Fin de carrière pour ce footballeur romand: «Je suis un peu mitigé»
Ridge Mobulu a décidé d'en finir avec le ballon rond. A 35 ans, il met un terme à une carrière professionnelle démarrée au Lausanne-Sport, qui l'aura mené par de nombreux clubs suisses, jusqu'à Vancouver.
Il se remémore ses effusions de joie après la réception de la lettre pour l'accession au centre de formation du LS, fêtée avec ses potes au quartier de la Planchette à Aigle, en 2005, «là où tout a commencé», lâche-t-il, le sourire en coin. Avec un coach qui lui a fait beaucoup de bien: «Pierre-Alain Praz, un entraîneur qui te fait sortir le meilleur de toi.»
Ridge Mobulu fourbit ses premières armes au Lausanne-Sport, la majorité du temps en Challenge League. A 17 ans, il joue sa première partie avec la première équipe, avant d'être prêté à Bulle, en 2009.
Vancouver et le cauchemar canadien
A la fin de ce prêt, le retour à Lausanne se complique. C'est alors que son agent lui présente, du jour au lendemain, le projet Vancouver, «venu de nulle part». «Je lui ai fait confiance», raconte Ridge Mobulu. L'expérience s'annonce comme un rêve: «Je ne connaissais même pas la MLS, et je découvre ce projet de stade extraordinaire.»
A cette époque, il n'a même pas le permis B. «J'ai fait, inconsciemment, un départ définitif de la Suisse. Là-bas, je me suis dit que ma nouvelle vie commençait.»
Il joue, il se sent bien. Après six mois, il rentre en Suisse pour les vacances. A son retour, la saison MLS débute, mais le coach ne veut plus de lui. Il effectue tout de même la préparation. Mais en janvier 2011, il est écarté: «Le club m'explique qu'il y a trop de joueurs étrangers dans l'effectif.» S'ensuit une rupture: «Je pars au clash, sans plus jouer le moindre match officiel.» En été, il est réintégré, mais seulement à l'entraînement: «Je m'entraîne, sans jamais rejouer.»
Il finit par casser son contrat. Sans titre de séjour, il doit alors faire une demande de visa pour rentrer en Suisse.
Retour en Suisse
Une année blanche. Une année galère. Fin 2011, Ridge Mobulu rentre en Suisse. Il signe à Stade Nyonnais, en Challenge League, et vit la relégation, au moment même où naît la Promotion League. «Là, j'avais envie d'arrêter le foot», confie-t-il. Il rebondit tout de même, à Yverdon, club en reconstruction, budget serré.
Six mois passent. Et tout bascule avec Le Mont, où d'anciens coéquipiers du LS sont réunis en Première Ligue Classic. Un match amical et un constat: «On a ramassé une claque», se souvient-il. Dans la foulée, le président Duperret l'aborde: «Il me dit: c'est bon?» Il signe le jour même, fin mars 2012, à la sortie du terrain. «L'histoire débute là», résume-t-il: une première promotion, puis une deuxième, en Challenge League. Deux saisons, de 2012 à 2014.
Enfin la Super League
Très en jambes, virevoltant, Ridge Mobulu attire les regards. Surtout un: celui d'Alexander Frei, alors directeur sportif à Lucerne, lors du match contre Young Boys, en 8e de finale de la Coupe de Suisse, en novembre 2013. L'Aiglon raconte:
Des dates pour des essais sont décidées, juste avant un match en Coupe contre Bâle. Dans un premier temps, Le Mont s'oppose: le club craint qu'il ne revienne blessé. «Je pars un peu au clash», raconte Ridge Mobulu, mais une solution finit par être trouvée.
Deux entraînements suffisent: «C'était bon.» Dans la foulée, il explique, laissant un large sourire se dessiner sur son visage:
Il paraphe un contrat en 2014 avec le club lucernois.
Mais la réalité le rattrape vite, dès la préparation, face à Grasshopper: «Là, j'ai senti que le niveau n'avait rien à voir.» Une différence qu'il situe moins dans la technique que dans le reste: «C'est une question de vitesse, exécution, prise d'information, intelligence de jeu. Il n'était pas question de niveau technique.»
Il reste un an à la Swissporarena, en joker de luxe:
En 2015, Aarau lui fait les yeux doux. Il casse son contrat à Lucerne et signe pour deux ans. Là-bas, il traverse les montagnes russes: sa première grosse blessure (huit semaines sans jouer), et une forte tête du football suisse, Marco Schällibaum – un entraîneur qu'il a pourtant apprécié.
En cause, selon Mobulu: Schällibaum n'a pas apprécié qu'il discute d'un retour au Lausanne-Sport. Le Vaudois nous montre le contrat signé de l'ancien président Alain Joseph, daté de mai 2016:
Il se retrouve sans club. Le Mont revient alors vers lui, et il y resigne, convaincu que la dynamique va repartir. Mais les mauvais choix s'enchaînent. «J'étais bien à Aarau», reconnaît-il, un brin amer.
Il y passe une année, puis se retrouve sans club jusqu'en septembre. Il retourne à Nyon en 2017, pour une saison marquée par des primes impayées. En 2019, direction Yverdon-Sport, où il restera jusqu'en 2022 – où il jouera en Challenge League la dernière saison. Il laissera sa trace, comme en témoigne ce tatouage d'un supporter.
En vacances, il apprend par voie de presse que le club ne veut plus de lui. Mais après une bonne préparation, il est finalement conservé. Ce sera sa dernière saison à Yverdon, qui prendra fin en mai 2022. Il traverse une période difficile, tente de garder le rythme avec la Swiss Association of Football Players (SAFP), de juillet à début octobre.
Puis Naters surgit, pour une nouvelle pige: «Un contrat court mais bien payé», de trois mois. L'objectif est le maintien: «Il fallait qu'ils se maintiennent, et je les ai maintenus. J'ai mis les buts qu'il fallait.»
Des galères à Paradiso et à Vevey
Il file à Paradiso, au Tessin, où il ne gardera pas un souvenir impérissable. Le club, miné par des problèmes financiers, s'arrête là pour lui, en juin 2023, avant de revenir à Naters, en 2024. Une saison plus tard, il rejoint Vevey, alors promu en Promotion League. Les galères s'enchaînent: après six mois de salaires versés normalement, les paiements s'arrêtent. De nouveaux investisseurs finissent par éponger les arriérés.
Un court passage à Bavois, six mois, et voilà qu'en février 2025 il commence à envisager la retraite. Mais à l'été 2025, Bulle le rappelle. Les premiers mois se passent bien, avec un bon premier tour, à dix buts. En février 2026, alors que le club lui avait promis de l'aider à trouver un emploi, la promesse ne se concrétise pas. Il termine alors à Stade Lausanne, où il encadre les jeunes, avant de pousser définitivement les crampons sous le lit, mi-juin.
Aujourd'hui, Ridge Mobulu est content de mettre le monde du foot derrière lui. Après presque 20 ans sur les prés, il a ressenti une sorte de lassitude:
En regardant en arrière, il explique être «un peu mitigé sur ma carrière». «J’aurais pu faire mieux, mais je n'ai pas de regret», explique l'Aiglon, désormais père d'un enfant, en passe de devenir agent de joueur. «Mais je me suis dit que je voulais aider les jeunes», conclut l'attaquant à présent à la retraite.
