Suisse
Agriculture

L’épizootie bovine met les éleveurs suisses en colère

Un vétérinaire vaccine une vache pendant qu’un troupeau avance en file : les bovins suisses ne pourront pas passer leur été en France.
Un vétérinaire français vaccine une vache contre la dermatose nodulaire contagieuse: les bovins suisses ne pourront pas passer leur été en France.Image: watson/agences

Un privilège hérité de Napoléon scandalise les éleveurs suisses

En France, une maladie bovine hautement contagieuse progresse. Les éleveurs suisses ne sont donc pas autorisés à envoyer leurs vaches en estive dans les Alpes françaises cet été. Dans le même temps, des bovins français peuvent continuer à être abattus en Suisse. Une situation qui passe mal dans les campagnes.
27.02.2026, 11:5727.02.2026, 11:57
Christoph Bernet
Christoph Bernet

Apathie, fièvre, perte d’appétit, chute marquée de la production laitière, ganglions enflés, larges nodules cutanés durs: tels sont les symptômes observés chez les vaches atteintes de la dermatose nodulaire contagieuse (ou «lumpy skin disease»). Transmise par des insectes piqueurs, la maladie est rarement mortelle, mais baisse la production de lait. Elle ne présente aucun danger pour l’être humain.

A l’été 2025, des foyers ont été signalés en Italie, en Espagne et en France, y compris à proximité immédiate de la frontière suisse. Les autorités ont réagi par des mesures drastiques pour contenir la propagation. Dans les exploitations touchées, des troupeaux entiers ont été abattus, déclenchant, en France, la colère d’agriculteurs.

En Suisse aussi, les autorités ont pris des dispositions. Dans les cantons de Genève, Vaud et du Valais, des zones de vaccination ont été instaurées et des restrictions sur les transports d’animaux décidées. La semaine dernière, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (Osav) a en outre décrété une interdiction d’estivage des bovins suisses en France. Près de 6000 animaux issus de 260 exploitations, principalement romandes, ne pourront pas passer l’été prochain sur les alpages français.

epa12599112 Veterinarian Stephane Tisserand injects a vaccine into a cow during the launch of a vaccination campaign against contagious nodular dermatitis (lumpy skin disease) at a cattle farm in Riup ...
Un vétérinaire injecte un vaccin à une vache dans les Pyrénées Atlantique.Image: EPA

La Confédération exclut toute indemnisation

A l’origine de ces mesures, la crainte de «coûts massifs pour l’économie nationale» en cas d’introduction de la maladie, écrit la NZZ am Sonntag. Un foyer en Suisse aurait des conséquences sévères pour le principal produit d’exportation agricole du pays: le fromage. L’exemple britannique est cité: après l’apparition de la maladie en France, le Royaume-Uni a suspendu les importations de fromages français au lait cru. Or des spécialités suisses majeures comme le Gruyère, l’Emmental ou l’Appenzeller sont elles aussi produites à partir de lait cru.

La Confédération affirme vouloir soutenir les exploitations concernées, en collaboration avec les organisations professionnelles, afin de trouver des solutions d’estivage sur sol helvétique. En revanche, elle exclut toute compensation financière, faute de base légale.

Cette position suscite l’incompréhension en Suisse romande. Dans Le Temps, des agriculteurs concernés évoquent des surcoûts de plusieurs milliers de francs par animal, liés à l’achat de fourrage supplémentaire ou à l’entretien d’alpages qui resteront sans bétail cet été. À ces charges s’ajoutent des pertes de revenus.

Autre sujet d’irritation: les bovins français peuvent toujours être acheminés vers l’abattoir d’Estavayer-le-Lac (FR). Il s’agit d’animaux issus des «zones franches» de Haute-Savoie et du Pays de Gex, le long de la frontière genevoise.

Une manifestation finalement annulée

L’existence des zones franches genevoises remonte au XVIIe siècle. Elles permettent l’importation facilitée de produits agricoles et d’animaux en Suisse. Toute restriction doit tenir compte des traités conclus avec la France, dont certains trouvent leur origine au Congrès de Vienne de 1815, qui redessina l’Europe après la chute de l’empereur Napoléon Bonaparte.

Le maintien des transports d’animaux destinés à l’abattage depuis la France, alors même que les éleveurs suisses sont soumis à des restrictions, a provoqué un vif mécontentement. Une manifestation avait été envisagée la semaine dernière, avant d’être annulée.

Vers une interdiction d'abattage en Suisse?

Selon plusieurs sources, la Confédération envisagerait désormais d’interdire également l’abattage de bovins français à Estavayer. L’Osav confirme que des discussions sont en cours avec les autorités françaises. Une telle mesure avait déjà été appliquée entre fin juin et mi-décembre 2025 en raison de la propagation de la maladie. Actuellement, précise l’office, seuls des animaux provenant de régions et d’exploitations non soumises à des restrictions officielles et répondant à toutes les exigences vétérinaires peuvent être importés en Suisse.

Le vétérinaire cantonal fribourgeois Grégoire Seitert, compétent pour l’abattoir d’Estavayer, indique qu’une nouvelle interdiction de transport des animaux en provenance de France devrait s’appliquer entre avril et novembre, période durant laquelle l’activité des insectes accroît le risque de transmission. La maladie bovine suspend ainsi, temporairement, les équilibres hérités du Congrès de Vienne. (trad. tib)

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source: four paws
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