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Davide Chiumiento était l'une des plus grandes pépites du football suisse, mais ses choix de carrière l'ont empêché de développer pleinement son potentiel.
Davide Chiumiento était l'une des plus grandes pépites du football suisse, mais ses choix de carrière l'ont empêché de développer pleinement son potentiel. image: keystone

Il était le grand espoir du foot suisse: que devient Davide Chiumiento?

Considéré comme le talent du siècle lorsqu'il a fait ses débuts à la Juventus à 19 ans, le Suisse en a aujourd'hui 37 et vit en Appenzell, où il veut enseigner sa magie du football aux enfants.
26.06.2022, 09:0201.08.2022, 11:54
christian brägger / ch media

Davide Chiumiento et sa famille sont rentrés du Canada avec leurs douze valises en novembre dernier. Aujourd'hui, le papa et ancien footballeur, accompagné de ses deux filles, regarde Diego (8 ans) jouer au football. Le garçon sait déjà jongler mille fois, mais quelle importance?

On a écrit beaucoup de choses sur Davide Chiumiento. Mais c'est du passé. «C'est fini. Ce qui était, ou aurait pu être, n'existe pas pour moi.» Quand on l'interroge sur sa carrière, il reconnaît toutefois que, «bien sûr, je ne peux pas dire que tout s'est bien passé. Il m'a manqué quelque chose, la maturité, la mentalité, un plan et un conseiller qui aurait parlé clairement. Qui m'aurait poussé physiquement ou mentalement. Et puis, je prenais souvent les choses personnellement, je perdais le focus, je réfléchissais trop, je doutais. Or quand ma tête n'est pas libre, la magie du football disparaît.»

Davide Chiumiento a créé sa propre école de football et celle-ci n'a que peu d'estime pour les statistiques, et encore moins pour les données GPS des joueurs, car elles ne disent rien sur leurs qualités footballistiques.

«J'étais un numéro 10. De tels joueurs rendent le football plus beau. Si j'avais dû choisir ma période d'activité, je l'aurais voulue plus tôt, en tant que footballeur de rue, sans protège-tibias»

Chiumiento veut poursuivre son travail avec les enfants, les encourager à sa manière. Il veut leur enseigner sa magie, le dribble, le jonglage, la technique. C'est pourquoi il a fondé à Heiden le «Giocafútbol, La Academia Chiumiento».

«Je veux à nouveau voir des footballeurs de rue, pas de mainstream, pas de robots. J'aime ce jeu, le football appartient aux gens»

Et aussi un peu à lui, Davide Chiumiento.

Successeur de Del Piero et agent foireux

Le voici donc à Heiden (AR), où tout a commencé; où un petit garçon follement doué s'ébattait sur les terrains de foot de la région en manipulant le ballon, en le caressant même, avec un talent encore jamais vu. Son nom: Davide Chiumiento. Son destin, celui d'un joueur très vite nostalgique. Bientôt un incompris. Et un peu hors du temps.

A 19 ans au plus tard, le «petit» Chiumiento était considéré comme le talent du siècle. Comme un Maradona suisse, qui valait à lui seul le prix d'entrée. Il a vécu son rêve et a joué pour la Juventus, «la vecchia signora», une vieille dame un peu diva. Treize ans de professionnalisme plus tard, Chiumiento n'a plus obtenu de contrat de la part du FC Zurich et s'est retiré discrètement. Après cette retraite, une deuxième vie bien remplie a commencé près de Vancouver. Les Canadiens adorent lorsque les anciens professionnels apprennent à leurs enfants à manier le ballon.

Pendant longtemps, Davide Chiumiento est resté silencieux. Le public s'est progressivement désintéressé de lui. Son nom n'apparaissait plus dans les journaux et cela lui allait sans doute très bien. Le natif de Heiden a toujours voulu simplement jouer au football. Il n'a jamais voulu faire de vagues, estimant que le passé devait rester à sa place. Mais est-ce que cela fonctionne ou est-ce que le passé finit toujours, d'une manière ou d'une autre, par vous rattraper?

C'est aussi une question qui a accompagné le footballeur: où vivre après sa carrière? Où est sa maison? Ne serait-ce que parce que ses parents, une Sicilienne et un Campanien, habitent encore aujourd'hui à Heiden, cela a toujours été un lieu de force pour Chiumiento, un pilier de sa vie. Et ce, pour quelqu'un qui a vu beaucoup de choses dans le monde. Il a vécu beaucoup de choses dans le football, dont il ne veut plus vivre selon les normes, ce rythme qui n'a jamais vraiment été le sien. C'est aussi à cause de son amour pour la cuisine italienne qu'il a quelques kilos en trop.

A l'âge de 9 ans, le jeune garçon jouait déjà en tant que meneur de jeu avec les juniors du FC Saint-Gall. Après un tournoi international en France, des recruteurs de la Juventus ont invité l'Appenzellois pour un essai. Déjà à l'époque, des conseillers se bousculaient sur les bords du terrain, espérant gagner beaucoup d'argent et jouer les vendeurs. Chiumiento opte pour Giacomo Petralito. Ce ne fut pas la meilleure décision, car «Petralito ne voulait compter que l'argent», dira le prodige plus tard.

Arrivé à Turin, il a tout de suite disputé un match test. Gian Piero Gasperini, aujourd'hui entraîneur en chef de l'Atalanta, coachait les jeunes de la Juve. Une mi-temps lui avait suffi, il en avait vu assez. On convoqua immédiatement le père, le conseiller et le jeune Davide dans le bureau de Luciano Moggi, le maître d'œuvre de la Juve, plus tard condamné et réprouvé pour avoir manipulé des joueurs et des matchs.

Un contrat a été signé, mais il était mal ajusté. La famille ne s'en est aperçue que plus tard, à quoi se sont ajoutés les menaces de Moggi. «Que pouvions-nous faire? C'était la Juve, le club de mes rêves, témoigne aujourd'hui Chiumiento. Nous étions naïfs et ne savions pas à quel point les gens peuvent se tromper dans ce business. De plus, je jouais au football par passion, pas pour gagner beaucoup d'argent et avoir le plus de followers possible comme les jeunes d'aujourd'hui.»

Lorsque le tournoi de jeunes le plus prestigieux d'Italie, «il Torneo di Viareggio», a eu lieu en 2003 et 2004, Chiumiento était le plus jeune. La Juve l'a remporté les deux fois et en 2004, le Suisse a été élu «joueur du tournoi», comme un certain Alessandro Del Piero dix ans plus tôt. Des pages entières dans les quotidiens sportifs se sont alors succédées, «le prochain Del Piero» écrivaient-ils, ou «une nouvelle étoile au firmament du football italien».

Le génie commet une erreur

Après le tournoi, ce jeune surdoué de 19 ans a immédiatement intégré la première équipe. Marcello Lippi l'a lancé dans le grand bain face à Ancona en 2004. L'entraîneur national Giovanni Trapattoni voyait déjà le garçon dans la Squadra Azzurra. Paolo Rossi, légende de l'attaque de l'équipe championne du monde 1982, parlait d'un «phénomène», Lippi d'un «génie».

Chiumiento durant ses jeunes années avec sa mère Manuela, son père Gerardo et son frère Claudio.
Chiumiento durant ses jeunes années avec sa mère Manuela, son père Gerardo et son frère Claudio.

Tous les médias suisses ont accouru en Italie pour observer le prodige de près. Les fédérations se sont disputées le double national. Chiumiento a encore joué pour la Suisse lors de l'Euro des moins de 21 ans, mais son cœur et ses émotions étaient pour l'Italie, qui pouvait le lui reprocher? Il a donc refusé la convocation de l'entraîneur Köbi Kuhn pour l'Euro 2004 avec l'équipe nationale suisse A. Rétrospectivement, c'était une erreur, dit l'ex-joueur âgé de 37 ans. Car les décisions, aussi difficiles soient-elles, prises sous le coup de l'émotion, de la fierté ou de la frustration, sont toujours mauvaises.

Dans le même temps, Moggi a fait une énorme pression pour le prochain contrat et s'est disputé pendant les négociations avec le conseiller Petralito, qui agissait selon le principe: «Ce qui ne coûte rien n'a pas de valeur.» Malgré tout, un contrat à long terme a été signé, une fois de plus sans tenir compte du marché. Et avec de nombreuses promesses que Moggi ne devait jamais tenir par la suite.

Chiumiento raconte:

«J'étais l'un des plus grands talents du club, mais il n'y avait pas de plan pour moi. Juste une étiquette de prix de 5 millions. J'étais donc difficilement employable, les portes se sont fermées»

S'ensuivirent jusqu'en 2007 des prêts non pensés par les deux parties à Sienne, au Mans et à YB.

«Les prêts sont difficiles. Ce n'est pas le même feeling quand on n'appartient pas au club», explique Chiumiento, qui se sentait alors souvent seul. En passant définitivement à Lucerne, le footballeur a accepté ce nouveau départ et a été si bon en Suisse centrale qu'en 2010, sous la houlette de l'entraîneur Ottmar Hitzfeld, il a fait ses débuts avec la Suisse dans le même match que Xherdan Shaqiri; il en est resté à cette seule et unique participation contre l'Uruguay.

«DC» en 2006 au Stade de Suisse.
«DC» en 2006 au Stade de Suisse.

Une charmante Chilienne et une forêt impitoyable

Sa carrière s'est ensuite écrite outre-Atlantique, chez les Vancouver Whitecaps, où Chiumiento a été surnommé «The Swiss Ronaldinho» après avoir marqué un but. C'est à Vancouver et dans l'athlétique Major League Soccer que Chiumiento a retrouvé le sourire et le bonheur personnel avec la Chilienne Christina. Deux ans plus tard, il est revenu en Suisse pour le FC Zurich, où il a failli être à nouveau sélectionné en équipe nationale parce qu'il était vraiment bon.

Avec l'entraîneur Sami Hyypiä, il a enchaîné des kilomètres de course en forêt lors de sa dernière année de contrat, car Hyypiä, comme d'autres entraîneurs auparavant, avait décelé chez lui un manque de forme physique. Et bien qu'il ait été le joueur préféré du président Ancillo Canepa, Chiumiento a été remercié par Zurich en 2017. Il n'a pas eu de nouveau contrat avec Vancouver, s'engageant rapidement auprès des enfants. David Chiumiento, c'est certain, a beaucoup de choses à leur apprendre.

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