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Le derby fait ressurgir un vieux contentieux entre Lausanne et Servette

Les spécialistes des réseaux sociaux servettiens soupçonnent leurs adversaires vaudois de s'inspirer un peu trop de leurs créations. «Ils avaient dit la même chose l'année dernière. Ce sont de gros blaireaux», s'agace le vice-président du Lausanne-Sport (LS).
26.11.2021, 16:0226.11.2021, 17:37
Julien Caloz
Julien Caloz
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Vous le sentez, ce délicieux parfum du derby qui vient chatouiller les narines et les susceptibilités? LS-Servette est dans deux jours (coup d'envoi ce dimanche à 16h30), mais il flotte déjà dans l'air quelque chose de piquant. Les Genevois annoncent une mobilisation sans précédent, les Vaudois attendent de voir. «Chaque fois que les Servettiens viennent à Lausanne, ils nous expliquent qu'ils sont 2000 mais ils ne sont jamais autant. Il faut qu'ils arrêtent de fumer», se marre Vincent Steinmann, vice-président du LS.

Mais ce déplacement que le camp adverse promet exceptionnel n'est pas ce qui agace le plus le dirigeant lausannois. Ce qu'il ne supporte plus de lire ni d'entendre, ce sont les remarques servettiennes sur le travail du LS sur les réseaux sociaux.

Pour comprendre le fond de l'affaire, il faut d'abord expliquer que chacun des deux clubs possède un pool communication, une équipe de trois ou quatre têtes pensantes qui réfléchit au contenu qu'elle va diffuser sur les réseaux sociaux avant et après chaque match. Voici un exemple de ce qu'ont fait le SFC et le LS avant une rencontre de championnat cette saison:

Servette recevait GC (à gauche) et Lausanne accueillait YB.
Servette recevait GC (à gauche) et Lausanne accueillait YB.

Ces publications sont très importantes pour les clubs, car elles permettent à la fois de fidéliser leur public et de séduire de nouveaux adhérents, surtout les jeunes, puisque ce sont les plus actifs sur les réseaux. Or, Servette s'est aperçu depuis quelque temps que Lausanne avait une fâcheuse tendance à puiser dans le répertoire grenat pour ses campagnes marketing.

«Le LS a essayé de faire comme nous toute la saison dernière»
Maxime Reymond, membre du pôle comm' de Servette, lors d'un récent entretien avec watson

Ces soupçons, Vincent Steinmann les réfute avec force, non sans adresser quelques politesses à ses voisins.

«Servette nous avait déjà chauffés sur le sujet l'année dernière. C’est complètement débile. Ce sont de gros blaireaux… Je peux te ressortir notre première campagne de street marketing et de merchandising, c’était il y a quatre ans déjà! Leurs accusations sont d'autant plus connes que Lausanne n’a pas inventé la roue. On a regardé ce qu’il se faisait partout en Europe, et même ailleurs. Pour nos visuels, je me suis beaucoup inspiré de Boca Juniors parce que j’ai passé du temps là-bas à l’époque»

Si les relations entre les deux camps sont aussi tendues, c'est parce qu'ils évoluent dans la même ligue, qu'ils sont proches géographiquement, qu'ils pensent chacun être meilleur que l'autre (on le sait car on leur a posé la question) et que tout ce petit monde se connaît très bien. La preuve: Servette a engagé un ancien employé du LS pour soigner son graphisme sur les réseaux. «Quand il est arrivé chez nous, on a bien rigolé», se souvient Maxime Reymond.

Le transfert a été plutôt bien vécu de l'autre côté. Quoique... «Hippolyte, c'est moi qui suis allé le chercher», rembobine Steinmann. «C'était un tout jeune mec, plein de talent. Il a fait un bout de chemin avec nous et il a eu une opportunité ailleurs. Je suis plutôt content pour lui (...). Bon, je me suis quand même dit que si Servette n'arrivait pas à trouver un mec ailleurs que chez la concurrence, c'était un peu léger.»

Les deux clubs ne se balancent pas toujours des scuds en coulisses. Il leur arrive de le faire au grand jour, comme en début de saison, lorsque le SFC s'est payé une pleine page dans La Tribune de Genève pour rappeler que, selon lui, Lausanne était un village de pêcheurs.

Un Lausannois, seul sur son embarcation, ne s'aperçoit pas que son hameçon s’est pris dans un panneau portant l’inscription «Lac de Genève» et que quatre plongeurs aux couleurs servettiennes craquent des fumigènes.
Un Lausannois, seul sur son embarcation, ne s'aperçoit pas que son hameçon s’est pris dans un panneau portant l’inscription «Lac de Genève» et que quatre plongeurs aux couleurs servettiennes craquent des fumigènes. Image: Servette FC

Cette affiche témoigne des politiques différentes de chacune des deux équipes lémaniques dans la comm'. Servette assume un côté provoc' mais jamais méchant.

«On joue volontairement sur les gros clichés qui existent entre supporters. On les accentue ensuite jusqu'au ridicule, sans jamais se départir d'une certaine autodérision. D'ailleurs si vous observez bien l'affiche, vous verrez qu'on a placé notre bateau au fond du lac, celui que les Lausannois ont coulé lors du derby de septembre 2020. C'est du second degré du début à la fin»

Le FC Lausanne-Sport défend une autre stratégie de communication. «On bosse sur notre territoire et ça nous va très bien. De toute évidence, je ne vois pas trop ce que ça apporte de chambrer ses adversaires», trouve Steinmann. «Et puis voir un bateau de pêcheurs attaqué au milieu du lac, mouais, bon. Si tu veux faire le buzz, il faut que ça envoie!» Le dirigeant a plein d'idées: «Je ferais une affiche en mettant le pays de Vaud à droite, avec le Lavaux et des champs de blé, et le pays de Gex à gauche, sur fond de drogue et de prostitution. Mais dans ce cas, je serais juste un connard de Vaudois qui penserait que Genève devrait être donné à la France (il se marre)!».

Le vice-président du LS aime trop l'humour façon Laurent Baffie, ses punchlines assassines, pour se risquer au chambrage footballistique, dont il suspecte une forme de mollesse. «Le problème, c'est qu'il faut avoir une limite. Mais si tu ne la franchis pas, tu n'es pas assez choquant!»

Le FC Sion, lui, n'en veut à personne

Tout n'est qu'amour en Valais, où Baptiste Coppey (chef de presse) et son collègue Michaël œuvrent à la production de contenus web sans animosité avec leurs rivaux lémaniques. «Chaque club a sa particularité et est doué dans son domaine», estime le premier cité, dont l'équipe a été moquée par Servette lors du précédent derby, le club grenat jouant sur le cliché du paysan valaisan en parquant un tracteur surmonté du fanion sédunois.

Image: Instagram

«Ça me fait plutôt rire. C'est bon enfant», tempère Baptiste Coppey. «Est-ce que c'était drôle? Pour nous non, car la blague a déjà été faite mille fois. Mais apparemment ça l'était pour les fans genevois, puisqu'ils ont crié au génie.» Le FC Sion a répliqué après sa victoire (2-1) en reprenant à son compte le symbole motorisé.

Image: FC Sion

Un clin d’œil amusant qui, paradoxalement, a renforcé les liens entre employés sédunois et servettiens. «On s'écrit parfois pour se féliciter ou se moquer gentiment», reconnaissent les deux camps. Entre Lausannois et Genevois, la communication est un peu moins fluide, ce qui est finalement assez compréhensible: ils n'arrivent même pas à se mettre d'accord sur le nom du lac qu'ils partagent!

Une sprinteuse suisse dit souffrir des conséquences du vaccin Pfizer
Sarah Atcho est sur la touche en raison d'une péricardite, diagnostiquée quelques jours seulement après avoir reçu une troisième dose de vaccin contre le Covid.

Dans un long message publié sur les réseaux sociaux, Sarah Atcho déroule le fil de l'histoire: le 22 décembre, elle décide de recevoir sa troisième dose de vaccin Pfizer pour ne plus «s’embêter avec ça, une fois la saison commencée». Si elle a choisi Pfizer précisément c'est, dit-elle, parce qu'on lui a dit «qu'il était plus sûr de choisir ce vaccin pour éviter les effets secondaires cardiaques».

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