La France teste la «VAR du pauvre»
La troisième division française de football, la Ligue 3, teste toute cette saison un outil encore très rare: le Football Video Support (FVS).
Sous ce nom un peu barbare, il y a un concept très simple: une assistance vidéo à l'arbitrage (VAR) que seuls les entraîneurs principaux peuvent demander, s'ils estiment que l'arbitre s'est trompé sur une décision. Les coachs ont droit à deux «challenges» (demandes de visionnage de l'action litigieuse par l'arbitre) par match. Petite subtilité: si l'homme en noir leur donne raison, ils conservent leur challenge. S'ils ont tort, ils le perdent. Soit exactement comme pour les joueurs de tennis avec le Hawk-Eye.
Les entraîneurs ne peuvent utiliser un challenge que dans quatre situations:
- un but marqué ou refusé à tort
- un penalty accordé ou non
- un carton rouge litigieux
- une erreur d'identité sur un joueur recevant un carton jaune ou rouge
il n'a pas fallu attendre longtemps avant de voir la première intervention de cette technologie en Ligue 3. Vendredi dernier, lors de la première journée de la saison, le coach de Thionville, Julien François, a utilisé un challenge après 5 minutes de jeu contre Aubagne.
Il estimait que le joueur adverse, Bilel Tafni, avait commis une faute (non sifflée) en position de dernier défenseur et méritait donc un carton rouge. L'arbitre est allé consulter la vidéo et a effectivement expulsé Bilel Tafni, première victime du Football Video Support en France.
La séquence en vidéo
Par rapport à une VAR normale, ce dispositif présente l'avantage d'être bien plus léger au niveau logistique, et est donc nettement moins coûteux. Cette «VAR du pauvre» est adaptée à des championnats comme la Ligue 3, qui ont moins de ressources financières que les ligues prestigieuses. Avant la troisième division française, elle a aussi été utilisée en Serie C italienne (D3), dans le championnat espagnol féminin et lors de Mondiaux juniors, rappelle L'Equipe.
Elle ne nécessite aucun arbitre vidéo ni régie technique. Et en Ligue 3, il y a seulement deux caméras par match. C'est donc une manière de rétablir la justice sportive avec des moyens allégés, et d'amener aussi un peu de piment aux rencontres. On pourrait ainsi penser que ce Football Video Support fait l'unanimité parmi les entraîneurs. Or, ce n'est pas le cas.
Rythme cassé, moyens «trop limités» et effet pervers
Dans L'Equipe, après cette première journée de Ligue 3 – il y a eu plus de 20 challenges –, plusieurs coachs ont relevé des limites. A commencer par le rythme du match qui est cassé – volontairement ou involontairement. Il y a le risque que cette règle soit détournée par des entraîneurs qui veulent juste faire souffler leur équipe ou briser l'élan de l'adversaire. On peut aussi avoir des matchs à rallonge, pas très agréables pour les (télé)spectateurs.
Régis Brouard, l'entraîneur de Rouen, parle aussi du danger d'être trop absorbé par cet outil et d'oublier de coacher, lui qui a eu «l'impression d'être obsédé par l'idée d'arbitrer et de ne pas manquer une occasion» de demander son challenge.
Il déplore également l'impossibilité, avec seulement deux angles de vue au maximum, de clarifier certaines situations litigieuses. Pour lui, cette VAR aux moyens limités est donc inutile:
Son confrère Stéphane Rossi (Paris 13) – favorable à cette innovation – dégage un effet pervers, en prenant l'exemple d'un challenge demandé par le coach adverse:
Rossi a aussi «senti des arbitres plus stressés que d'habitude par l'utilisation d'un outil qu'ils ne maîtrisaient pas».
Concernant ce dernier point, les directeurs de jeu deviendront de plus en plus à l'aise au fil des journées. Mais reste donc à voir, à la fin de la saison de Ligue 3, si cette innovation a apporté davantage de bienfaits que de problèmes.
