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Comment Elisabeth Baume-Schneider a conquis le Conseil fédéral

Elisabeth Baume-Schneider: du Jura à Berne comme une fusée.
L'Histoire a fait son œuvre: la première Jurassienne, Elisabeth Baume-Schneider, entre au Conseil fédéralkeystone / shutterstock (montage watson)
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Comment Elisabeth Baume-Schneider a conquis le Conseil fédéral

On n'y croyait pas, puis le doute s'est installé, jusqu'à un triomphe: la trajectoire d'Elisabeth Baume-Schneider, particulièrement audacieuse, l'a propulsée au sommet de l'exécutif. Retour sur une épopée en quatre actes.
07.12.2022, 18:5408.12.2022, 08:36

L'Histoire a fait son œuvre: la première Jurassienne entre au Conseil fédéral, au terme d'un mois d'une campagne éclair et surprenante. Il y a quatre semaines, la plupart des citoyens suisses ne connaissaient pas la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider — on peine à le croire aujourd'hui.

D'une semaine à l'autre, la remplaçante de Simonetta Sommaruga a abattu ses cartes, dévoilant les facettes de sa personnalité et mettant en avant ses affinités. Une recette qui a fonctionné et permis à la Jurassienne de battre la favorite Eva Herzog au coude-à-coude, à quelques voix d'écarts.

Une entrée discrète

Elisabeth Baume-Schneider arrive par la petite porte, le 11 novembre dernier. Une entrée discrète, mais pas timide: la candidate se montre très ouverte et spontanée, un trait de caractère qui deviendra très vite sa marque de fabrique.

Tout s'est passé en quatre petits jours, remplissant habilement les pages du calendrier: mardi 8 novembre, Daniel Jositsch annonce sa candidature contre l'avis du Parti socialiste. Le lendemain, Eva Herzog, passant déjà pour la favorite, devient elle aussi candidate. Elle est suivie de celle de Evi Allemann le jeudi et d'Elisabeth Baume-Schneider le vendredi, en fin de journée.

La candidate jurassienne passe presque inaperçue. Face à elle, le duel annoncé entre Eva Herzog et Evi Allemann semble joué d'avance et la presse, alémanique en particulier, s'agite autour de la candidature sauvage de Daniel Jositsch. «Baume-Schneider part-elle au casse-pipe en pensant avoir une chance?», aurait-on pu penser à ce moment.

Malgré une reconnaissance certaine dans son canton d'origine et dans l'Arc jurassien, la Suisse romande la découvre réellement à ce moment-là. A titre de comparaison, son collègue du Conseil des Etats, le centriste Charles Juillard est un habitué des débats sur les ondes de la RTS et dispose déjà d'une notoriété certaine, alors qu'il a été élu à ce poste en même temps.

D'outsider à alternative

Son statut d'outsider est vite défini comme tel dans la presse romande, où on s'intéresse rapidement à la Jurassienne à grand renfort de portraits et de retours sur sa carrière. Mais en Suisse alémanique, où sa candidature est vue comme anecdotique, Elisabeth Baume-Schneider fait office de cinquième roue du carrosse.

Le roadshow du Parti socialiste, débuté le 21 novembre, marque un tournant. Le public germanophone découvre une personnalité spontanée, maîtrisant le suisse-allemand et attirant les lumières des projecteurs. De passage à Lausanne, la candidate confirme son aisance et met également en lumière un soutien certain au sein du PS romand, sinon vaudois.

Un nouveau narratif, celui de la «chaleureuse» Baume-Schneider face à la «glaciale» Eva Herzog, ou encore de la «candidate du cœur» contre celle «de la tête», s'impose peu à peu. Il prend le pas sur le bilan des deux politiciennes, reconnues comme des femmes de dossiers, avec des expériences importantes au sein de leurs exécutifs respectifs.

Après les quatre jours de roadshow du PS, Elisabeth Baume-Schneider a déjà gagné son pari: les certitudes de l'opinion publique ont vacillé. La Suisse alémanique s'intéresse sérieusement à elle, même si Herzog reste favorite. Evi Allemann commence à être éclipsée.

Devenue incontournable, la Jurassienne se rend indispensable. Face à Herzog, cette outsider est désormais devenue une alternative qu'on ne peut décemment se permettre d'ignorer. La situation semble sous contrôle pour cette dernière — en apparence.

Le 26 novembre, le PS se décide pour son ticket. Après plusieurs tours de scrutin, il annonce que c'est bien Elisabeth Baume-Schneider qui accompagnera Eva Herzog pour porter sa candidature auprès du Parlement. Ou est-ce le contraire?

Les voix de la campagne

Quelques jours plus tard, la session d'hiver du Parlement débute à Berne et avec elle, les hearings auprès des différents groupes parlementaires. Du côté du Centre, où la représentation des particularismes de la Suisse est un point important, des parlementaires évoquent déjà l'idée de voter pour elle.

Contre toute attente, la confrontation avec le groupe paysans et UDC se passe bien pour Elisabeth Baume-Schneider: son appartenance à un canton rural et son côté terre-à-terre font mouche. Le parti de droite semble retrouver d'un coup ses racines populaires et terriennes.

A ce moment décisif, la Jurassienne marque des points dans une frange politique qui aurait dû la mettre au pilori, elle qui est bien plus à gauche qu'Eva Herzog. Elle peine toutefois à convaincre du côté du PLR, beaucoup plus urbain.

De manière générale, où qu'elle passe, son style plaît. Ce qui était d'abord vu comme un élément secondaire au regard des dossiers paraît convaincre plusieurs parlementaires de voter pour elle. Eva Herzog, quant à elle, est très crédible sur les dossiers mais laisse une impression de froideur dans son sillage:

«La température de la salle de réunion a baissé d'un coup lorsqu'elle est entrée dans la pièce»
Un député UDC

La majorité des partis laissent la liberté de vote lors de la journée de mercredi. Seuls les... vert'libéraux se montrent clairement en faveur d'Eva Herzog. Baume-Schneider a planté ses petites graines dans les terreaux d'à peu près tous les partis, qui n'attendent qu'à éclore le jour du vote.

Le Jour-J

Le suspense reste entier en ce mercredi 7 décembre, même si Eva Herzog semble garder l'avantage. Sur la Place fédérale, un groupe de supporters jurassiens fait flotter les drapeaux rauraciens: l'espoir est bien là.

Au premier tour, la surprise est double. Tout d'abord, Daniel Jositsch, le candidat «sauvage» et hors du ticket, gagne une partie considérable des voix, 58 d'entre elles. Eva Herzog (83) talonne Baume-Schneider (96), sortie première — l'autre surprise. En partant du principe que les votes pour Jositsch proviennent de la droite, on peut raisonnablement penser que le report de ses voix sur Herzog va faire gagner celle-ci.

Mais ce scénario n'a pas lieu. Au deuxième tour, Baume-Schneider reste en tête (112), même si elle suivie de près par Herzog (105), avec un nombre de voix moins élevé pour Jositsch (28). Les voix perdues par ce dernier se sont équitablement réparties sur les deux candidates.

Le couperet tombe au troisième tour: Elisabeth Baume-Schneider est élue, malgré un résultat très serré: 123 voix pour la Jurassienne (une au-delà de la majorité absolue) contre 116 pour Eva Herzog. Daniel Jositsch, toujours là, engrange six votes.

Prendre toutes les occasions

Le grand cafouillage provoqué par Daniel Jositsch a-til joué en la faveur de Baume-Schneider? D'une certaine manière, la Jurassienne aura eu de la chance, ce qui n'enlève rien à la qualité de sa candidature.

Elisabeth Baume-Schneider est désormais conseillère fédérale. Au terme d'une campagne météorique, qui aura duré moins d'un mois, elle aura su jouer sur tous les tableaux où elle avait la moindre chance, pour accumuler celle-ci, comme on amasse des jokers.

Lors de sa venue à Lausanne, Eva Herzog avait déclaré à l'assistance:

«Je ne pensais pas qu'il y aurait cette occasion, mais elle est là, et je vais la prendre»
Eva Herzog, le 22 novembre

Cette citation aurait tout aussi bien pu appartenir à Elisabeth Baume-Schneider. En conférence de presse l'après-midi de son élection, elle a donné sa propre version de cette phrase:

«J'ai frappé à la porte du Conseil fédéral avec un peu d'audace. De l'audace jurassienne»
Elisabeth Baume-Schneider

Simonetta Sommaruga est douée en beatbox, la preuve!

Video: watson
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