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Novak Djokovic, Lara Gut-Behrami et Granit Xhaka sont sous le feu des projecteurs lorsque les médias parlent de la crise sanitaire.
Novak Djokovic, Lara Gut-Behrami et Granit Xhaka sont sous le feu des projecteurs lorsque les médias parlent de la crise sanitaire. Image: Keystone

Plusieurs athlètes suscitent l'indignation dans le débat sur la vaccination

De nombreux sportifs ont l'impression que leur condition physique les protège des conséquences de la maladie. Et pensent donc que les risques de la vaccination sont trop élevés.
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30.10.2021, 08:0231.10.2021, 10:25
simon häring / ch media

«Je ne suis ni anti-vaccin, ni un opposant aux mesures sanitaires, mais je ne me fais pas vacciner. Du moins pas encore ou pas avec ce vaccin. Je m’inquiète des conséquences à long terme.» Comme le footballeur allemand Joshua Kimmich, de nombreux sportifs s'interrogent sur la nécessité de se faire vacciner.

Granit Xhaka, le capitaine de l'équipe nationale suisse, a d'ailleurs manqué le match de qualification pour la Coupe du monde contre l'Italie après avoir été contrôlé positif au Covid. Il n’était pas vacciné. Lara Gut-Behrami n’a pas exprimé sa position sur le sujet. Mais comme elle était l’une des seules à porter le masque à Sölden, la question de savoir si elle est vaccinée fait débat.

Cela donne parfois l'impression que les sportifs ont un comportement particulièrement imprudent. Ils seraient plus sceptiques à l'égard de la vaccination qu'une grande partie de la société. Mais est-ce vraiment le cas?

Probablement pas. Leur scepticisme n'est ni plus ni moins grand que dans le reste de la société. Les motifs, absurdes ou justifiés, sont les mêmes. Dans le cas des athlètes, il faut prendre en compte le fait que le corps est leur capital et leur outil de travail le plus important. Chaque session d'entraînement est au service d'un plan plus vaste, finement imbriqué: un arrêt d’une semaine peut détruire des mois de travail. C’est avec de telles pensées que la tenniswoman Belinda Bencic justifie son hésitation. De plus, les athlètes ont la fausse impression que leur condition physique les protège des conséquences de la maladie. Parallèlement, ils pensent donc que les risques de la vaccination sont trop élevés.

Le médecin olympique suisse Patrick Noack affirme que les conséquences d'une infection sont plus imprévisibles que celles de la vaccination, même pour les athlètes
Le médecin olympique suisse Patrick Noack affirme que les conséquences d'une infection sont plus imprévisibles que celles de la vaccination, même pour les athlètes

Le fait de penser que les athlètes sont protégés contre la maladie est une erreur de jugement. C’est ce que déclare le médecin olympique suisse Patrick Noack:

«Une bonne condition physique ne protège pas les athlètes. Au contraire, dans les phases d'entraînement de haute intensité avec des charges lourdes, le système immunitaire est encore plus sensible»

Le risque de la vaccination est facile à calculer, les conséquences d'une infection sont beaucoup plus imprévisibles. Plusieurs spécialistes insistent sur le fait que les séquelles à long terme de la vaccination n'existent pas, n'ont jamais existé et n'existeront jamais. Étant donné que plus de 6 milliards de doses de vaccin Covid ont déjà été administrées dans le monde, les éventuels effets secondaires rares tels que la thrombose des veines sinusales et l'inflammation du muscle cardiaque sont déjà connus. La qualité des données est jugée fiable.

Selina Rutz-Büchel a manqué les Jeux Olympiques à cause du Covid 19

L'exemple de la coureuse suisse Selina Rutz-Büchel, qui a contracté le Covid en avril, montre que même un développement bénin de la maladie peut avoir de graves conséquences. 2 mois après sa guérison, son système nerveux a commencé à réagir fortement à l’activité sportive. L’athlète st-galloise a dû interrompre son entraînement et a manqué les Jeux Olympiques de Tokyo. Dans la vie de tous les jours, Selina Rutz-Büchel doit lutter contre les vertiges. La question est de savoir si elle retrouvera son niveau de performance. Mais même à la suite de ce témoignage, certains athlètes semblent être plus préoccupés par les effets secondaires de la vaccination que par ceux de la maladie.

Deux mois après sa guérison, la demi-fondeuse Selina Rutz-Büchel souffrait encore de séquelles telles que des vertiges.
Deux mois après sa guérison, la demi-fondeuse Selina Rutz-Büchel souffrait encore de séquelles telles que des vertiges.Image: Keystone

En fait, il existe aussi quelques exemples qui montrent que cette préoccupation n'est pas totalement infondée. Par exemple, la championne du monde d'heptathlon Carolin Schäfer a souffert pendant des semaines des conséquences de sa vaccination contre le Covid. Affaiblie, elle a participé aux JO et a terminé à une décevante 7e place, selon ses propos.

Le joueur de tennis Jérémy Chardy a eu une expérience similaire, déclarant qu'il avait «un problème» depuis la vaccination, sans donner plus de détails.

«Après réflexion, je regrette de m'être fait vacciner»
Jérémy Chardy

Néanmoins, si l'on compare avec les cas relativement nombreux et graves de Covid long, les dangers engendrés par la vaccination restent gérables.

Novak Djokovic et le sentiment d'omnipotence

Il semble beaucoup plus intéressant de se demander pourquoi le tollé est si grand lorsqu'un athlète s'exprime contre la vaccination. Cela a probablement beaucoup à voir avec le rôle social du sport, qui nous sert d'analogie à la vie. Il y a des gagnants et des perdants, des hauts et des bas, et nous voulons voir si notre vision du monde est confirmée ou réfutée. Parallèlement, les athlètes, pour la plupart très jeunes, font l’objet d’une attention exclusive en raison de leur talent sportif. Ils se voient attribuer le rôle de modèle qu’ils ne peuvent que difficilement assumer, surtout au cours d’une crise sanitaire mondiale.

Aucun sportif ne révèle ce flottement entre omnipotence et impuissance aussi clairement que Novak Djokovic. Après le pic de la première vague au printemps 2020, le Serbe avait organisé une série de tournois avec l'Adria Tour. Presque aucune mesure sanitaire n'avait été prise. Les gens dansaient et faisaient la fête parce qu'il n'y avait que quelques cas dans la région.

Le Serbe en juin 2020 sans masque ni distanciation sociale.
Le Serbe en juin 2020 sans masque ni distanciation sociale.Image: Keystone

Djokovic a cru qu'il pouvait négliger la crise. Le fait que la Première ministre serbe Ana Brnabic l’ait également soutenu a probablement renforcé sa perception de la pandémie.

En ce moment, le joueur fait ce que de nombreux athlètes font. Il déclare que le statut de vaccination est une affaire privée. Peut-être parce qu’il a pu être vacciné il y a longtemps. Dans tous les cas, Djokovic est désormais à la merci des bourreaux de l’opinion publique.

Jürgen Klopp estime pour sa part qu'il existe aussi une autre façon d'aborder le débat. L'entraîneur de Liverpool compare le refus de la vaccination à la conduite en état d'ivresse. L'interdiction de conduire en état d'ivresse est acceptée comme une loi parce qu'elle protège également la vie des autres. Le même principe s'applique à la vaccination. Jürgen Klopp plaide pour une approche plus ouverte du statut de la vaccination. Après tout, il est permis de demander au chauffeur de taxi s'il est ivre, afin de pouvoir changer de taxi.

Jürgen Klopp plaide pour une plus grande ouverture en matière de vaccination.
Jürgen Klopp plaide pour une plus grande ouverture en matière de vaccination.Image: Keystone

Les athlètes sont aussi des gens qui ont des peurs, ils jugent les dangers différemment. En fin de compte, leurs décisions médicales ne sont discutées avec autant de véhémence que parce qu'elles sont socialement exposées.

En exprimant ses préoccupations, Joshua Kimmich expose un sentiment qui préoccupe beaucoup de monde: les sportifs sont sceptiques et déstabilisés. Cela montre à quel point la confiance dans la médecine est faible ou à quel point elle s'est érodée. C’est là que l’éducation joue un rôle important. Vu sous cet angle, les athlètes peuvent en fait contribuer davantage à mettre fin à la pandémie. Ils lancent le débat, et permettent au meilleur argument de l’emporter.

(Adaptation en français: Charlotte Donzallaz)

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