Cette technologie de la Fifa vous trompe
Cela fait désormais plus d’un mois que l’Espagne s’est imposée 1-0 après prolongations face à l’Argentine en finale de la Coupe du monde, décrochant ainsi sa deuxième étoile.
Cependant, depuis la fin de ce tournoi particulièrement controversé, la Fifa, organisatrice de la compétition, reste sous le feu des critiques en raison des polémique autour de son président, Gianni Infantino. Mais pas seulement.
L’instance dirigeante du football mondial fait désormais l’objet de critiques concernant la technologie semi-automatisée de détection du hors-jeu qu’elle a utilisée lors du Mondial.
Le scientifique Tobias Weber, qui s’intéresse depuis un certain temps aux difficultés liées à l’identification des positions de hors-jeu, a souligné les imprécisions du système dans un entretien accordé à la Süddeutsche Zeitung.
La détection rapide des positions de hors-jeu, avec une représentation graphique destinée aux téléspectateurs et aux supporters dans les stades, avait été présentée par la Fifa avant le tournoi comme l’une des nombreuses «innovations technologiques» de la compétition. Pourtant, plusieurs situations survenues au cours de la Coupe du monde ont montré que cette technologie était loin d’être infaillible.
Lors du match entre la Suisse et le Qatar, «une brève panne technique a empêché la génération de l’animation graphique du hors-jeu», comme l’a reconnu la Fifa après coup. Tout cela sur une action importante, puisque la séquence se poursuivait, quelques secondes plus tard, par un penalty accordé aux Suisses.
La finale a elle aussi donné lieu à une situation controversée: Ferran Torres, qui venait de donner l’avantage à l’Espagne, s’est retrouvé seul face au but à la 113e minute et a inscrit ce qui semblait être la deuxième réalisation espagnole. Mais le drapeau de l’arbitre assistant s’est levé, avant que l’arbitre vidéo ne confirme la décision. La visualisation graphique de la décision n’est toutefois apparue que quatre minutes plus tard. Et elle continue de soulever des questions, même un mois plus tard.
L’analyste français Pierre Sallet, dont la société Goodgame est spécialisée dans l’identification d’éventuelles irrégularités dans le football, doute de la justesse de la décision. «Le problème provient d'une distorsion verticale. Celle-ci varie en fonction de la position dans l'image, à l'instar de la distorsion horizontale, qui, contrairement à elle, est toutefois entièrement prise en compte», explique l’expert. Selon lui, l’analyse présentée par la Fifa est «invalide en raison de cette distorsion verticale».
Selon Pierre Sallet, la Fifa aurait appliqué, dans ce cas précis, une distorsion verticale «qui ne correspond pas à la projection réelle, sans même parler des erreurs de mesure qui en découlent». L’analyste estime donc qu’une réévaluation de l’ensemble du processus d’analyse, y compris des marges d’erreur, est nécessaire.
Weber rejoint l’expert concernant l'action de Ferran Torres. «Au vu des images dont je dispose, il n’est pas hors-jeu», a-t-il déclaré. De son côté, la Fifa, sollicitée par la Süddeutsche Zeitung, n’a pas souhaité fournir davantage de détails sur cette séquence controversée.
La technologie a déjà montré par le passé qu’elle pouvait être sujette aux erreurs. Lors de la rencontre entre le FC St. Pauli et le Borussia Mönchengladbach la saison dernière, le système semi-automatisé de détection du hors-jeu avait rencontré un problème. La Fédération allemande de football (DFB) avait ensuite indiqué que la technologie «avait malheureusement fourni un résultat erroné, car une ligne de hors-jeu avait été tracée sur le mauvais défenseur». Selon la Süddeutsche Zeitung, le système n’aurait pas fonctionné correctement lors d’au moins trois rencontres de Bundesliga.
(t-online/roc)

