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Pourquoi les CFF ont abandonné leurs gobelets écolos

Pourquoi les CFF ont abandonné leurs gobelets écolos

Les CFF et la chaîne de kiosques Valora voulaient implanter un modèle de café à emporter plus durable en Suisse. Mais la start-up qu'ils ont sélectionnée pour cela a dû rétropédaler. Son fondateur a claqué la porte.
02.08.2024, 06:05
Benjamin Weinmann / ch media
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Il y a deux ans, tout marchait comme sur des roulettes pour la start-up zurichoise Kooky. Son financement à hauteur de six millions de francs était assuré. Elle avait alors créé un partenariat avec les CFF pour 30 gares helvétiques. Il était aussi question de coopérer avec le groupe de kiosques Valora, la confiserie Sprüngli et la chaîne branchée Vicafé à Zurich. Tous les voyants semblaient au vert et l'entreprise poursuivait son développement à l'étranger.

Projet éco durable des CFF: Kooky
Le système de recyclage de gobelets Kooky doit enterrer ses ambitieux projets de croissance.

L'idée de la jeune pousse, fondée en 2021 seulement, a convaincu de nombreuses compagnies: les clients téléchargent l'application Kooky et achètent leur café à emporter dans un gobelet réutilisable sur lequel est imprimé un code QR. Le prix inclut une consigne d'un franc. Une fois leur café avalé, les clients scannent le gobelet et le laissent dans une boîte qui s'ouvre à l'aide d'un capteur. Sur le montant du dépôt, 90 centimes sont remboursés via le téléphone portable - et Kooky empoche les dix centimes restants.

Projet éco durable des CFF: Kooky
Équipés d'une puce RFID et d'un code QR: les gobelets du système de recyclage Kooky.

Kooky promettait ainsi de contribuer à la réduction de nos déchets. Il se vend dans notre pays des dizaines de milliers de cafés chaque jour, servis dans des gobelets en carton et recouverts de couvercles en plastique.

Fin confirmée

Mais il s'avère aujourd'hui que les grands projets de Kooky ont pris l'eau. Les quelque 100 stations de restitution dans les gares CFF ont été démontées dès le mois de mars, sans que personne ne s'en aperçoive et sans aucune communication. Cela met fin au «partenariat à long terme» qui était prévu, comme le confirme Martin Meier, porte-parole des CFF.

Kooky vidait quotidiennement les points de collecte avant de laver les gobelets dans une centrale. La start-up les ramenait ensuite dans les points de vente. Un gros effort logistique qui n'a sans doute jamais été rentable.

En effet, au début de l'année, Kooky a informé plusieurs de ses partenaires d'une «réorientation stratégique», ce qui revenait à mettre fin à de nombreuses coopérations. L'idée: se concentrer sur le site de Berne et sur les activités dites B2B, c'est-à-dire sur les bureaux privés ou les bâtiments scolaires qui ne sont pas accessibles au public et fonctionnent en systèmes fermés.

Succès jamais vraiment au rendez-vous

Le porte-parole de Valora, Fabian Baer, confirme lui aussi la fin de la collaboration à la fin février. Le groupe de kiosques, qui exploite également les Caffè Spettacolo, Avec ou Press&Books, avait annoncé il y a moins de deux ans qu'il proposerait le système Kooky dans près de 200 points de vente Valora jusqu'à cet été.

Le rétropédalage de Kooky n'a pas dû surprendre toutes les entreprises participantes:

«En se réorientant, Kooky a anticipé notre décision, car nous aurions tôt ou tard abandonné ce service. Notre clientèle n'a jamais vraiment utilisé les gobelets».
Un ancien partenaire

L'idée était certes louable en termes de durabilité, mais le concept n'était pas assez pratique pour les consommateurs. Le téléchargement de l'application et l'enregistrement constituaient des «obstacles trop élevés».

De plus, les gobelets Kooky n'ont pas convaincu sur le plan sensoriel:

«Ils dégageaient une odeur de plastique relativement forte, ce qui ne favorisait certainement pas la dégustation»
Une ancienne entreprise partenaire.

Au début de la collaboration, celle-ci était relativement avantageuse, mais à un moment donné, Kooky a augmenté ses exigences financières invoquant des frais d'utilisation des verres.

Le cofondateur s'en va

le co-fondateur de Kooky, Torge Barkholtz, a quitté la start-up.
Le co-fondateur de Kooky, Torge Barkholtz, a quitté la start-up.

Reste à savoir ce qu'il adviendra de Kooky. Car le cofondateur et directeur général, Torge Barkholtz, est déjà parti. En novembre 2022, CH Media (réd: le groupe auquel appartient watson) l'avait justement interrogé à propos de la rentabilité. Sa réponse à l'époque:

«Nous sommes sur la bonne voie»

Il a récemment annoncé sur Linkedin qu'il entamait «un nouveau voyage» et qu'il passait du côté des investisseurs. Sollicité à nouveau, Barkholtz ne dit pas dans quelle mesure son départ est lié à l'évolution financière et à la réorientation de son entreprise ni s'il a dû partir sous la pression des investisseurs. Il souligne simplement qu'il n'est plus du tout impliqué dans Kooky.

Avec Kooky, cet homme de 47 ans n'en était pas à son coup d'essai. Il était même bien connu dans le milieu local des starts-up: ce natif de Flensburg (réd: en Allemagne) a dirigé pendant deux ans et demi la filiale suisse du loueur de trottinettes électriques Circ. Celui-ci a été vendu en 2020, contraint de licencier environ 60 employés.

Silence radio

En parcourant le registre du commerce, on constate que le capital-actions de Kooky a été récemment augmenté. Dans quelle situation financière se trouve-t-elle? Les synergies à l'étranger, comme à Munich ou à Vienne, existent-elles toujours? La jeune pousse reste-t-elle active quelque part en Suisse? Malgré plusieurs tentatives, la start-up demeure injoignable.

Sur la base des indications figurant sur son site, les aventures à l'étranger semblent également faire désormais partie du passé. Il y est en effet question d'un projet pilote en Arabie saoudite datant de février 2023, de l'Open Air Frauenfeld de juillet 2023 ainsi que de la Haute école des arts de Zurich, de l'Université de Saint-Gall et surtout du centre-ville de Berne. La capitale avait lancé le système de Kooky à l'automne 2022. L'élimination des déchets urbains sur l'espace public coûte à Berne environ onze millions de francs par an.

(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)

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