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Neuchâtel Xamax et Raphaël Nuzzolo sont 6e de Challenge League, à 9 points du barragiste, Winterthour.
Neuchâtel Xamax et Raphaël Nuzzolo sont 6e de Challenge League, à 9 points du barragiste, Winterthour.image: keystone

Xamax repart à la conquête de sa gloire et de ses fans, petit à petit

Neuchâtel Xamax ira affronter Thoune ce mardi soir (19h30). A 13 journées de la fin, les pensionnaires de la Maladière ont déjà quasiment assuré leur maintien. Mais ils ne tablent pas sur une promotion, un cadeau qui pourrait devenir empoisonné pour un club encore trop fragile.
01.03.2022, 18:51
jonathan amorim

Flashback, il y a 36 ans. En 1986, Neuchâtel Xamax aligne une véritable armada sur le terrain. Parmi ses joueurs, il y a de très grands noms du football suisse, et même international: Uli Stielike, Karl Engel, Heinz Hermann, Don Givens, Philippe Perret, Claude Ryf ou encore Robert Lüthi.

Cette année-là, ces hommes mèneront les «Rouge et Noir» jusqu'en quart de finale de la Coupe de l'UEFA. Ils n'échoueront que contre le Real Madrid, malgré une victoire à domicile 2-0 dans une Maladière pleine à craquer (25'000 spectateurs). Une année plus tard, ils décrocheront le premier titre national du club, puis un second la suivante. Une toute autre époque.

Grosses frayeurs de l'autre côté du Gothard

Parce qu'en 2022, Xamax n'affronte plus le Real Madrid. Ses adversaires se nomment Kriens, Vaduz ou encore Aarau. Et la Maladière sonne creux. Dirigé depuis 2019 par Jean-François Collet, le club neuchâtelois n'arrive pas à quitter le ventre mou de la Challenge League, la deuxième division suisse. La saison passée, il avait même risqué la catastrophe en bataillant jusqu'à la dernière journée contre la relégation, avec une «finalissima» à Chiasso. Les Neuchâtelois n'avaient dû leur maintien qu'à une meilleure différence de buts.

Le classement de Challenge League après 23 journées

source: rts

Des frayeurs que les «Rouge et Noir» veulent, forcément, à tout prix éviter cette année. Le président xamaxien Jean-François Collet est optimiste:

«Cette saison doit nous permettre de stabiliser le club. Avec le maintien quasiment assuré, nous avons maintenant du temps pour mettre en place notre projet autour des jeunes du club. On est dans le timing»
Jean-François Collet, président de Neuchâtel Xamax

Ce nouveau projet, orienté sur la formation, a un triple objectif: permettre à Xamax de construire une équipe compétitive pour son avenir proche, rapprocher le club de ses supporters et, enfin, amener des liquidités, indispensables, grâce aux ventes de pépites.

Et ça tombe bien: plusieurs jeunes visages se sont imposés dans le onze neuchâtelois cette saison. Des joueurs formés au club, destinés à faire revenir Xamax dans l'élite un jour. Parmi eux, il y a l'arrière-central Yoan Epitaux (20 ans), le milieu central Burak Alili (18 ans) et Fabio Saiz (20 ans), sentinelle devant la défense.

Jean-François Collet, président du club depuis 2019.
Jean-François Collet, président du club depuis 2019.Image: KEYSTONE

Jean-Paul Picci, journaliste à la radio neuchâteloise RTN, suit l'équipe match après match. Derrière son micro de commentateur, il est aux premières loges pour voir l'éclosion de ces talents. Il reconnaît que le projet est «intéressant» et qu'il a déjà eu des effets positifs. Mais en rajeunissant considérablement son contingent, le club s'expose aussi à quelques soucis, comme actuellement:

«Aujourd'hui, l'équipe est peut-être même trop jeune. Il y a passablement de cadres blessés et ces derniers sont vraiment nécessaires à l'équilibre et au développement de l'équipe et des plus jeunes»
Jean-Paul Picci, journaliste à la radio neuchâteloise RTN

Le journaliste neuchâtelois voit une autre limite au projet de Xamax, totalement indépendante de la volonté de ses dirigeants: la réalité démographique.

«Sur le long terme, on peut se demander si Neuchâtel a le réservoir de talents suffisants pour jouer en Super League. Il faudra peut-être aller chercher ailleurs, dans les cantons voisins, comme Fribourg ou le Jura, qui n'ont pas d'équipes dans l'élite. Le club peut se positionner comme tremplin, soit pour l'étranger, soit pour les grands clubs du pays comme Bâle ou YB»
Jean-Paul Picci
Le soulagement avait été énorme la saison dernière avec le maintien lors de l'ultime match à Chiasso, à l'image de Louis Mafouta.
Le soulagement avait été énorme la saison dernière avec le maintien lors de l'ultime match à Chiasso, à l'image de Louis Mafouta. image: keystone

Des diamants à exporter

Car oui, le club de Maladière ne pourra pas retenir longtemps ses futurs joyaux. Il a besoin de cash pour grandir. «Il faut être réaliste. Les ventes de joueurs sont nécessaires, concède Jean-François Collet. On a réussi à en vendre trois lors des derniers mercatos, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. On va continuer à travailler pour valoriser nos joueurs et leur permettre de se mettre en avant.»

Bio express de Jean-François Collet
Jean-François «Jeff» Collet (54 ans) est propriétaire et président de Neuchâtel Xamax depuis 2019. Il dirige aussi une société de management et marketing sportif, Grand Chelem Event, qui organise notamment le tournoi de tennis ATP de Gstaad. Il a débuté sa carrière en travaillant notamment pour Swatch puis IMG, leader mondial du marketing sportif. Le Vaudois a aussi été président du Lausanne-Sport de 2007 à 2013.

Cet hiver, Xamax a vendu Maren Haile-Selassie à Lugano et a prêté Louis Mafouta à Metz, avec option d'achat. En 2020, il avait encaissé de l'argent en cédant Musa Araz à Sion. Mais les montants de ces transactions n'ont pas été révélés. «C'est un peu dommage», déplore Jean-Paul Picci. Il enchaîne:

«Les dirigeants font un excellent travail, notamment dans leur communication. Elle est défaillante uniquement quand il s'agit de transferts. Les supporters aimeraient connaître ces chiffres. Ce manque de transparence pourrait porter préjudice au club»
Jean-Paul Picci
Maren Haile-Selassie a rejoint Lugano cet hiver, pour un montant qui n'a pas été dévoilé.
Maren Haile-Selassie a rejoint Lugano cet hiver, pour un montant qui n'a pas été dévoilé.Image: KEYSTONE

Un cadeau empoisonné et une belle surprise

Neuchâtel Xamax, sixième de Challenge League, n'est qu'à neuf points du 2e et barragiste, Winterthour, avec un match en moins. Mais même si elle reste envisageable, une promotion dès cet été n'est pas l'objectif du club, comme l'explique son président-propriétaire:

«Dans le système actuel, avec une Super League à 10 équipes, ce serait difficile pour nous, que ce soit financièrement ou sportivement. Notre projet, bien sûr, passe par la Super League. Mais nous avons encore besoin de temps, ou d'une autre Super League, à 12 ou 14, qui amènerait d'autres possibilités.»
Jean-François Collet

Constat similaire chez Jean-Paul Picci. Pour le journaliste, une promotion en fin de saison serait même un cadeau empoisonné: ««L'équipe n'est pas encore taillée pour la Super League et, en coulisse, le club est en plein développement», rappelle-t-il.

«Je crains qu'une promotion prématurée n'amène plus de problèmes que de solutions au club. Par contre, si la Super League passe à 12 ou 14, il ne faudra pas rater le train. Parce que le risque de végéter longtemps en Challenge League existe, comme on le constate avec Aarau»
Jean-Paul Picci

C'est aussi la crainte de beaucoup de supporters. Ils restent nombreux à Neuchâtel où l'on vit parfois au travers du glorieux passé du club. Le projet du président passe par une fidélisation de son public, nostalgique des grandes années ou beaucoup plus jeune, mais qui doit dans tous les cas pouvoir s'identifier à son équipe.

Les dirigeants y mettent du cœur. «À Neuchâtel, il y a une base de 2'000 à 3'000 fidèles. Le club travaille bien avec ses fans, en discutant avec et en leur proposant un projet qui va dans leur sens, avec des jeunes de la région», se réjouit Jean-Paul Picci.

Yoan Epitaux (à droite), l'un des jeunes éléments très prometteurs de Neuchâtel Xamax.
Yoan Epitaux (à droite), l'un des jeunes éléments très prometteurs de Neuchâtel Xamax. image: keystone

Pour continuer à remplir la Maladière correctement – pour de la Challenge League –, Xamax devra être capable d'offrir des émotions à son public. Et donc voir suffisamment loin.

Plusieurs opérations ont été entreprises pour garnir les gradins, comme par exemple offrir les abonnements, en début de saison, aux personnes qui étaient déjà abonnées pour le précédent exercice. Une initiative rare et louable, surtout en pleine crise sanitaire et financière.

La troupe d'Andrea Binotto dispose maintenant de trois mois jusqu'à la fin de la saison – qu'elle devrait finir tranquillement, sauf cataclysme – pour roder son équipe, sur le terrain et en coulisse, dans l'optique de lui faire retrouver la Super League à moyen terme. Et qui sait, un jour, revoir le Real Madrid débarquer sur sa pelouse pour une nouvelle folle soirée.

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