kilomètres de part et d’autre du front, les drones kamikazes détruisent ces véhicules lents et très visibles, avant même qu’ils n’atteignent les lignes ennemies.
Pour pallier ce désavantage, les deux armées ne manquent pas d'idées. En ce sens, les «chars tortues» (recouverts d'un blindage externe) et «porcs-épics» (munis de grandes piques) font souvent sourire les observateurs. Mais des rapports récents laissent penser que les chars ainsi modifiés n'ont pas encore perdu toute utilité dans la guerre moderne.
Une inventivité qui fait ses preuves
«Avant de se moquer des chars tortues, regardez combien de drones il faut pour détruire l'un d'eux», publiait récemment un utilisateur sur X sous des images montrant la destruction d’un char russe par au moins cinq drones.
Il semble que les Ukrainiens aient désormais aussi recours à des piques métalliques sur leurs véhicules de combat pour se protéger des drones, comme sur cette image montrant un transporteur de troupes américain de type M113:
An M113 'Hedgehog' APC of the Ukrainian Armed Forces was spotted through the lens of a Russian drone in Donetsk region. pic.twitter.com/uayQT3iRrY
— NOELREPORTS 🇪🇺 🇺🇦 (@NOELreports) October 24, 2025
Sur le terrain, les blindés occidentaux au service de l’Ukraine offrent apparemment un meilleur degré de protection que prévu face aux menaces modernes. Ainsi, en début d’année, un char ukrainien de type Leopard 1A5 aurait su encaisser huit drones russes avant que l’équipage ne soit contraint d’abandonner le véhicule.
Il aurait fallu ensuite trois drones supplémentaires pour le détruire définitivement, selon le magazine Forbes. Dans un autre cas, les assaillants auraient eu besoin d’au moins six drones pour neutraliser un char Abrams. Là encore, l’équipage aurait survécu.
Ici, un Humvee cuirassé filmé en Ukraine:
Des bricolages efficaces
Un commandant de char a raconté plus tard à la presse ukrainienne:
Leur Abrams était équipé d’un blindage additionnel et d’un filet anti-drones.
Ici, un tank russe T-72B3 «porc-épic» filmé en opération:
D’après Forbes, les Ukrainiens protègent aussi leurs véhicules par des couches supplémentaires de blindage réactif, qui neutralise les projectiles entrants par une explosion dirigée vers l’extérieur. Pour percer ce blindage, il faut de nombreux impacts au même endroit. De plus, après un assaut ou un engagement, le blindage réactif peut être remis en état relativement facilement.
Mais les bricolages russes semblent eux aussi fonctionner: un char russe recouvert de barres métalliques aurait enduré près de 60 impacts de drones en juillet avant de s’arrêter. Les piques peuvent empaler, dévier ou faire exploser les drones à une distance suffisante de la structure blindée.
Même les chars russes non modifiés résistent souvent davantage qu’on ne le pensait, comme l'explique le commandant ukrainien:
Une question de point faible
La première difficulté reste d’approcher le char avec le drone. Par mauvais temps, par exemple, même des drones guidés par fibre optique et donc immunisés contre les brouillages électroniques, voient leur utilité limitée. De plus, viser les chenilles d’un char n’est pas aisé, explique le commandant:
Dans la lutte antichar par drone, la compétence du pilote prime parfois sur la taille de la charge explosive, souligne le militaire ukrainien:
Cet état de fait renforce la survie des chars modifiés: les superstructures ajoutées compliquent pour l’adversaire la localisation des faiblesses.
Difficile de dire aujourd’hui si ces solutions artisanales vont sécuriser l’avenir du char de combat. Comme le conclut le commandant:
Adapté de l'allemand par Tanja Maeder

