DE | FR
Image: EPA
Commentaire

L'avenir des Jeux olympiques est sans public

Loin des craintes qu'ils avaient suscitées, ces JO ont enthousiasmé le monde entier. Non par le contexte local ou culturel, mais par la qualité de leur mise en scène.
09.08.2021, 12:3909.08.2021, 16:37

Jusqu'au Comité International Olympique (CIO) lui-même, tout le monde redoutait des Jeux olympiques sans âme, disputés derrière des barricades, dans un décor de carton pâte, avec quelques étudiants japonais commis au rôle de spectateurs enthousiastes - en réalité, de pâles figurants au visage masqué. Disons-le tout net: ce fut l’exact contraire.

Ces Jeux ont peut-être obéi à l’injonction du «show must go on» mais ils se sont affranchis de leur environnement hostile, du rejet populaire comme du péril sanitaire, avec une ingéniosité extraordinaire.

Rarement des Jeux olympiques ont été aussi bien filmés, aussi bien joués (quel niveau d’ensemble!), aussi bien racontés. Jamais peut-être la magnification du geste sportif, jusqu’à sa forme la plus ésotérique (notamment dans des disciplines confidentielles comme le BMX), n’a réussi à captiver avec autant de force, par le double effet d'une image et d'une narration parfaites.

Le BMX filmé et décrypté par des spécialistes est devenu un spectacle de haut vol.
Le BMX filmé et décrypté par des spécialistes est devenu un spectacle de haut vol.

La télévision a occupé tout l’espace, elle y a mis les moyens, et ça s’est vu. Pendant plus de deux semaines, la mise en scène du rêve olympique a restitué la prouesse, l’effort et l’émotion, avec une perspicacité virtuose. La généralisation des consultants sur les grandes chaînes généralistes a mis la compétence au pouvoir (vs l’emphase): des anciens sportifs passionnés, capables de vulgariser avec beaucoup de finesse et, parfois, de truculence, ont fait de chaque sport une épopée.

Qui n'a pas redécouvert la gymnastique après avoir «appris» la géométrie du corps dans l’espace sur CNBC? Qui n'a pas saisi la détresse du judoka en écoutant David Douillet?

Bien sûr, chacun est libre de réduire les JO à une célébration patriotique, à un décompte de médailles. Chacun est libre, également, de déplorer qu’il en soit ainsi. Cette fois-ci pourtant, il suffisait d’écarquiller les yeux, d’ouvrir grand les oreilles (et vice-versa), pour voir le sport autrement; le sport et rien que le sport, filmé de l’intérieur comme jamais, jusqu’à ses complexités les plus bluffantes et inaccessibles.

Des façons de plonger très différentes, parfaitement saisies.
Des façons de plonger très différentes, parfaitement saisies.Image: EPA

Un peu malgré lui, Tokyo a préfiguré de ce que seront les Jeux de l’ère moderne: une formidable série télé. Un spectacle où l’absence de public passera totalement inaperçue.

A partir de cette vision d'avenir, il est facile d’imaginer des Jeux nettement moins chers, moins mégalos, moins contestés et contestables. Il est facile d’imaginer que des JO sans public réduiraient d’autant la part de fonds publics et d'empreinte carbone, et que le CIO pourrait même les organiser dans un seul lieu, pendant plusieurs décennies, à la façon d’un studio de cinéma, sur des infrastructures existantes et parfaitement adaptées à la scénarisation du spectacle sportif.

Les mécontents ne seraient que quelques dizaines de milliers dans le monde; les autres savent déjà qu’on ne retire rien (au-delà d’un selfie et d’un gobelet estampillé) à suivre une compétition sur place, quand les subtilités d’un sport échappent à l'œil et à la connaissance.

Image: EPA

Les travées seraient plus modestes, avec une caisse de résonance pour le fond sonore. Les seuls billets seraient attribués aux accompagnants des athlètes, pour la juste récompense, ainsi qu’aux sponsors et aux VIP, pour financer cette récompense.

Tokyo revendique un manque à gagner de 1 milliard de dollars sur la billetterie, mais dans ce même budget, quel est le poids des travées flambant neuves, des infrastructures routières et ferroviaires, destinées aux seuls visiteurs étrangers?

La piscine olympique de Rio (2016) est déjà à l'abandon. Celle d'Athènes (2004) est recouverte de mauvaise herbe.
La piscine olympique de Rio (2016) est déjà à l'abandon. Celle d'Athènes (2004) est recouverte de mauvaise herbe.

Qu’on le veuille ou non, les Jeux de Tokyo ont montré qu’il était possible de changer, même à un âge aussi vénérable. A l’heure où le mouvement olympique est particulièrement impopulaire, inlassablement associé au gigantisme et au gaspillage, ce succès sportif, pour ne pas dire cinématographique, ne peut qu'inspirer d'autres projets.

Plus d'articles sur le sport

Montrer tous les articles
1 Commentaire
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
1
Pour son dernier «FIFA», EA mise aussi sur le foot féminin
Avant d'être rebaptisé «EA Sports FC» en 2024, le millésime 2023 du célèbre jeu vidéo, qui sort ce vendredi, fait apparaître les équipes féminines de clubs anglais et français.

Leader incontesté du genre grâce notamment à ses licences (véritables noms des joueurs, des équipes, des stades, des compétitions...), «FIFA» est développé chaque année par l'éditeur américain Electronic Arts (EA) depuis 1993. Avec un succès florissant: le jeu s'est écoulé à plus de 325 millions d'exemplaires, selon des chiffres publiés par EA début 2021, ce qui en fait la simulation sportive la plus vendue de l'histoire.

L’article