L’aspirine, remède contre le cancer? Ce que dit la science
Une étude menée en 2015 a examiné l’effet d’une prise préventive d’aspirine sur le risque global de mortalité. Selon ses résultats, ce risque diminuerait d’environ 4% si toutes les personnes âgées de 50 à 65 ans prenaient quotidiennement une faible dose d’aspirine pendant dix ans. De nouvelles études dressent toutefois un tableau nettement plus nuancé: un bénéfice préventif est surtout démontré chez des groupes à risque clairement définis, mais pas dans la population générale.
Pas d’effet préventif de l'aspirine pour le cancer colorectal
Une analyse systématique récente conclut que la prise quotidienne d’aspirine chez des personnes sans risque accru n’offre pas de protection fiable contre le cancer colorectal. L’effet n’est démontrable ni à court terme ni sur de longues périodes.
Dans le même temps, les données montrent un risque accru d’effets secondaires, tels que des hémorragies gastro-intestinales et des ulcères de l’estomac, en particulier en cas de prise prolongée. Chez les personnes en bonne santé, les risques dépassent donc souvent les bénéfices potentiels.
Une autre étude menée auprès de personnes âgées initialement en bonne santé aboutit à des conclusions similaires. Elle n’a mis en évidence ni réduction du risque de cancer ni avantage clair en termes de survie à long terme grâce à une prise quotidienne d’aspirine. Dans certains cas, des taux de mortalité liés au cancer plus élevés ont même été observés, ce qui renforce les doutes quant à l’utilité de cette approche.
Efficace chez certaines et certains
Un tableau différent apparaît en revanche chez les personnes présentant une prédisposition génétique, notamment en cas de syndrome de Lynch, mutation héréditaire augmentant fortement le risque de cancer colorectal. Une vaste étude randomisée a montré que la prise régulière d’aspirine réduit d’environ 50% le risque de cancer colorectal chez les personnes génétiquement prédisposées.
Des effets pertinents apparaissent également chez les patients déjà atteints. Dans une étude menée en Suède, près de 3000 patientes et patients ont reçu, après une opération du cancer colorectal, soit de l’aspirine, soit un placebo. Résultat: les récidives étaient nettement moins fréquentes dans le groupe aspirine, en particulier pour les tumeurs présentant certaines modifications génétiques.
La question de savoir si un effet positif similaire existe pour d’autres types de cancer fait actuellement l’objet d’une étude internationale regroupant environ 11 000 participants. L’impact de l’aspirine sur des cancers tels que ceux du sein, de la prostate ou de l’œsophage y est analysé.
L’aspirine agit contre les métastases
Dès 1972, une étude avait déjà relevé que l’aspirine possède des propriétés antimetastatiques. Le mécanisme précis de cet effet est toutefois longtemps resté incertain. Selon des recherches récentes, plusieurs mécanismes pourraient expliquer les effets observés. D’une part, l’aspirine inhibe l’enzyme COX-2, impliquée dans les processus inflammatoires et la croissance cellulaire. D’autre part, le principe actif influence l’activité des plaquettes sanguines, qui pourraient jouer un rôle dans la propagation des cellules tumorales.
Une autre hypothèse, issue de la recherche en immunologie, suggère que l’aspirine pourrait améliorer l’activité des lymphocytes T en inhibant le thromboxane A2, facilitant ainsi la reconnaissance des cellules cancéreuses – autrement dit, la réponse du système immunitaire face aux cellules tumorales. (ear)
