La Nati ne pourra pas utiliser cette excuse en cas d'échec
Lors du dernier Mondial à domicile en 2009, les Suisses n’avaient même pas atteint l’objectif minimal des quarts de finale. Le sélectionneur Ralph Krueger avait alors popularisé le terme de «désavantage à domicile». Tout est différent 17 ans plus tard: la Suisse bénéficie cette fois d’un véritable avantage de jouer à la maison, avec pour objectif le titre mondial.
La pression est l’un des termes les plus galvaudés dans le sport. Lorsqu’un favori échoue, c’est toujours parce que «la pression était trop forte». Il y a peut-être une part de psychologie de comptoir là-dedans, mais le plus souvent, la pression sert surtout d’excuse facile et les raisons de l’échec sont tout autres.
Pour le Mondial organisé cette année en Suisse, l’excuse de la pression ne tient pas. Les Helvètes ont certes échoué à domicile en 2009 suite aux attentes trop élevées placées en eux et l’analyse de Ralph Krueger sur le «désavantage à domicile» n’était pas totalement fausse, mais cet échec avait surtout des causes plus profondes.
Tout était différent en 2009
D’abord, le format du tournoi, avec tour préliminaire et tour intermédiaire, était très différent du système actuel avec sept matchs de groupe. Tout se jouait déjà dès la quatrième rencontre, perdue 2-1 aux tirs au but face à la Lettonie.
En 2009, la Suisse n’était tout simplement pas assez forte. Défensivement, elle pouvait rivaliser avec les géants lors d’une bonne soirée, mais offensivement, elle restait inférieure et incapable d’aller chercher des victoires contre des adversaires moyens comme la Lettonie, l’Allemagne ou la France. Il manquait le talent nécessaire et chaque victoire devait être «arrachée».
A l’époque, aucun attaquant suisse n’évoluait encore en NHL. Les défenseurs Mark Streit et Yannick Weber étaient les seuls joueurs de champ présents dans la meilleure ligue du monde, et ce dernier arrivait au Mondial avec seulement trois matchs NHL à son actif.
La Suisse est devenue une référence
Aujourd’hui, tout est complètement différent. Deux Suisses portent désormais le «C» de capitaine en NHL et jouent le rôle de chefs de meute: Nico Hischier (avec New Jersey) et Roman Josi (Nashville). Timo Meier, Pius Suter, Nino Niederreiter et donc aussi Hischier sont aussi des stars offensives en Amérique du Nord. Sven Andrighetto et Denis Malgin évoluent quant à eux à Zurich, mais il s'agit d'un choix de leur part alors que leur talent est d'un calibre NHL.
Un monde sépare l’équipe qui affrontera les Etats-Unis vendredi dans une revanche de finale mondiale de celle qui avait échoué en 2009. Quatre fois plus de talent, quatre fois plus d’expérience internationale, quatre fois plus de sérénité et de confiance en soi. En 2009, tout le monde doutait encore, y compris Ralph Krueger, de la capacité de l’équipe à atteindre les quarts de finale. Or celui qui doute finit sous pression… et échoue.
Aujourd’hui, après deux finales mondiales perdues de peu en 2024 et 2025, la Suisse est assez forte pour devenir championne du monde pour la première fois. Et tous les joueurs sont habitués à la pression. Grâce à la NHL, mais aussi grâce à notre National League, qui fait désormais partie des meilleurs championnats européens, contrairement à 2009. En 2024 et 2025, Genève-Servette et les ZSC Lions ont aussi remporté la Ligue des champions.
L'or doit être l'objectif
Cette génération «dorée» est au sommet de ses capacités et a maintenant l’occasion de devenir championne du monde. Devant son propre public. Avec l’énergie d’une arène comble qui se transmettra à l’équipe. A Zurich se présente ce qui pourrait être la meilleure sélection mondiale de l’histoire du hockey suisse.
Dans ce contexte, viser autre chose que l’objectif suprême serait presque absurde et ce ne serait pas non plus dans l’esprit des joueurs, qui assument pleinement cette ambition. Même «l’affaire Fischer» n'a plus aucune influence. Au contraire: les turbulences des dernières semaines ont encore renforcé la cohésion du groupe.
Bien sûr, dans un sport aussi imprévisible joué sur une surface glissante, un échec reste possible. Mais si cela devait arriver, la cause ne serait certainement ni la «pression de l’or», ni le «désavantage à domicile».
(Traduction et adaptation en français: Bastien Trottet)
