«Lara Gut-Behrami s'entraînait à très haute intensité pour revenir»
Lorsque Lara Gut-Behrami a annoncé sa retraite mercredi, la fédération nationale Swiss-Ski a, elle aussi, été prise de court. En début de semaine encore, son directeur du ski alpin, Hans Flatscher, estimait que les chances de voir revenir la Tessinoise de 35 ans étaient bonnes.
Apprendre la retraite de Lara Gut-Behrami, ça vous a agacé? Car vous-même, vous vous attendiez à autre chose.
HANS FLATSCHER: Non. Nous connaissons Lara et nous savons comment elle fonctionne. J’ai simplement été un peu surpris que cela arrive maintenant, sans qu’elle ait à nouveau skié. Mais je savais qu’une fois sa décision prise, les choses iraient relativement vite.
C'est quand que Swiss-Ski a appris qu’il n’y aurait pas de retour?
Lara nous a informés de sa décision dans l’après-midi et nous a dit qu’elle la communiquerait à 18h00.
Cette retraite, elle vous a pris de court?
Vous entendez quoi par là?
Le fait qu’elle n’ait pas cherché à en discuter au préalable avec Swiss-Ski.
Comme je l’ai dit: nous savons comment fonctionne Lara. Mais cela ne signifie pas qu’elle a simplement pris toutes ses décisions sans chercher le dialogue. Pas du tout. Mais il faut dire une chose: prendre sa retraite est une décision très, très personnelle. Et on peut reconnaître à une personne de son âge, avec son expérience et tout ce qu’elle a vécu, le droit de décider seule.
La conviction de Swiss-Ski qu’elle reviendrait reposait-elle davantage sur l’espoir que sur des faits?
Le fait est qu’elle s’entraînait vraiment à très haute intensité. Evidemment, je n’échangeais pas avec elle chaque semaine ou chaque jour. Mais j’étais en contact avec les personnes qui s’occupent d’elle.
Pourquoi, selon vous, Lara Gut-Behrami a malgré tout décidé de tourner la page maintenant?
Au fond d’elle-même, Lara se sera toujours posé la question: que faut-il pour gagner à nouveau? Elle n'aurait évidemment pas continué pour terminer 15e. Quel est mon état de santé? Quelles contraintes supplémentaires l’entraînement sur neige va-t-il amener? Tous ces facteurs auront constamment été présents dans son esprit.
S’il s’agit uniquement de retrouver la santé, on peut procéder autrement. Il n’est alors pas nécessaire de s’investir avec une telle intensité.
Vous étiez personnellement en contact avec elle à quelle fréquence?
Toutes les quelques semaines. Lara n’est pas quelqu’un qui souhaite que je l’appelle chaque semaine pour lui demander: «Ça va mieux? Ça avance ou pas?» Même si nous nous entendons bien et que nous avons vécu ensemble des périodes intenses, elle n’a jamais souhaité entretenir un contact aussi étroit. Si je m’étais soudain mis à l’appeler chaque semaine, elle se serait demandé: «Mais qu’est-ce qu’il lui prend?»
La première chose qui vous est venue à l’esprit lorsque vous avez appris sa retraite, c'était quoi?
Ma première pensée a été: c'est vraiment fini, maintenant? Et après une brève discussion, c’était clair: pour elle, cette décision est la bonne à 100%.
Vous accepteriez aussi rapidement la décision de prendre sa retraite de n’importe quelle athlète, sans essayer de la faire changer d’avis?
Il n’existe pas de recette universelle. Mais lorsqu’on a le sentiment que, oui, c’est vraiment la bonne décision pour cette personne, on ne peut que la soutenir. Lara a tellement apporté au ski. Et si cette décision a vraiment été mûrement réfléchie – et je ne doute pas une seule seconde que ce soit le cas chez une personne aussi intelligente –, il faut dire: c’est bien ainsi.
Quand vous lui avez parlé, vous avez donc eu face à vous une personne en paix avec sa décision, qui ne la remettait pas en question?
Oui, absolument. C’est l’impression que j’ai eue. Il n’y a plus aucun doute.
Que perdent Swiss-Ski et la Suisse avec l’arrêt de Lara Gut-Behrami, en plus des victoires et médailles?
On perd une personne qui a véritablement marqué le ski. A l’échelle internationale également. Lara a toujours assumé ses positions et dit les choses lorsque quelque chose ne lui convenait pas. Elle ne s’est jamais cachée. Que cela ait toujours été juste ou non n’est pas la question. Elle est restée fidèle à elle-même.
Qu’est-ce qui la distinguait en tant qu’athlète?
Elle était extrêmement concentrée et avait une énorme volonté de performer.
Beaucoup ont essayé de suivre son exemple. Quand on remporte six fois le classement de la Coupe du monde de super-G, une discipline qui exige énormément d’intuition, où il faut skier à l’instinct pour pouvoir gagner, c’est le ski dans toute sa perfection. Elle savait faire cela.
Elle représentait aussi, dans une certaine mesure, une assurance-vie pour Swiss-Ski. Elle était toujours performante quand elle n’était pas blessée. Sa retraite vous inquiète pour l’avenir?
J’ai moi-même vécu à quel point elle était importante à une époque où l’équipe n’était pas encore aussi bien armée qu’aujourd’hui. Lorsque j’ai repris la responsabilité de l’équipe féminine en 2012, c’était elle qui était aux avant-postes.
Elle était la figure de proue. Même si elle ne faisait pas toujours tout avec l’équipe, elle constituait un pilier extrêmement important.
Un pilier qui disparaît désormais.
Bien sûr que Lara va nous manquer. Et elle nous a déjà manqué l’hiver dernier, nous l’avons constaté. Mais nous avons malgré tout réussi à être bien positionnés dans toutes les disciplines. C’est pourquoi la situation de notre équipe féminine ne m’inquiète pas. Dans chaque discipline, nous avons une athlète capable de gagner des courses. Il faut déjà parvenir à cela.
Vous voyez une nouvelle Lara Gut-Behrami arriver dans le ski suisse?
Il n’y aura jamais de nouvelle Lara Gut-Behrami. Elle est unique. Par son caractère et par son parcours. Son histoire est tellement particulière: quand on regarde tout depuis le début, avec son père, lorsqu’elle était petite fille, avec Saint-Moritz, toutes les difficultés rencontrées en cours de route, puis son intégration ultérieure au sein de Swiss-Ski, c’est une histoire unique. Une histoire incroyable, couronnée de succès pendant près de deux décennies.
Adaptation en français: Yoann Graber
