Camille Rast a vécu un week-end chargé d’émotions
Camille Rast vit des jours particuliers. En Valais, sa région d’origine, la population pleure les nombreuses victimes et blessés graves de la catastrophe du Nouvel An à Crans-Montana. Mais pour la skieuse, la compétition devait continuer. A Kranjska Gora figuraient au programme un slalom géant et un slalom. Ses pensées, toutefois, étaient tournées vers le Valais. «Je pense à toutes les familles touchées. Ce week-end, nous avons skié pour elles», dira-t-elle plus tard.
Lorsque Camille Rast prononce ces mots, elle vient tout juste de remporter le géant de samedi. Après avoir franchi la ligne d’arrivée, elle pose la main sur le brassard noir de deuil qu’elle porte au bras gauche. Un geste fort, chargé d’émotion. «J’espère avoir pu esquisser un petit sourire sur le visage des familles concernées», confie la skieuse de 26 ans, originaire de Vétroz.
24 heures après son triomphe de samedi, Rast s’exprime à nouveau en tant que vainqueure. Après le géant, elle a également remporté le slalom. Cette fois, plus aucune question sur la tragédie. Et pourtant, même dans l’euphorie du succès, la Valaisanne sait garder le sens des priorités. Interrogée sur ses objectifs pour la suite de la saison, elle répond simplement: «Rester en bonne santé, c’est le plus important.» Au vu de son niveau actuel, si elle reste en forme, les succès suivront d’eux-mêmes.
Progression au général
A Kranjska Gora, Camille Rast n’a pas seulement décroché ses troisième et quatrième victoires en Coupe du monde. Elle a véritablement marqué l’histoire. D’abord avec ce succès en géant, le premier de sa carrière dans cette discipline, devant l’Autrichienne Julia Scheib, pourtant victorieuse de trois des cinq courses de l'hiver.
Battre Scheib en géant était déjà remarquable. Mais c’est dimanche en slalom, face à Mikaela Shiffrin, que Rast a signé son chef-d’œuvre. L’Américaine restait en effet sur six victoires consécutives dans la discipline, souvent avec des écarts abyssaux dans un sport où tout se joue au centième. A Kranjska Gora, cependant, Rast a réalisé le meilleur temps des deux manches et s’est imposé avec quatorze centièmes d’avance.
Grâce à ces victoires, la Suissesse progresse également au classement général de la Coupe du monde et se rapproche de Shiffrin. Elle occupe désormais la deuxième place, à seulement 120 points de l’Américaine. Le duo possède une avance confortable sur la Néo-Zélandaise Alice Robinson, troisième. Certes, la hiérarchie est à relativiser, les spécialistes techniques ayant disputé bien plus de courses que les skieuses de vitesse. Cependant, Rast contre Shiffrin pourrait bien devenir le grand duel de la fin de saison.
Un cercle très fermé
Ce week-end autorise aussi un regard rétrospectif sur l’histoire du ski. En remportant des courses de Coupe du monde en géant et en slalom, Camille Rast est entrée dans un cercle extrêmement fermé. Les noms suisses qui y figurent en témoignent: Vreni Schneider, Erika Hess, Sonja Nef, Lise-Marie Morerod et Fernande Bochatay. Elles ne sont que six Suissesses à avoir gagné dans les deux disciplines techniques. Et aucune n’y était parvenue depuis 22 ans.
Camille Rast a été la star du week-end. Mais du côté suisse, une autre athlète a également quitté Kranjska Gora avec le sentiment d’une victoire. En slalom, Wendy Holdener est montée pour la première fois cet hiver sur un podium. Après cinq classements consécutifs dans le top 8, ce résultat représente une étape importante à un mois tout juste des Jeux olympiques. La dernière fois qu'Holdener était montée sur un podium de Coupe du monde remontait à janvier 2025, à Flachau, une station où les techniciennes feront leur retour le 13 janvier pour un slalom.
Pour l’heure, après des journées intenses, place à quelques instants de calme en famille. Wendy Holdener avait ses proches à ses côtés à Kranjska Gora et se réjouissait, comme confié à la SRF, de partager «un bon déjeuner italien avec eux sur le chemin du retour». Quant à Camille Rast, elle est rentrée elle aussi brièvement au pays. «Ces derniers jours m’ont demandé beaucoup d’énergie. Maintenant, je me réjouis de retrouver ma famille.»
