La mythique course fait partie des épreuves reines des Jeux olympiques. Elle est présente depuis les tout premiers JO de l'ère moderne, en 1896 à Athènes. Au programme de ce cru parisien, une page d'histoire: le parcours du marathon renvoie à la Révolution française, et plus précisément à la marche des femmes sur Versailles, le 5 octobre 1789.
Ce jour-là, plusieurs milliers de Parisiennes se retrouvent devant l’Hôtel de Ville à Paris pour réclamer du pain et des armes. Rejointes par des hommes, les manifestants traversent la ville, direction Versailles. Louis XVI finit par accepter de ratifier la déclaration Universelle des droits de l’Homme et du Citoyen.
Le parcours qu'emprunteront les marathoniens, ce week-end, rend ainsi hommage à ce fait historique. Les athlètes verront défiler des monuments... mais pas uniquement. Car ils auront du fil à retordre. Ce tracé olympique présente des difficultés que l'on ne rencontre habituellement pas sur cette distance. On vous raconte.
Habituellement, cette distance se court sur du plat. Quiconque s'est déjà envoyé un marathon sait qu'il n'est absolument pas nécessaire d'y inclure des montées, de rajouter de la difficulté à la difficulté.
Mais cette fois, en plus des fameux 42,195 km qu'ils auront à parcourir, les athlètes devront aussi avoir des mollets solides et un mental d'acier pour gravir les 436 mètres de dénivelé positif qui les attendent. Certes, de nombreuses courses populaires comptent du D+ (croyez-en les genoux fatigués de votre serviteuse après les 20KM de Lausanne). Mais pas le marathon.
A Paris, les 15 premiers kilomètres sont relativement accessibles, depuis l'Hôtel de Ville, le tracé file en direction de l'opéra Garnier, y fait une boucle, passe ensuite près du Louvre... C'est après la longue ligne longeant la Seine que les choses se compliquent.
Entre le 15e et le 20e kilomètre, le tracé ne fait que monter, soit entre les communes de Sèvre et de Versailles. La force dans les jambes ne suffit pas, la tête doit être capable de suivre. D'autant plus dans les portions de faux-plat; lorsqu'on se dit «ah, la pente s'aplatit, je vais pouvoir me reposer un peu»... alors que non.
Bonne nouvelle, à mi-parcours, alors que le physique est déjà bien entamé, c'est de la descente qui attend les coureurs. Pendant près de 7km, les athlètes auront un peu moins envie de cracher leurs poumons (même si ce sont les cuisses, les mollets et le dos qui tirent, à la place!).
Un répit toutefois de courte durée, car ce qui attend les marathoniens a de quoi donner envie de jeter ses baskets en hurlant «POURQUOI?!? POURQUOIIII?!?». La terrible Côte du Pavé des Gardes et son affreuse pente qui fracasse jambes, poumons et mental avec une inclinaison maximale atteignant les... 13,5%.
A titre de comparaison, la montée entre le rond-point devant la piscine de Bellerive, à Lausanne, et le parc de Milan, ne tabasse «qu'à» 12,5%. Vous avez déjà tenté d'affronter cette pente? A moins d'aimer souffrir, on ne vous la recommande pas vraiment pour votre sortie dominicale.
Le 29e kilomètre marque la fin de la montée, il n'y en aura plus de toute la course. Et ça tombe bien, parce qu'à ce stade, le physique est vraiment bien entamé, il faut puiser dans ses ressources mentales. Justement, voilà qu'arrive ce qu'on appelle le «mur». Le fameux blocage des coureurs face à un marathon, la limite mentale de l'acceptable.
Vous pensiez qu'après s'être envoyé la douloureuse Côte du Pavé des Gardes, les athlètes seraient ravis de pouvoir souffler dans une bonne descente? Absolument pas. A ce moment de la course, n'importe quel coureur est déjà dans un niveau de douleur avancé. Alors imaginez l'état des muscles lorsqu'il faut retenir les jambes dans la descente. En tout, ce sont à peu près 3km de pente raide qui attendent les marathoniens. Et il n'y a pas que les gambettes qui luttent. Le mental, lui aussi entamé, doit faire face à un élément qui vient narguer les coureurs: la Tour Eiffel est en vue. Mais à ce moment, il reste une douzaine de bornes.
Ceux qui ont survécu physiquement et mentalement au D+, puis à la descente, arrivent aux alentours du 32e km. De retour dans Paris intramuros, le parcours se calme; il longe la rive gauche de la Seine, le long des quais, contourne la Tour Eiffel. La fin est proche, la Dame de Fer marque le 39e km. Après avoir quitté la Seine, il est temps de prendre la direction des Invalides, où la délivrance attend les coureurs. Enfin.
Il existe d'autres marathons urbains présentant un fort dénivelé positif, comme celui de Lisbonne ou celui de San Francisco (plus de 400 mètres de D+ pour les deux), mais il est assez rare qu'un marathon olympique compte autant de D+ que celui de Paris. Plus les difficultés sont grandes, moins il y a de chances de faire de «beaux chronos». D'autant plus que d'habitude, les montées sont plus équitablement réparties sur le parcours. Alors pourquoi ce choix d'emmener les coureurs à Versailles? Le patron de ces Jeux s'était exprimé en 2022 au moment où le parcours a été dévoilé.
Ce à quoi les principaux intéressés avaient répondu, selon les dires du président de Paris 2024: «Vous allez surtout nous casser les pattes». Tony Estanguet le reconnaît lui-même, «il s'agit là de l'un des parcours les plus exigeants de l'histoire des marathons des Jeux».
Sans doute pas de record cette fois-ci donc, d'autant plus qu'il devrait faire très chaud ce week-end. Les hommes s'élanceront samedi à 8 heures, et non pas le dimanche comme de coutume. Ce jour-là, ce sont les femmes qui prendront le départ. Un créneau habituellement réservé aux athlètes masculins, le marathon hommes clôturant traditionnellement les Jeux. Cette fois, ce sont donc les marathoniennes qui auront droit à cet honneur, sur les traces de la marche des femmes sur Versailles, le 5 octobre 1789. Tout un symbole.