Les matchs de Gottéron au cinéma créent des tensions
A Fribourg, les soirs de matchs de Gottéron, il faut jouer des coudes pour voir les matchs si on ne dispose pas d'un abonnement MySports chez soi. Les fans qui n'ont pas eu leur place pour les rencontres à domicile doivent se rabattre sur d'autres solutions, dans des bars de la ville — les Gosses du Québec, le Café de la presse ou encore le Tap house.
Mais pour les supporters qui ne veulent absolument rien rater du match, une autre solution existe: le cinéma Korso et son écran géant, sur lequel on peut voir en détails les actions des Dragons.
L'ambiance y est bon enfant «et plus tranquille que dans un bar», indique Thierry Spicher, administrateur des lieux. Le cinéma attire notamment les familles, qui sont plus à l'aise pour venir avec les enfants ou «ceux qui veulent profiter du match devant un écran de cinéma». Mais pour cela, il faut débourser la petite somme de 10 francs.
Au-delà de trois mètres, il faut payer
Le cinéma indépendant n'aurait-il pas plutôt eu intérêt à proposer l'entrée gratuite et à tabler sur l'argent des consommations, comme c'est le cas pour les autres bars? C'est bien simple: il ne le peut pas. «Nous devons payer une contribution auprès de MySports, détenteur des droits pour la National League», explique Thierry Spicher.
La subtilité, c'est la taille de l'écran. Au-delà de trois mètres de diamètre, selon les dispositions de la Suisa, la société suisse pour les droits d'auteurs audio-visuels, l'établissement n'est plus soumis aux mêmes autorisations. Les bars qui disposent d'écrans plus petits peuvent s'abonner professionnellement auprès de MySports, pour 150 chf par mois pour une durée minimale de 12 mois.
L'accord conclu entre le Korso et MySports, détenu par Sunrise: fifty-fifty. Le cinéma et la chaîne privée se partagent donc les revenus des billets (lorsque 60 personnes paient dix francs pour visionner la finale, le Korso et MySports perçoivent 300 francs chacun). Cet accord a été calqué sur un précédent deal entre le cinéma Cinepel, à La Chaux-de-Fonds, qui diffuse les matchs du HC Bienne. Les matchs de play-off de la saison 2024-25 y ont été diffusés selon cette règle. Il est à noter que les Korso paient également des royalties auprès de Suisa pour ces diffusions.
Pas de play-off au cinéma
Mais pour cette saison, l'administrateur a eu quelques démêlés avec Sunrise. Dans un échange d'e-mails que watson a pu consulter, Sunrise a d'abord refusé aux Korso de diffuser les matchs de play-off de cette année.
Le détenteur des droits a indiqué vouloir «rester concentré» sur sa «stratégie d'abonnement pendant cette période cruciale de la saison». Comprendre: préférer vendre des abonnements MySports aux fans de Fribourg-Gottéron de la région. Thierry Spicher n'a pas rechigné et n'a pas pu montrer les matchs à guichets fermés aux Fribourgeois qui l'auraient souhaité, durant cette période.
Une diffusion depuis Léman bleu
Mais à l'approche des finales, le Korso a pensé à une autre solution: retransmettre les matchs en direct depuis Léman bleu ou La Télé, chaînes du bouquet public qui diffusent tous les matchs de finale en exclusivité en Suisse romande. Une solution qui n'avait pas abouti pour les play-off, car seule une sélection des matchs de playoff est diffusée sur ces chaînes et l'administrateur du Korso voulait être constant dans sa programmation.
La solution était idéale pour Thierry Spicher, qui aurait pu montrer les rencontres Gottéron-Davos gratuitement. Il explique sa logique:
Eviter «une escalade»
Mais Sunrise n'est pas de cet avis. Dans un e-mail, il maintient que le Korso doit disposer d'une autorisation auprès de MySports et que la redevance ne prime pas sur la détention des droits de diffusion.
Un bras de fer s'enchaîne au sein d'une zone grise. Chacun brandit l'analyse juridique d'une différente association suisse des droits d'auteurs:
- Le Korso indique que les juristes de la Suisa sont d'accord avec leur interprétation.
- Sunrise explique que Swissperform — qui gère les utilisations secondaires des droits soumis à rémunération — partage son analyse.
Le ton monte et Sunrise demande la suspension des projections, «afin d'éviter une «escalade de notre part». Une solution sous forme de compromis sera trouvée dans la foulée: le cinéma peut diffuser les matchs de finales, sous les mêmes conditions qu'au début du championnat: 10 francs l'entrée à 50/50. Thierry Spicher accepte. Retour au point de départ, en quelque sorte.
Mais pour les fans, cela fait toute la différence. «Nous avons une soixantaine de personnes présente pour chaque match, et cela continue de monter», indique l'administrateur du Korso. Le calcul est vite fait.
Un sujet en cours d'examination
Contacté, Sunrise décide de ne pas répondre sur ce cas spécifique. Concernant la diffusion de matchs présents sur les chaînes du bouquet, elle explique qu'il «s’agit d’un sujet que nous continuons d’examiner en collaboration avec Suisa ainsi qu’avec d’autres sociétés de gestion collective, afin de mieux comprendre le cadre juridique applicable.» Et de préciser:
