Le CIO a-t-il censuré le message des athlètes ukrainiens?
L’affaire a animé la première semaine des Jeux olympiques de Milan-Cortina: l’Ukrainien Vladyslav Heraskevych, qui souhaitait concourir en skeleton avec un casque rendant hommage aux athlètes de son pays tués depuis le début de l’invasion russe, a été exclu des compétitions par le Comité international olympique (CIO), après avoir refusé de céder sa protection contre un brassard noir. Son recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) n’a pas abouti.
Heraskevych a depuis rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, samedi à Munich. Le spécialiste de skeleton lui a présenté son casque, orné des visages de ses confrères décédés, et a reçu la distinction nationale de l’Ordre de la Liberté.
L'équipe ukrainienne de glisse a elle aussi tenu à saluer le courage de Heraskevych, à travers ses lugeurs. A l’issue de leur relais mixte, ceux-ci ont posé un genou à terre et levé haut leur casque, en signe de soutien. Ces images ont été retransmises en mondovision.
Mais plus tard, lorsque Nasariy Katschmar, Andriy Mandsiy, Ihor Hoi, Julianna Tunytska, Olena Stetskiv et Oleksandra Moc ont pris place dans le box de leader, brandissant un drapeau ukrainien, leur message face caméra a visiblement été inaudible à la télévision. «Vlad, nous sommes avec toi. Ukraine, nous sommes avec toi», auraient-ils lancé.
Selon la chaîne allemande ZDF, qui diffuse les compétitions olympiques et suit de près les épreuves de glisse, traditionnellement pourvoyeuses de médailles outre-Rhin, les messages des athlètes depuis cette position sont habituellement clairs et distincts. «Vous pouvez entendre que le niveau sonore a été baissé», a déclaré le journaliste et présentateur allemand Jochen Breyer.
«Ce qui se passe là-bas est extrêmement préoccupant, je dois le dire», a ajouté le consultant Johannes Ludwig, double champion olympique à Pékin en 2022. «Je trouve extrêmement préoccupant d'être pratiquement réduit au silence.»
S’agit-il d’une censure ou d’un simple problème technique? En charge du signal international, la société Olympic Broadcasting Services (OBS), propriété du CIO, n’a pas encore réagi. Une chose est sûre: il était prévu que l’Ukraine occupe brièvement le «hot seat», avant d’être délogée par une nation plus forte.
«Ce n'était pas une protestation contre le CIO. Nous voulions témoigner de notre solidarité avec Vladislav», a expliqué le lugeur ukrainien Andriy Mandsiy, ignorant que son message n'avait pas été transmis. Son équipe a pris la sixième place d'une épreuve remportée par l'Allemagne.
La disqualification de Vladyslav Heraskevych a d’abord été justifiée par la règle 50 de la Charte olympique, qui stipule qu’«aucune démonstration ou propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée» sur les sites olympiques, avant que la règle 40 ne soit évoquée. Celle-ci précise que les athlètes doivent respecter la Charte olympique ainsi que les conditions de participation établies par le CIO.
Cette disposition indique également que les athlètes jouissent d'une certaine «liberté d’expression dans le respect des valeurs olympiques et des principes fondamentaux de l’Olympisme», un point sur lequel le spécialiste de skeleton avait construit sa défense.
