Pourquoi l'histoire du FC Thoune est unique
Thoune a remporté dimanche son premier titre de champion de Suisse. Retour sur la plus grande surprise de l'histoire du football helvétique: celle d'un club sacré un an après avoir été promu.
C'est un peu cruel, mais aussi assez amusant: en relisant ou réécoutant aujourd'hui les pronostics du début de saison, on voit comment Thoune était évalué. Presque partout, le club était annoncé à l'une des deux dernières places du classement.
La relégation directe était jugée possible, le barrage probable. Une place hors relégation ne paraissait envisageable qu'avec pas mal de chance. Voilà pour les trois scénarios qui semblaient réalistes pour le FC Thoune. Personne n'imaginait qu'ils puissent viser la première moitié de tableau, encore moins le titre.
On cherche donc maintenant des comparaisons pour situer cet exploit: Leicester en 2016, Montpellier en 2012 ou Kaiserslautern en 1998. Mais l'histoire de Thoune est unique. Pour la comprendre, il faut revenir à sa dernière grosse désillusion, qui a failli mener le club à la faillite.
Le «stage hardcore» du FC Thoune
10 août 2020: Thoune bat Vaduz 4-3 à domicile, mais les joueurs quittent le terrain abattus. Dominés 2-0 à l'aller, ils perdent le barrage disputé exceptionnellement en été à cause du Covid. Après dix ans dans l'élite, le club bernois est relégué en Challenge League. Pour une organisation déjà fragile financièrement, c'est une catastrophe.
Le lendemain, le président Markus Lüthi appelle le directeur sportif Andres Gerber pour lui dire qu'il n'en peut plus. Le combat permanent pour la survie financière l'a épuisé. Gerber raconte:
Lüthi n'est pas le seul à partir. Presque tous les cadres quittent le club, et après un seul point en trois matches, l'entraîneur Marc Schneider démissionne. Gerber reste presque seul, devient président et se bat pour sauver le club. Il cherche des investisseurs et tente de maintenir l'intérêt des supporters.
Il décrit aujourd'hui cette période comme un «stage hardcore». Réussir à trouver des gens prêts à croire au projet reste, selon lui, sa plus grande réussite.
Une direction profondément remaniée
Pendant plusieurs années, Thoune navigue près du gouffre financier en Challenge League. Début 2024, la situation devient critique: il manque environ 800 000 francs pour obtenir la licence.
C'est alors que l'entrepreneur Beat Fahrni intervient, à la tête d'un groupe d'investisseurs, empêchant une reprise étrangère. Le partenariat avec le groupe chinois PMG est rompu. Fahrni donne des impulsions, mais juge que la mise en œuvre des changements est trop lente. La direction est profondément remaniée, jusqu'à ce qu'il devienne lui-même CEO.
En mars dernier, alors que le titre se profile, surprise: Fahrni se retire prématurément. Presque en même temps, on apprend que le club a dû contracter un prêt relais de 4 millions de francs après l'échec des négociations avec un investisseur majeur.
Malgré cela, le club assure que la stabilité financière est garantie à court terme.
L'exigence de Lustrinelli
Sur le plan sportif, la stabilité contraste avec les turbulences en coulisses. Mauro Lustrinelli est nommé entraîneur pour la saison 2022/23. Son départ de l'équipe de Suisse M21 juste avant l'Euro surprend. Il répond:
«Je ne vais pas en Challenge League, je vais à Thoune.» L'objectif est clair: remonter en Super League en trois ans. Son idée de jeu est exigeante et met du temps à s'installer. La première saison se termine à une décevante 6e place.
Même Leonardo Bertone, recrue clé, a du mal au début avec le jeu vertical voulu. Il y a des frictions, mais l'équipe finit par adhérer au projet. Portés par l'envie de retrouver l'élite, les Thounois progressent et décrochent la promotion l'été dernier.
Le succès ne s'achète pas
En Super League, l'objectif est simplement de s'installer. L'effectif est peu modifié. Le prêt de Kastriot Imeri (YB) s'avère être un bon coup. Thoune joue libéré dès le début, malgré une élimination précoce en Coupe contre Breitenrain.
L'équipe impressionne par sa mentalité. Au lieu d'un stage au soleil, elle passe une nuit en dortoir sur le Brünig pour renforcer la cohésion. Aucun effondrement en deuxième partie de saison, au contraire, Thoune s'envole et fait parler de lui dans le monde entier.
C'est un conte de fées pour les romantiques du foot. Beaucoup de joueurs étaient en quête de relance, comme Elmin Rastoder, arrivé libre après un passage raté à GC et devenu meilleur buteur. La valeur de l'effectif est passée de 8,4 à 20,6 millions de francs.
Pendant que les autres clubs se demandent comment un promu au système simple a pu dominer la ligue, Thoune savoure. Le club a prouvé que le succès ne s'achète pas: il se construit avec la bonne mentalité et l'esprit d'équipe. (jzs/ats)
