La réunion de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui se tient dimanche et lundi à Tianjin (nord) et pour laquelle les dirigeants commenceront à arriver samedi ouvre une séquence à l'issue de laquelle la Chine fera la démonstration de sa puissance militaire mercredi, à la faveur d'une spectaculaire parade commémorant la fin de la Seconde Guerre mondiale il y a 80 ans. Pékin a annoncé jeudi la présence à ce défilé du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.
Le président russe, ses homologues iranien et turc Massoud Pezeshkian et Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre indien... en tout une vingtaine de dirigeants sont annoncés au sommet de l'OCS, qui regroupe dix pays membres à part entière et associe un certain nombre de pays observateurs et partenaires.
Créée en 2001, l'OCS a vocation à faire contrepoids aux organisations occidentales et à renforcer la coopération en matière de politique, de sécurité, d'antiterrorisme ou de commerce.
En butte à l'hostilité occidentale, respectivement sur les questions taïwanaise et ukrainienne, Pékin et Moscou voient dans l'OCS une arène pour consolider leur influence, selon des analystes.
Lizzi Lee, chercheuse à l'Asia Society Policy Institute, organisation basée aux Etats-Unis, met en garde contre l'attente de résultats substantiels.
Pékin veut surtout montrer qu'il est capable de rassembler des dirigeants très différents et que la gouvernance mondiale «n'est pas dominée par l'Occident», ajoute-t-elle.
La Chine a dénoncé «l'hégémonisme», sous-entendu américain, et érigé l'OCS en phare de «stabilité» face aux turbulences mondiales, en présentant le sommet.
La venue de Vladimir Poutine intervient sur fond d'enlisement des efforts diplomatiques pour régler le conflit en Ukraine. Poutine cherchera probablement à Tianjin à se prévaloir du soutien de ses partenaires non-occidentaux afin de promouvoir sa vision du conflit et de ce que devrait être sa «juste issue», estime Dylan Loh, professeur à l'Université technologique de Nanyang à Singapour. L'Ukraine devrait être discutée lors des rencontres bilatérales en marge du sommet.
«Avec Poutine présent, la guerre planera sur les débats» mais ce thème ne sera pas «au centre» des discussions car «l'OCS évite les sujets qui divisent ses membres, et celui-ci en fait partie», souligne Lizzi Lee. Vladimir Poutine cherchera à montrer qu'il «n'est pas isolé, en réaffirmant le partenariat avec Xi Jinping et en maintenant la visibilité de la Russie en Eurasie», note-t-elle.
Autre événement notable, la visite de Narendra Modi marquera son premier déplacement en Chine depuis 2018. Elle intervient quelques jours après l'entrée en vigueur de nouvelles surtaxes douanières américaines sur les exportations indiennes, en représailles à l'achat de pétrole russe par New Delhi.
La Chine et l'Inde – les deux pays les plus peuplés du monde – se livrent une lutte d'influence en Asie du Sud. Ils se sont opposés lors d'un affrontement militaire meurtrier à leur frontière en 2020.
Mais un dégel a commencé en octobre, lorsque Modi et Xi se sont rencontrés pour la première fois en cinq ans, lors d'un sommet en Russie, comme le souligne Lim Tai Wei, spécialiste de l'Asie de l'Est à l'Université Soka, au Japon.
La Chine et l'Inde ont annoncé récemment la reprise des vols directs, la relance des discussions sur leur frontière disputée, le rétablissement de la délivrance de visas touristiques et un renforcement des échanges commerciaux.
Mais les divergences subsistent, prévient Lim Tai Wei. Narendra Modi ne faisait pas partie jeudi des dirigeants étrangers annoncés par Pékin comme devant assister au défilé du 3 septembre.