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Un phénomène inattendu bouscule les marathons suisses

Un phénomène inattendu bouscule les marathons suisses

Autrefois dominées par les générations plus âgées, les longues distances séduisent désormais massivement les 20-29 ans. Deux experts expliquent pourquoi.
29.10.2026, 18:4029.10.2026, 18:40
Claudio Zanini / ch media

Ils courent avant le travail, pendant la pause de midi ou après leur journée. En groupe, au sein de clubs de running, ou en solitaire. En tenue tendance, à travers les villes et les forêts. Ils comptent les kilomètres, comparent leurs allures, partagent leurs parcours sur Strava et savourent un espresso après leur sortie. La nouvelle génération d'athlètes a rendu la course à pied branchée. Et maintenant qu'elle est à la mode, elle attire toujours plus de jeunes.

Autrefois, la course de fond souffrait d'une image un peu terne. Elle passait pour une discipline réservée aux générations plus âgées. Plus la distance était longue, plus les participants étaient vieux. Du moins, c'était l'idée reçue. Mais cette prétendue règle ne tient plus. Aujourd'hui, les jeunes investissent les longues distances. Au Swiss City Marathon de Lucerne, les 20-29 ans constituent désormais la catégorie d'âge la plus représentée sur le marathon. Dimanche dernier, quelque 1400 coureurs et coureuses de cette tranche d'âge ont pris le départ. Il y a trois ans, ils étaient à peine plus de 400.

Et Lucerne n'est pas un cas isolé. D'autres événements sportifs observent la même tendance. Au marathon de Zurich, les 20-29 ans ont également enregistré une progression particulièrement marquée. En 2025, ils sont devenus pour la première fois la catégorie d'âge la plus représentée. Selon les organisateurs, leur nombre a augmenté d'environ 84% en trois ans.

Protéger les plus jeunes

L'engouement pour la course à pied n'a rien de nouveau. En revanche, le fait que les jeunes générations soient les principales responsables de cette croissance a de quoi surprendre. Interrogé sur le sujet, Reto Schorno, directeur du Swiss City Marathon, raconte même recevoir des demandes de mineurs souhaitant courir le marathon.

«Mais les règles de protection de Swiss Athletics sont claires: il faut avoir au moins 18 ans pour participer à un marathon. Nous ne faisons aucune exception»
Reto Schorno, directeur du Swiss City Marathon

Pourquoi courir un marathon suscite-t-il autant d'enthousiasme? Comment en sommes-nous arrivés à considérer collectivement que parcourir 42,195 kilomètres en courant était quelque chose de formidable?

Le marathon est un refuge

Une chose semble faire consensus: nos sociétés sont devenues plus complexes. L'incertitude occupe une place grandissante dans nos vies, qu'il s'agisse de l'intelligence artificielle, de la polarisation politique ou des inégalités sociales.

«Tout est en mouvement. On suit une formation sans savoir si elle sera réellement rentable. Le marathon, lui, représente tout le contraire. C'est un projet concret, stable et maîtrisable. La distance est la même partout dans le monde. Et si je consacre beaucoup de temps à l'entraînement, je peux obtenir un bon chrono»
Nadine Arnold, professeure de sociologie à l'Université de Lucerne. 

Le marathon apparaît ainsi comme une sorte de refuge dans un monde en pleine turbulence. Mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi la course à pied est devenue un véritable mode de vie. Pour comprendre cette dimension, la sociologue fait appel au concept de «Cultural Omnivore», ou «omnivore culturel».

Pour faire simple, il désigne une personne qui cherche à évoluer dans tous les univers. Elle assiste à des concerts de pop, mais écoute aussi de la musique classique. Elle s'y connaît en vin, en café et en littérature. Elle apprécie autant la saucisse dégustée dans un stade de football qu'un menu gastronomique dans un restaurant étoilé. Et, bien sûr, elle court aussi des marathons. En somme, l'omnivore culturel veut tout faire, tout connaître et tout expérimenter.

«L'idée selon laquelle nous devons être capables de tout faire est un modèle social très répandu. Cela nous confère aussi un certain statut dans la société»
Nadine Arnold

À cela s'ajoute une volonté permanente de s'améliorer dans tous les domaines. Nous nous considérons comme de petites entreprises qu'il faudrait sans cesse optimiser. Nous cherchons, par exemple, à améliorer nos chronos et partageons nos performances sur les réseaux sociaux. Mais cette quête d'individualité cache un paradoxe. «À force de vouloir se distinguer, on finit par se ressembler de manière étonnante», observe la sociologue.

Autrement dit, nous voulons tous tracer notre propre chemin, mais nous finissons par nous retrouver sur la même ligne de départ. Chez les professionnels, le rajeunissement des marathoniens a toutefois commencé bien plus tôt. «Cela fait de nombreuses années que nous observons cette tendance chez les athlètes d'élite», explique Viktor Röthlin, ancien coureur de fond et aujourd'hui consultant pour la SRF.

Le carbone a tout changé

Autrefois, les athlètes passaient généralement par une carrière sur piste, sur 5000 ou 10 000 mètres, avant de se tourner vers le marathon. Mais selon Viktor Röthlin, les courses sur piste ne rapportent presque plus rien. «Le marché s'est complètement effondré», affirme-t-il. C'est pourquoi les meilleurs coureurs africains, notamment, se concentrent désormais très tôt sur le marathon.

Pour expliquer l'engouement des jeunes amateurs, Viktor Röthlin met également en avant les progrès technologiques. Selon lui, les nouvelles chaussures ont rendu le marathon «beaucoup moins éprouvant» qu'autrefois.

«Les chaussures à plaque de carbone ont tout changé. Avant, après un marathon, je ne pouvais pas m'entraîner correctement pendant deux à trois semaines tellement j'avais mal partout. Aujourd'hui, grâce à ces nouvelles chaussures ultra-performantes, je ne ressens plus que de légères courbatures le lundi suivant la course.»
Viktor Röthlin 

L'ancien champion constate également cet engouement dans son activité professionnelle. Il travaille pour une grande enseigne spécialisée dans les articles de sport, qui propose notamment des clubs de running. «Nous sommes submergés de demandes», raconte-t-il. Mais cette tendance peut-elle durer? L'engouement va-t-il continuer à prendre de l'ampleur?

Progression spectaculaire

Reto Schorno, du Swiss City Marathon, garde la tête froide. «Il y aura aussi des périodes moins fastes. En 2018 encore, nous avions enregistré un total de 1074 personnes ayant terminé le marathon», rappelle-t-il. Cette année, le nombre d'inscrits sur cette distance est plus de quatre fois supérieur. Une progression spectaculaire.

Comme dans de nombreux autres domaines, la pandémie a marqué un tournant pour le marathon de Lucerne. Depuis la fin du Covid, le nombre de participants n'a cessé d'augmenter. L'édition de cette année affichait complet. Des listes d'attente avaient été mises en place et des tirages au sort organisés pour attribuer les places disponibles. Rien ne semble ralentir la cadence.

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