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Analyse

Le Rassemblement national plus antiraciste que l'UDC? On a vérifié

Marcel Dettling, président de l'UDC, et Marine Le Pen, dirigeante historique du Rassemblement national.
Marcel Dettling, président de l'UDC, et Marine Le Pen, dirigeante historique du Rassemblement national.image: watson
Analyse

Le Rassemblement national plus antiraciste que l'UDC? On a vérifié

Ces jours-ci, deux cas de racisme attesté ou présumé, l'un en Suisse, l'autre en France, permettent de comparer la détermination de l'UDC et du Rassemblement national à lutter, ou non, contre les discours les plus radicaux.
26.02.2026, 18:5426.02.2026, 19:46

Entre le Rassemblement national en France et l’UDC en Suisse, il arrive que les lignes se croisent. C’est le cas ces jours-ci après la découverte de publications attestant ou faisant peser le doute sur un positionnement raciste et antisémite. Côté UDC, on apprenait mercredi via le média biennois Ajour, une information reprise jeudi par watson, qu’un élu du législatif de la ville de Bienne, Michaël Rüfenacht, ne serait probablement pas nommé à la commission scolaire francophone.

Guerre civile et bras tendu

En cause, des vidéos postées sur son compte Instagram prophétisant la guerre civile en Suisse. L’une d’elles montre une assemblée de citoyens en culotte de peau bavaroise effectuant un geste du bras qui ressemble à un salut nazi. Générés par l’intelligence artificielle, ces contenus ont un lien revendiqué avec la votation du 14 juin sur l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!», qui entend lutter contre «une immigration incontrôlée et effrénée».

Pendant ce temps, en France, une députée du Rassemblement national annonçait dans la nuit de mardi à mercredi avoir licencié l’un de ses assistants parlementaires en raison de la publication sur le réseau social X de «contenus impardonnables», le tout «sous pseudonymes».

La personne licenciée, Vincent Claudin, n’est pas un inconnu. Plusieurs médias l’ont interviewé samedi dernier à Lyon lors de la marche en hommage à Quentin Deranque, le jeune identitaire d’extrême droite mortellement lynché le 12 février par un groupe d’extrême gauche antifasciste en marge d’une conférence de Rima Hassan.

Dans des tweets révélés par Mediapart, Vincent Claudin «affiche son admiration pour le IIIe Reich, son espoir de l’avènement d’un régime fasciste et eugéniste en France, et déverse sa haine des juifs, des personnes racisées et des homosexuels», résume le média en ligne, cité par Le Monde.

Ménage électoral au RN

Depuis une dizaine d'années, le Rassemblement national, avec Marine Le Pen à sa tête et désormais Jordan Bardella, poursuit une entreprise de dédiabolisation qui doit un jour l’amener au pouvoir, dès 2027, espère-t-il. Les propos racistes, antisémites ou homophobes ne sont en principe plus tolérés dans ses rangs. Son but est de paraître moins radical que la gauche LFI de Jean-Luc Mélenchon, en grande difficulté dans l'affaire Quentin.

Ces deux dernières années, au moins quatre candidats RN ou apparentés aux élections législatives anticipées de 2024 se sont vus retirer leur investiture ou ont été exclus du parti pour ces raisons. Mais à cette occasion, plusieurs dizaines de «brebis galeuses» ont quand même été élues, selon des décomptes effectués par plusieurs médias, qui avaient inclus dans leurs critères le complotisme et le climato-scepticisme.

A l'UDC, pas d'instance disciplinaire centrale

Là où le RN cherche à se montrer intraitable avec les dérapages jugés les plus graves, tout en peinant à convaincre, l’UDC peut parfois donner l'impression d'être moins prompte à sévir. Quand elle n'hésite pas aller sur le registre du trash, comme dans sa campagne numérique à l’approche des élections fédérales de 2023.

S’agissant des publications Instagram de l’UDC biennois Michaël Rüfenacht, sa cheffe de groupe Sandra Schneider, interrogée par Ajour, affirme n’y voir rien de problématique. Mais qui, à l’UDC, décide de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas?

Le conseiller national fribourgeois Nicolas Kolly tient à rappeler la manière dont les choses fonctionnent en Suisse:

«Il n’y a pas, comme dans les partis en France, d’instance centrale décidant des exclusions, par exemple. La Suisse est un pays fédéraliste, avec, pour les formations politiques, des sections cantonales ayant leurs propres statuts. Ce sont elles, le cas échéant qui décident d’exclure l’un de leurs membres.»
Nicolas Kolly, cons. nat. UDC/FR

Des jeunes virés de la section fribourgeoise

La section fribourgeoise de l’UDC a-t-elle déjà procédé à l’exclusion d’un ou plusieurs des siens pour des propos contraires à la norme antiraciste? Nicolas Kolly a le souvenir d’une poignée de jeunes gens qui avaient été poussés vers la sortie.

«C’était il y a une dizaine d'années, je n’en ai pas un souvenir exact. Ces jeunes avaient eu un positionnement incompatible avec les valeurs que défend l’UDC. Mais il s'agissait de cas très isolés»
Nicolas Kolly, conseiller national UDC/FR

Le conseiller national fribourgeois ne veut pas qu’on qualifie son parti d’extrême droite. «L’extrême droite est historiquement opposée à la démocratie. Ce n’est pas le cas de l’UDC, qui est une formation de droite conservatrice, souverainiste et de gouvernement.»

Il n'empêche, ces trente dernières années, le Rassemblement national et l’UDC ont pris des trajectoires pour ainsi dire inverses. Le RN a entrepris de se déradicaliser, progressivement à partir de 2011 avec l’élection de Marine Le Pen à la présidence du parti. Tandis que l’UDC, à compter du vote crucial de 1992 sur l’adhésion (rejetée) de la Suisse à l’Espace économique européen, n’a cessé de durcir son discours, sur la question des étrangers notamment.

Les exclusions pour motifs racistes à l'UDC nous apparaissent comme rares. Peut-être est-ce dû au fait qu'elles ne sont pas toujours rendues publiques ou parce qu'elle demeurent lointaines. En 2024, la section saint-galloise a exclu l'un de ses jeunes membres pour ses liens présumés avec l'extrême droite. On trouvait sur son compte Instagram des photos où il faisait avec la main le signe du suprémacisme blanc, le White Power.👇

Image d'illustration.
Image d'illustration.watson: dr

Quatre plus tôt, le Tribunal fédéral confirmait une condamnation du Valaisan Jean-Luc Addor pour avoir écrit en 2014 sur ses réseaux «On en redemande!» en réaction à un article informant d'une fusillade mortelle dans une mosquée de Saint-Gall. Mais le conseiller national n’a pas été exclu de l’UDC à la suite de cette condamnation définitive.

«L'extrémisme, à droite, est devenu sophistiqué»

Professeur à l’Université de Lausanne, spécialiste des partis de droite et d’extrême droite, Oscar Mazzoleni observe que «l’UDC blochérienne a toujours cherché à ne pas voir de formation concurrente sur sa droite». Cette stratégie était plus facile à mettre en place dans le passé, où «la concurrence à droite était moins forte».

«L’UDC, alors, pouvait apparaître comme plus rigide vis-à-vis d’élus qui flirtaient avec des positions extrêmes ou qui étaient accusés de ne pas respecter la loi contre le racisme.»
Oscar Mazzoleni, professeur à l’Université de Lausanne

«Aujourd’hui, poursuit Oscar Mazzoleni, l’extrémisme, dans le champ de la droite nationaliste, est devenu plus fort, plus sophistiqué. Il est davantage en mesure de pénétrer une partie de l’électorat et les membres de l’UDC, y compris par l’influence croissante du trumpisme».

Toujours selon le professeur de l'Université de Lausanne:

«Il règne une plus grande ambiguïté à l’UDC, par exemple, lorsqu’une partie des Jeunes UDC ne prennent pas leurs distances ou continuent à participer aux activités du mouvement extrémiste Junge Tat»
Oscar Mazzoleni, professeur à l’Université de Lausanne

Oscar Mazzoleni constate enfin:

«Les ambiguïtés au sein l’UDC se nourrissent de deux sortes de tensions: en interne, entre ses différentes sensibilités, l'objectif étant d'éviter des scissions pouvant affaiblir électoralement le parti. Par rapport à l’extérieur, ensuite, notamment avec des groupuscules qui tentent de normaliser des idées d’extrême droite et bénéficient d’une visibilité publique accrue grâce au trumpisme. Face à cela, l'UDC ne doit pas paraître en reste sans pour autant donner l'impression de s'aligner sur ces discours venus d'ailleurs.»
Oscar Mazzoleni, professeur à l’Université de Lausanne

Déjà au pouvoir, l'UDC fait tout pour s'y maintenir et s'y renforcer. Le Rassemblement national, lui, se donne les moyens de l'atteindre. Quant à la lutte contre le racisme, on peut noter que le RN tente d'en faire un instrument de communication à sa façon, alors l'UDC paraît très peu s'intéresser à ce registre.

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