Ce Romand raconte sa quête «obsessionnelle» sur 10 km
Cette semaine, nous racontions comment plusieurs coureurs romands avaient réussi à casser la mythique barre des 30 minutes sur 10 km. Un chrono qui fait basculer un athlète dans une autre catégorie. Adriano Engelhardt, lui, est passé tout près. Ancien triathlète professionnel installé à Nyon, le Tessinois d’origine a frôlé cette marque de référence. Nous lui avons passé un coup de fil pour qu’il nous raconte ses tentatives manquées et, surtout, la façon dont il les avait vécues.
Adriano Engelhardt, la première fois que vous avez tenté de passer sous les 30 minutes sur 10 km, c’était en 2024 à Nice, avec deux copains. Eux ont réussi, tandis que vous avez manqué la barre pour une poignée de secondes (30’02). Quels souvenirs en gardez-vous?
Je me rappelle surtout des bons moments passés ensemble. C’était sympa, parce qu’on avait effectué une partie de notre préparation en groupe, qu’on s’était beaucoup motivés et qu’on avait partagé toutes les émotions du jour de la course. J’en garde donc de très beaux souvenirs malgré mon échec, qui était finalement très relatif. Passer sous les 30 minutes était un objectif très ambitieux, puisque je venais tout juste de me consacrer pleinement à la course à pied après avoir arrêté le triathlon. Echouer pour si peu représentait donc déjà une petite victoire.
Il n’y a donc rien de plus que vous auriez pu faire pour gratter les trois secondes qui auraient pu vous faire descendre à 29’29?
Franchement, je ne pense pas que j’aurais pu faire beaucoup mieux, parce que j’ai très bien géré mon effort. Je suis passé au 5e kilomètre en 14’57, donc j’étais parfaitement dans les temps. J’aurais peut-être pu serrer un peu plus les dents par la suite, mais ce jour-là, j’ai vraiment tout donné. Ce qui m’a sans doute manqué, ce sont quelques semaines d’entraînement supplémentaires pour arriver avec un meilleur niveau de forme.
Votre stratégie était de maintenir une allure constante?
Oui. Ce n’est pas facile, parce qu’on peut vite être gourmand et se dire qu’il vaut mieux passer en 14’50 pour se donner un peu de marge. Mais je sais aussi que chaque seconde gagnée trop tôt peut se payer double à la fin. L’idée, c’est donc d’être le plus régulier possible. Le premier kilomètre est souvent un peu plus rapide, parce qu’on se met en route et que tout le monde part vite, mais ensuite, on essaie vraiment de se caler sur son allure.
Ce chrono de 30’02, réalisé en début de saison après une préparation assez courte, était peut-être plutôt encourageant: il laissait penser que vous aviez encore une marge de progression, non?
C’est exactement ça. J’ai pris ce temps comme une super nouvelle. J’étais même persuadé qu’avec plus d’entraînement je réussirai à passer sous les 30 minutes plus tard dans la saison.
Mais ça n’est jamais arrivé.
Non, ni cette année-là ni les deux suivantes. Quelques mois après ma première tentative à Nice, j’ai couru en 30’08 à Payerne. Puis, en 2026, je suis retourné sur la Côte d’Azur et j’ai terminé en 30’11, après une chute au 8e kilomètre. Quelqu’un m’a touché le pied par derrière et je suis tombé. Cette fois j’ai eu beaucoup de regrets, parce que je me suis dit que sans cet accident, j’aurais vraiment pu passer sous les 30 minutes.
La défaite est parfois plus facile à accepter quand l’écart est net. Est-ce que ça aurait été plus simple pour vous de terminer en 32 minutes, en vous disant que c’était votre niveau, plutôt que d’échouer à seulement quelques secondes du but?
D’une certaine façon, oui, parce que j’aurais simplement accepté de ne pas avoir le niveau pour y parvenir. Etre si proche, tout en sachant que j’ai déjà couru d’autres distances à une allure qui m’aurait permis de passer sous les 30 minutes sur 10 km, ça laisse forcément quelques regrets.
Vous aurez bientôt 34 ans, il vous reste encore de belles années pour réussir, non?
Ça pourrait être un objectif pour 2027, mais il faut toujours trouver un équilibre entre la vie de famille, le travail et le sport. En ce moment, j’arrive encore à bien m’entraîner, mais ma femme et moi attendons un troisième enfant pour début janvier. Je ne sais donc pas si cette quête est terminée, mais je ne sais pas non plus quand je pourrai la reprendre.
Vous parlez de quête. Est-elle devenue obsessionnelle à un moment donné?
Je pense que oui. Dans les périodes où, à cause de mes obligations familiales et professionnelles, je n’arrivais pas à m’entraîner comme je le souhaitais, je le vivais assez mal. C’est sans doute lié au fait qu’avant, le sport était mon métier et que je voulais tout faire parfaitement. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas et je dois l’accepter, même si ce n’est pas forcément évident.
