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Ces mini-séries médiocres et addictives rapportent des milliards

Les séries verticales attirent des millions de téléspectateurs
Les séries verticales attirent des millions de téléspectateurs.Image: IMDB

Ces mini-séries médiocres transforment Hollywood en machine à cash

Depuis quelque temps, Hollywood mise sur la production de vidéos au format smartphone. Une catastrophe pour les cinéphiles.
14.03.2026, 16:0514.03.2026, 16:05
Sabeth Vela / watson.ch

Kidnappée par la mafia, Le frère de mon mari milliardaire ou Le dernier vampire. Ce sont tous des titres de séries dites verticales. Un genre qui a gagné en popularité ces derniers mois, même si la qualité de ces mini-séries laisse passablement à désirer.

Comme leur nom l'indique, les séries verticales sont des séries au format portrait. À l'instar des Reels et des vidéos courtes, elles sont faites pour être visionnées sur un smartphone. Contrairement aux vidéos classiques publiées sur les réseaux sociaux, il s'agit de films complets, divisés en épisodes d'une durée maximale d'une minute.

Ces «séries» peuvent être visionnées avec des dizaines d'applications différentes, telles que DramaBox, ReelShort ou Shortmax.

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Un cliffhanger toutes les 60 secondes

Non seulement ces applications sont toutes conçues de la même façon, mais elles ont le même fonctionnement: on choisit une histoire, dont on peut regarder gratuitement les quatre à huit premiers extraits. Ensuite, on se heurte à un accès payant et on doit soit attendre plusieurs jours pour continuer à regarder, soit payer pour débloquer la suite. Une «série» compte généralement quelque 50 «épisodes».

Mais de quoi parlent ces séries verticales? Les «scénarios» tournent presque exclusivement autour d'histoires d'amour, racontées du point de vue du personnage principal féminin. Anciens ennemis devenus amants, couples fictifs ou triangles amoureux, chaque histoire reprend un cliché éculé. Les thèmes particulièrement populaires sont les vampires et les loups-garous, les chefs mafieux ou les familles milliardaires. La plupart des histoires mettent en scène des personnages stéréotypés comme la vilaine fille, le ringard complexé ou le bad boy dépravé.

Un exemple de série verticale:

Vidéo: extern / rest

Des millions de vues

Dire que les drames verticaux sont mal écrits serait un euphémisme. Les intrigues semblent sortir tout droit de l'imagination d'une gamine de douze ans qui vient de lire son premier roman-photo et qui a décidé de se lancer dans la littérature. Le montage, les costumes et les décors sont tout aussi cheap. Et pourtant, ces applications attirent des millions de personnes. L'histoire intitulée Snatched A Billionaire To Be My Husband («J'ai kidnappé un milliardaire pour en faire mon mari») a par exemple été vue plus de 190 millions de fois. Oui, des MILLIONS!

Mais alors, pourquoi regarder ces mini-nanars? C'est simple: tout est fait pour qu'on en redemande. Chaque épisode de 60 secondes se termine par un cliffhanger dramatique. Les intrigues sont souvent tellement absurdes qu'on ne résiste pas à savoir comment ça va se terminer.

On pratique ce qu'on appelle le «hate-watching». Autrement dit, on regarde pour se moquer des clichés, de la mauvaise qualité du jeu des acteurs ou de la pauvreté du contenu. Les commentaires des vidéos se résument souvent à ceci: «Mais pourquoi j'ai regardé ça?» ou «Je déteste chaque seconde que je passe ici.»

Le carton-pâte, ça rapporte

Ce «hate-watching» est rentable pour les entreprises qui développent ces applications. En effet, une fois que l'on est plongé dans l'histoire, il est difficile de décrocher. Et puis vient le moment de passer à la caisse. Pour voir l'épisode suivant, il faut payer 60 «coins». Les «coins» sont la monnaie virtuelle des applications et ne servent qu'à dissimuler le fait que l'on dépense de l'argent réel.

Dans la plupart des cas, 60 «coins» correspondent à environ 60 centimes. Pour la plupart des gens, la somme semble tellement ridicule qu'ils s'empressent de faire chauffer leur Apple Pay. Mais si on le fait pour 50 épisodes, on a vite dépensé 15 francs sans même s'en rendre compte. Tout ça pour ça.

On parle alors de micropaiements, qui sont souvent effectués sous le coup d'une poussée de dopamine. Et c'est précisément en promettant cette poussée de dopamine que l'on rend les spectateurs quasiment accros au prochain épisode.

Les séries verticales sont nées en Chine et sont calibrées pour être regardées sur un smartphone pendant les moments de pause. Selon le Guardian, les recettes des séries courtes en Chine sont passées de 500 millions à sept milliards de dollars américains entre 2021 et 2024.

@gabbyforbess whenever you see those and you’re like “who is the target market for those?” it’s me #reelshort #verticalmovies ♬ original sound - gabby was here 🍒

Et la qualité, alors?

La production de ces séries verticales n'est pas intéressante que pour les distributeurs. Les formats courts ouvrent également de nouvelles possibilités pour l'industrie du cinéma. Comme l'écrit également le Guardian, ces séries peuvent être écrites en moins d'une semaine. La plupart des sites web indiquent que les scripts ne sont pas créés à l'aide de l'intelligence artificielle, mais que celle-ci est utilisée pour déterminer les histoires et les intrigues que les utilisateurs préfèrent.

Les scripts sont ensuite tournés en cinq jours environ avec les acteurs et deux caméras. Un film entier peut ainsi être produit en seulement dix jours. La règle d'or est toujours la même: la quantité prime sur la qualité.

Pourtant, ces formats permettent de créer des rôles pour des acteurs, des cinéastes et d'autres professionnels qui, sans cela, n'existeraient pas. C'est à la fois une malédiction et une bénédiction pour l'industrie. De nombreux acteurs de talent participent à ces tournages, car ils ne trouvent pas d'autres rôles dans un milieu déjà saturé. Cela leur permet de gagner en expérience sur un vrai plateau, de rester à flots et de se faire connaître.

Mais comme les tournages sont extrêmement courts, les acteurs n'ont souvent pas le temps de faire connaissance sur le plateau. Les acteurs peuvent se sentir démunis, en particulier lors des scènes intimes, qui sont nombreuses.

En effet, les coachs en intimité sont plutôt rares, même sur les plateaux professionnels. C'est ce qu'a confirmé l'acteur Cameron Porras, qui a déjà joué dans plus de dix séries verticales. Âgé de 27 ans, il s'est senti mal à l'aise sur plusieurs plateaux et a trouvé de nombreuses scènes «trop intimes». Sur sa chaîne TikTok, il admet ouvertement que beaucoup de ses rôles le mettent mal à l'aise.

@itscamsworld Ranking all 11 of the verticals I did in 2025👀 #vertical #actor ♬ original sound - itscamsworld

Malgré cela, le mannequin compte près de 1,5 million d'abonnés sur les réseaux sociaux, qui proviennent pour la plupart des drames verticaux.

(trad: mrs)

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